Calais, deux nouvelles personnes incarcérées à Londres et une future expulsion de la jungle ?

Traduction de trois textes de Calais Migrant Solidarity sur la situation actuelle à Calais

Encore des tirs de gaz lacrymogènes dans la jungle

Hier (7 octobre), en début de soirée, comme il y avait un embouteillage sur l’autoroute, des gaz lacrymogènes ont été tirés dans la jungle.

Pour empêcher les gens de monter dans les camions, des policiers en tenue anti-émeute se sont postés sur la bretelle d’accès de l’autoroute. Tout autour, il y avait une foule de gens cherchant à traverser l’autoroute et à se rendre au Royaume-Uni.

L’atmosphère a changé lorsque les premières salves de lacrymogènes ont été tirées et que la foule s’est dispersée. Les gens se sont rassemblés de nouveau et ont résisté en lançant des pierres. Beaucoup de mineurs étaient présents. Alors que la foule grandissait une seconde salve de lacrymogène a été lancée par les flics, la foule s’est encore dispersée et s’est ensuite de nouveau regroupée. Ça a continué comme ça pendant plus d’une heure.

À un moment donné il y avait de la musique et les gens dansaient au fur et à mesure que la foule grossissait et que plus de gaz lacrymogène était tiré. Au mois 8 ou 9 salves de lacrymogènes ont été lancées, chaque fois plus loin dans la jungle. Les tirs ont été délibérément orientés en direction des maisons, vers la zone érythréenne. [...]

Cela montre une nouvelle fois les violences policières fréquentes et graves, mais aussi, que ceux qui n’ont pas de papiers sont ceux qui défient vraiment le régime européen des frontières.

8 octobre 2015

Traduit par Sans Papiers Ni Frontière depuis Calais Migrant Solidarity

Que prévoient-ils pour la jungle de Calais ?

La jungle de Calais n’est encore là que pour quelques mois. Alors quoi ?

Retour le 31 août ; le premier ministre français Valls visite Calais et annonce son nouveau plan. Pour la première fois depuis la fermeture du camp de Sangatte en 2003, sous la pression du gouvernement britannique après un blitz médiatique, il y aura à nouveau un camp de réfugié officiel à Calais, prévu pour 1500 personnes. Deux organisations se disputaient le marché : la Croix-rouge qui dirigeait le camp de Sangatte, et La vie active qui dirige l’actuel centre d’accueil de jour Jules Ferry.

La presse locale vient de publier les dernières nouvelles : La vie active est la gagnante. Ils construiront le nouveau camp de 125 containers. Ce sera à 200 mètres du centre de jour Jules Ferry, le long du « Chemin des Dunes ». Ce n’est pas à 100 % clair, mais cela semble signifier qu’il sera construit sur le site actuellement occupé par la jungle. Les premiers containers sont supposés être installés en décembre, si bien que le camp n’a plus que quelques semaines ou quelques mois d’existence.

Il y a à priori plus de 4000 personnes vivant actuellement dans la jungle. Et le nombre continue de croître. Il est clair que 1500 places ne seront pas suffisantes. L’actuelle rumeur, non confirmée, est que les places ne seront offertes qu’à ceux qui acceptent de demander l’asile en France et arrêtent de tenter de passer en Angleterre. Mais que va-t-il arriver aux milliers d’autres personnes ?

Si le plan était les expulsions de masse, il semble avoir déjà échoué : tous ceux arrêtés récemment et menacés d’expulsion au Soudan ont été libérés car cela entrait en contradiction avec des jugements de la Cours européennes des droits de l’Homme. Une partie de la jungle sera autorisée à rester à côté du camp officiel ? Ou allons-nous revenir à la situation précédente, avec les attaques constantes, les harcèlements, les expulsions, ou les gens sont constamment chassés d’un squat ou d’un camp de fortune à l’autre ?

