20e jour de grève à l’Holyday Inn de la porte de Clichy !

Les salariés de la société Héméra, sous-traitant à l’Holiday Inn de la porte de Clichy sont en grève reconductible contre les mutations abusives de deux de leurs collègues depuis le 19 octobre 2017.

Transfert

Le 19 décembre 2016 la société Héméra a été choisie par la direction de l’hôtel Holiday Inn (Porte de Clichy) pour effectuer le nettoyage des chambres et la plonge. La convention collective de la propreté prévoit que dans ce genre de situation, les salarié.es qui travaillent déjà sur le site soient repris par la société entrante, Héméra. Celle-ci doit reprendre tout les contrats dans les mêmes conditions. C’est ce qu’on appelle un « transfert par article 7 » du nom de l’article de la convention.

Depuis que la société Héméra est arrivée sur l’hôtel, c’est un véritable calvaire pour les salarié.es. Celle-ci a d’abord refusé de respecter les accords de sites qui prévoient deux jours de repos consécutifs pour les femmes de chambres et les plongeurs et a commencé à faire travailler les gens « au planning », c’est à dire avec des jours de repos aléatoires. Pour les salarié.es cela signifie de nombreux problèmes et une réelle atteinte à leur vie privée. Certains qui étaient en formation ont dû renoncer, d’autres rencontrent des problèmes pour la garde de leurs enfants. Quand on connaît la dureté du travail de nettoyage, deux jours de repos de suite sont vraiment nécessaires pour protéger la santé des travailleurs et des travailleuses.

Aucune mutation !

Début 2017, la société Héméra mute une première salariée... à son retour de congé maternité ! La salariée proteste et lance une action aux prud’hommes mais Héméra fait la sourde oreille. En octobre, c’est une deuxième salariée qui reçoit une mutation sans motif. Pour l’équipe du Holiday Inn, c’en est trop ! Ces deux salariées avaient presque dix ans d’ancienneté sur le site et leurs collègues refusent de les laisser partir sans protester. C’est le début de la grève le 19 octobre.

Les mutations sont monnaies courantes dans le secteur de la propreté et elles servent bien souvent à briser des équipes trop combatives, à éloigner des salarié.e.s récalcitrant.e.s ou simplement à faire craquer quelqu’un qu’on souhaite voir démissionner. Cette stratégie de pression s’appuie sur l’existence dans le contrat de travail d’une clause de mobilité qui permet de bouger les salarié.e.s d’un endroit à un autre sans modifier leur contrat de travail. Quand une société reprend un site, comme la société Héméra sur l’Holiday Inn, cette clause permet de réduire la masse salariale sans pour autant avoir recours à des licenciements !

C’est pourquoi les salarié.e.s réclament la suppression de la clause de mobilité de leur contrat de travail.

« On sait quand on commence, mais on ne sait pas quand on termine »

À l’Holiday Inn, comme dans de nombreux établissements hôteliers, les femmes de chambres ne sont pas payées à l’heure mais en fonction du nombre de chambres qu’elles nettoient chaque jour. Quand l’hôtel est vide on leur demande de rentrer chez elles et les heures sont retenues sur les salaires. Quand l’hôtel est plein, elle font des journées de dix heures pour des salaires de misère. Le travail à la pièce dans l’hôtellerie doit cesser et toutes les heures travaillées doivent être payées !

Un lieu de travail : deux catégories de salarié.e.s

À l’Holiday Inn de la porte de Clichy il y a deux employeurs pour les salarié.e.s. L’hôtel emploie une partie du personnel, et Héméra emploie 24 personnes pour le ménage des chambres et la plonge du restaurant. Ces deux catégories de salariés n’ont pas les mêmes conditions de travail ni les mêmes acquis. Les salarié.e.s de l’hôtel bénéficient de diverses primes (pour les repas et pour le 13e mois) et ce n’est pas le cas pour les salarié.es sous-traité.es.

