Compte rendu du procès de la chasse aux DRH

Le 21 novembre avait lieu au TGI de Paris le procès de deux camarades arrêtés lors de la ballade au Bois de Boulogne du 12 Octobre dernier.

Le 21 novembre au TGI de Paris avait lieu le procès de deux camarades arrêtés le 12 octobre lors du rassemblement contre les DRH et la ministre de la casse du code du Travail, ils sont tous deux accusés de jets de projectiles contre des personnes dépositaires de l’autorité publique sans entraîner d’ITT.

A 13H30, aux abords de la salle d’audience des soutiens sont présents, également quelques journaleux et au moins deux RG. Les inculpés entrent dans la salle ainsi que leurs soutiens, les affaires défilent, la proc a la haine et veut envoyer tout le monde au trou pour longtemps, « rien de tel qu’un séjour à Fresnes pour filer droit en sortant » semble-t-elle penser. On comprend que les camarades ne passeront pas tout de suite, apparemment les avocats de la défense ont remis une demande d’information complémentaire afin que tous les éléments à décharge soient exploités, demande dont la proc n’a pas encore eu connaissance, les copains passeront donc après la suspension d’audience. Le juge a l’air de prendre cette affaire très à cœur, ça doit le changer des histoires de stups, de vol à la tire et autres. Entre temps d’autres soutiens sont arrivés et des gendarmes aussi.

Le procès commence enfin, outre les prévenus et leurs avocats, un policier « victime » s’est constitué partie civile et est présent avec son avocat. Même si le flic n’a pas été touché par les projectiles et n’a pas eu d’ITT il porte plainte et se constitue partie civile, espérant ainsi gagner quelques sous pour la fin d’année, c’est presque aussi sûr que la prime de Noël.

La défense présente sa demande d’information complémentaire, l’enquête s’est faite uniquement à charge, elle demande un renvoi afin que puissent être exploités tous les éléments pouvant disculper les prévenus, comme des images vidéos, des témoignages des personnes présentes lors du rassemblement, etc.

La proc est piquée au vif, pour elle tout s’est très bien passé, puisque c’est elle qui a géré de bout en bout la GAV des prévenus, et tout a été fait dans le respect des droits de la défense. Les investigations à décharge ont été faites, l’exploitation des caméras de surveillance de la voie publique n’ont rien donné, d’ailleurs l’une d’elle était en panne. Elle s’étonne aussi que la défense n’ait pas produit les témoins à décharge pendant le temps de la garde à vue, (c’est vrai quoi, trouver en moins de 48H des personnes présentes lors d’un rassemblement qui sont prêtes à témoigner ça se fait facile...)
Quant à l’absence de confrontation avec le policier accusateur et les prévenus, souligné par la défense, qu’à cela ne tienne elle peut se faire ici, maintenant au tribunal puisque le pandore est là !

Sans grande surprise, les conclusions de la défense sont rejetées et l’audience se poursuit.

Le juge lit les PV des flics sur « l’ambiance » de la journée du 12 octobre. Les flics sont positionnés autour du lieu de rassemblement et « sécurisent » le pavillon où doit se dérouler la sauterie des DRH. Les PV font état de 2 escadrons de GM plus 5 de CRS et des civils. Et à partir d’un moment des vilains individus masqués partent dans les bois et attaquent le dispositif policier, avec plusieurs charges et contre charges, c’est là que le policier aurait été visé par des projectiles.
Le juge se moque du vocabulaire employé par les pandores appartenant « à une certaine culture »...

Les prévenus nient les faits qui leur sont reprochés, il n’ont pas quitté le rassemblement déposé par Solidaires. Sauf pour aller assouvir un besoin naturel pour l’un et l’autre pour discuter avec un pote un peu plus loin que la sono.

Le flic décrit une situation tendue où une 40aine de sauvages masqués et armés de projectiles les prennent à partie et les contraignent à reculer et à se réfugier derrière les CRS car ils ne sont que 4. Il explique qu’il est habitué aux missions de « maintien de l’ordre », qu’il en a fait plein l’année dernière et qu’il est habitué à repérer les gens masqués à leurs vêtements en cherchant des signes distinctifs. Il ne sera d’ailleurs question que de cela tout au long de l’audience.
Le policier explique donc qu’il a repéré parmi ceux et celles qui lui lançaient des projectiles deux personnes portant des vêtements distinctifs, l’un une veste bleu-vert et l’autre un pantalon de running avec un liseré blanc sur les côtés.