Une autre grande question est : comment les autorités vont « persuader » les personnes vivant actuellement dans la jungle de partir pour qu’ils puissent construire leur nouveau camp officiel ? Ce sera loin d’être la première expulsion de masse dans l’histoire récente de Calais. Mais elle pourrait être sur une toute autre échelle et d’une toute autre intensité que ce que l’on a connu précédemment.

Peut-être que le premier pas dans le plan d’expulsion a déjà été franchit. La semaine dernière, pour la première fois, les flics ont commencé à patrouiller dans la jungle. Depuis, ils entrent à peu près tous les jours, par groupes de 10 à 20, fortement armés.Au début, ils sont venus officiellement pour escorter les bureaucrates de l’Office de l’immigration (OFFI) qui donnent des informations sur les demandes d’asile. Plus récemment ils sont venus seul, avec pas moins de trois incursions mardi (6 octobre). Leur but semble être de fouiner, de faire sentir leur présence et de commencer à se préparer pour des opérations plus importantes.

7 octobre 2015

Traduit par Sans Papiers Ni Frontière depuis Calais Migrant Solidarity

Deux marcheurs sous la Manche emprisonnés en plus, le patron d’Eurotunnel jubile

Deux hommes iraniens ont été arrêtés à Folkestone samedi 3 octobre après avoir réussi à marcher les long des 50 km du tunnel sous la Manche. Ils sont emprisonnés et inculpés sous la même juridiction du XIXe siècle utilisée contre Abdul Rahman Haroun qui a lui aussi traversé le tunnel à pied il y a un mois et est depuis détenu en attente de son procès.

Samedi également, pendant que ces hommes étaient traqués, le patron de l’Eurotunnel Jacques Gounon faisait un discours, rapporté dans la presse française, célébrant l’emprisonnement d’Abdul Haroun et se plaignant de des récentes difficultés qu’il rencontre dans son travail. Le président de la société et directeur général, qui reçoit un salaire annuel d’un million d’euros, a déclaré : « Un seul clandestin a fini son voyage, à Folkestone, où il sera emprisonné 2 ans ». (NB : Abdul Haroun n’a pas encore été jugé, et encore moins condamné, et Gounon fait la supposition qu’il sera condamné de la peine maximale).

Il a continué à appeler au renforcement de la militarisation de la zone. «  Soyons clairs : l’autre nuit, nous étions très loin du pauvre malheureux qui cherche refuge en Angleterre et qui a droit à une approche humanitaire. Nous étions face à de véritables commandos, bien encadrés, qui ne s’en prennent pas qu’à nous : ils ont aussi massivement attaqué le Port et caillassé les camions sur la rocade d’accès au Port. Leur but : faire de la politique et déstabiliser les pouvoirs publics. »

Au moins 11 personnes ont été tuées à l’intérieur ou près de l’Eurotunnel depuis juin. Le décès le plus récent remonte au 30 septembre, un érythréen de 20 ans. Beaucoup d’autres ont été blessés par les clôtures surmontées de lames de rasoir, la police, les gardes de sécurité privée et les chiens. Maintenant, trois personnes risquent jusqu’à deux ans de prison.

Gounon et le reste de la direction d’Eurotunnel n’ont rien déclaré a propos des morts ou montré une once de compassion ou de compréhension. Pour eux, ceux qui risquent leurs vies aux barrières ne sont pas des personnes. Ils sont de « dangereux commandos ». Ou même pas, juste des « incidents » reportés sur le compte twitter de l’Eurotunnel, avec des excuses aux passagers pour la gêne occasionnée.

Le samedi 24 octobre à 18 heures, il y aura une manifestation contre Eurotunnel et son alliée la société Eurostar, à la gare de St Pancras à Londres.
Nous appelons les groupes dans d’autres villes à organiser également des manifestations contre Eurotunnel, en même temps ou autrement.

7 octobre 2015

Traduit par Sans Papiers Ni Frontière depuis Calais Migrant Solidarity

Mots-clefs : expulsions | Calais

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