Adama Traoré : comment continue de s’organiser l’impunité des gendarmes !

Adama Traoré en 2016, comme Ali Ziri en 2009, sont morts d’asphyxie, les autopsies le confirment pour l’un et l’autre. Si l’asphyxie est due à des techniques d’immobilisation létales, les policiers et gendarmes sont coupables de leur mort, mais si elle est due à une décompensation (hypothétique) de leur cardiomégalie, c’est le non-lieu pour les forces de l’ordre ! Ce fut le cas pour Ali Ziri, qu’en sera t-il pour Adama Traoré ?

Le 5 juillet 2017, une nouvelle expertise médicale confirme l’asphyxie, sans donner de conclusions définitives. « La mort de Monsieur Adama Traoré est secondaire à un état asphyxique aigu, lié à la décompensation –à l’occasion d’un épisode d’effort et de stress– d’un état antérieur plurifactoriel associant notamment une cardiomégalie et une granulomatose systémique de type sarcoïdose » [1].

Pour Ali Ziri et Adama Traoré, leur mort pourrait être due à une décompensation de leur "cardio-myopathie hypertrophique" commune. Ces allégations médicales sont avancées comme des hypothèses "théoriques" indépendamment du contexte factuel du pliage et du plaquage.

Pour Ali Ziri, le non-lieu définitif utilise cette même méthode : alors que l’expertise de l’Institut médico-légal de Paris lie clairement l’asphyxie au pliage, cause de la mort, la Cour de cassation rappelle la "malformation cardiaque inconnue" de la première expertise, précisée comme cardiomyopathie hypertrophique, qui peut être cause de mort subite. L’arrêt dit : « la seconde autopsie ne donne pas d’éléments écartant indubitablement une décompensation de pathologie préexistante, il n’est ainsi pas possible de retenir une cause certaine de la mort d’Ali Ziri  ». [2].

Pour résumer : l’autopsie de l’Institut Médico-légal de Paris, et l’expert Pourriat affirment que l’asphyxie due au pliage est la cause de la mort, mais la Cour de cassation argue du fait qu’ils ne donnent pas de preuves sur l’inexistence d’une autre cause de la mort... hypothétique !!!!

Cette décompensation d’une pathologie cardiaque "potentielle", dans un ensemble multifactoriel de causes, est, pour parler clair, une cause hypothétique non prouvable, puisque le coeur asphyxié s’est arrêté, et que cette cause possible de la mort est avancée dans le rapport des experts, en dehors du contexte factuel de l’interpellation, à savoir le pliage, car comme l’avait fait remarquer le journal "Jeune Afrique" : l’homme au cœur fragile avait 27 hématomes !
Dans le cas d’Ali Ziri, c’est cette cause possible de l’asphyxie - la décompensation d’une cardiomégalie - qui a permis le non-lieu pour les policiers, puisqu’elle a invalidé la cause d’asphyxie par le pliage, comme cause directe de la mort.

Le même montage est en marche pour dégager la responsabilité des gendarmes de Beaumont.

Le Monde, 1er Août 2016 [3] :

Un examen anatomopathologique du cœur fait le 26 juillet, a permis de déceler un « ensemble lésionnel compatible avec une cardiomyopathie hypertrophique » chez Adama Traoré, c’est-à-dire une maladie du cœur pouvant être « potentiellement la cause directe de la mort ». A ce stade, rien ne permet cependant d’en être certain. Cette maladie a pu provoquer un arrêt cardiaque puis l’asphyxie d’Adama. Mais elle peut aussi y être totalement étrangère.

Le Monde, 22 juillet 2017 [4] :

Un an après ce drame, qualifié de « bavure » policière par l’entourage et qui avait entraîné plusieurs nuits de violences à Beaumont et ses environs, une nouvelle expertise a confirmé récemment que le jeune homme était mort asphyxié, mais la cause de cette asphyxie (fragilité cardiaque ou compression thoracique lors de l’intervention des gendarmes) reste à établir.

L’article de 20minutes reprend la même analyse [5].

L’origine de l’état asphyxique reste indéterminée. Si l’expertise atteste qu’Adama Traoré est bien décédé d’une asphyxie, reste désormais à savoir ce qui l’a déclenchée. Adama Traoré a-t-il succombé des suites de cette pathologie cardiaque ou des conditions de son interpellation, un état de stress intense, précédé par une course-poursuite avec les gendarmes, par exemple ? Voire d’un mélange de ces deux facteurs ? « Adama Traoré était en bonne santé, l’étude de ses antécédents médicaux le prouve, il faisait du sport tous les jours. Il n’a jamais fait le moindre malaise sur un terrain de foot, même quand il jouait en plein cagnard, et il en aurait justement fait un ce jour-là ? ». Yassine Bouzrou (avocat de la famille Traoré) n’y croit pas. D’après lui, le jeune homme serait décédé des suites d’une compression thoracique. Lors de son arrestation, Adama Traoré avait été maintenu au sol sous « le poids des corps » de trois gendarmes.

C’est sur cette cardiomégalie que s’appuie le non-lieu définitif dans l’affaire Ali Ziri, écartant la mise en cause du pliage, technique d’immobilisation létale.

Espérons que cette même "cardiomégalie, cause potentielle de mort subite" ne servira pas d’alibi aux gendarmes de Beaumont, couvrant la pratique d’immobilisation par plaquage ventral avec appui dorsal, létale elle aussi.

Espérons que la formidable volonté de la famille Traoré, son exigence absolue de vérité et de justice, aboutira à la mise en examen et à la condamnation des gendarmes pour la mort d’Adama. L’exceptionnelle mobilisation du 22 juillet à Boyenval, en permet l’espoir.

E.L. membre du Collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri.

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