Le juge demande plusieurs fois au flic s’il n’y a pas confusion et s’il est bien sûr de lui, car dans ses PV il parle de pierres puis accuse les prévenus de jets de bouteilles.

Quand l’un des prévenu explique sa présence ici par une erreur, ayant été soit confondu soit pris au hasard, le juge lui demande si réellement il pense que la justice peut prendre le risque de se ridiculiser en accusant un innocent ? A croire que ce juge ne va pas souvent au tribunal... Il insistera longuement sur le profil des inculpés qui ne sont pas du « droit commun », est-ce là un aveu, une prise de conscience refoulée que la France condamne des personnes pour leur opinion politique ?

L’avocat du flic répète le contexte de la manif qui dégénère, assure le tribunal que les flics n’interpellent les individus si et seulement si ils sont sûrs, et déplore que les personnes arrêtées en manif aient toujours la même ligne de défense : « ce n’est pas moi ». Du coup il demande des dommages et intérêts, au titre du préjudice moral qui lui a été fait, même s’il n’a pas été touché, il a eu grand peur, et pour le consoler il faut lui verser des sous. Son avocat demande donc 600€ à payer solidairement plus 400€ pour chacun des prévenus.

La proc’ sert le couplet habituel de l’État démocratique républicain dans lequel on peut exprimer librement son opinion sur tout, manifester son désaccord, mais elle, la proc’ elle ne peut tolérer les dégradations et les violences contre les flics, les biens privés et publics et le trouble à l’ordre public, tout ça c’est vraiment pas bien et il faut condamner. Pour elle il n’y a pas d’erreur, c’est bien eux les coupables puisque c’est le flic qui le dit, même si l’on pas trouvé de cagoule sur eux et que les auteurs en avaient. Elle les décrit comme n’étant pas des professionnels de la casse (c’est donc un métier ? Il y a des formations ? ) et ayant été entrainés par un effet de groupe.
Et pour ça elle demande 8 mois avec sursis.

L’avocat du premier prévenu, insiste sur le vide du dossier, pas de vidéos de son client en train de commettre les faits qui lui sont reprochés, pas d’autres éléments que la description du flic après son interpellation, et la reconnaissance par le supérieur hierarchique du flic partie civile des accusés d’après la photo prise en garde à vue.
Le fait de s’éloigner du rassemblement ne doit pas être un fait incriminant, il demande la relaxe.

L’avocate du second prévenu redonne des notions de géographie au tribunal, et explique qu’il est naturel que les prévenus n’aient rien vu et rien entendu des dégradations aux alentours du rassemblement, puisqu’il n’y a pas moins de 800m de bois entre le lieu du rassemblement et l’endroit où se sont déroulés les affrontements. D’autre part elle souligne l’importance du dispositif policier 500 hommes en tout pour environ 300 personnes rassemblées, et le juge de l’interrompre « Enfin maître vous savez bien que nous sommes dans un État jacobin ! ». L’avocate s’interroge sur la pertinence de poursuivre à 4 policiers en civil 40 personnes hostiles dans les bois, et aussi sur la raison pour laquelle le flic alors qu’il se replie avec ses collègues face à la horde de sauvages qui l’attaque se retourne et se met à marcher à reculons et réussit à distinguer des bandes blanches sur le côté du pantalon d’un individu qui lui fait face et même à lire la marque de 5cm de longueur sur le pantalon à une distance de 10m. Et pourquoi son supérieur hiérarchique identifie le prévenu par la photo prise en GAV comme étant l’auteur des jets de bouteilles alors qu’il n’était pas là lors de la charge ?
Elle demande aussi la relaxe.

Le délibéré est remis au 5 décembre à 13h30 à la chambre 23.1 .

P.-S.

Deux autres camarades sont également inculpés pour « regroupement en vue de commettre des dégradations », la date de leur procès n’est pas encore connue car un complément d’information a été demandé, l’instruction n’est pas encore close.

Notons aussi que le parquet fait désormais systématiquement appel lorsqu’il considère les peines trop clémentes. C’est ainsi qu’il a récemment fait appel des condamations des deux camarades accusés de dégradations de banques lors de la manif du 10 octobre et dont l’un deux avait tout de même fait 1 mois de détention préventive.

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