Les entreprises de nettoyage se permettent également de pratiquer un abattement sur la base des cotisations sociales ce qui a pour effet que les indemnités chômages, les indemnités journalières en cas de maladie et le montant de la retraite sont diminuées d’autant. Pour les entreprises de nettoyage c’est tout de même 60 euros par mois d’économisé sur chaque smic. La société Héméra emploie plus de 400 salariés, c’est donc environ 24 000 euros d’économie par mois sur le dos des travailleurs.

Le recours à la sous-traitance c’est aussi une stratégie de division et d’affaiblissement des luttes de base dans les boîtes. Les salariés n’ont pas les mêmes conditions de travail donc pas les mêmes enjeux de luttes et surtout pas le même employeur. L’internalisation des salariés est une revendication récurrente dans les luttes de l’hôtellerie depuis quelques années tant les pratiques dans le secteur du nettoyage sont dramatiques pour les salarié.e.s.

Les salarié.e.s d’Héméra réclament la fin de la pratique de l’abattement sur les cotisations sociales, une prime de panier et une prime de 13e mois.

Frotter, frotter, il faut payer !

La lutte sur l’Holiday Inn de Clichy débute le 19 octobre 2017, suite à l’annonce de la mutation d’une des femmes de chambre. Cette mutation est arbitraire et ne repose sur aucun motif. 18 salarié.e.s se mettent en grève pendant 48 heures avant que certain.e.s reprennent le travail suite à des pressions de leurs syndicats FO et la CFDT. Il faut dire que dans le nettoyage, la plupart des syndicats sont à la botte des patrons et que ça n’aide pas les salariés à se faire respecter et à construire un rapport de force...

Les onzes grèvistes restent pourtant déterminé.e.s et poursuivent leur grève reconductible et illimitée.

Le 25 octobre, la direction d’Héméra propose de payer une prime de panier de 1,50 euros par jour et de donner une prime exceptionnelle à la salariée mutée pour qu’elle accepte de prendre le nouveau poste.

On est bien loin de satisfaire les revendications des grévistes qui décident de continuer la lutte. La direction de l’hôtel persiste, elle, dans sa volonté de répression du mouvement. Elle appelle régulièrement la police pour que des patrouilles viennent reprendre les grévistes sur le bruit, l’occupation du trottoir devant l’hôtel et les autocollants collés sur la façade. Ils iront même jusqu’à distribuer une dizaines de contraventions pour tapage !

Il en faut plus pour entamer la détermination du collectif très soudé des grévistes qui commence alors à se rendre sur différents hôtels Holiday Inn et différents sites où Héméra opère pour visibiliser leur lutte et déranger la bonne marche du tourisme parisien. Ils ont également deux entretiens avec la Mairie de Clichy et la député LREM du 92. La Mairie promet de faire sauter les amendes reçues la veille... cela reste pour l’instant une promesse d’élu. La député LREM, sans surprise, se dit très favorable aux ordonnances et ne comprend pas un traître mot des revendications portées par les grévistes. Les grévistes et le collectif de soutien ne comptant pas vraiment sur elle pour mettre à bas le capital, ils n’en sortent pas déçu.es !

À ce jour, les salarié.e.s sont sans nouvelles de la société Héméra et la direction d’Holiday Inn se contente de nettoyer tout les soirs la façade et le trottoir, espérant que quelques clients reviennent dans l’hôtel quasiment déserté.

Le piquet se tient sur place, devant l’hôtel, au 2 rue du 8 mai 1945 à Porte de Clichy, Métro Porte de Clichy tout les jours à partir de 7h. Soyez les bienvenu.e.s pour apporter votre soutien aux grévistes.

Jeudi 9 novembre à Midi, nous appelons à un rassemblement devant l’hôtel pendant lequel seront remis aux grévistes onze chèques de solidarité.

Une cantine aura lieu samedi 11 novembre à la Cantine des Pyrénées, au 77 rue de la mare, Paris 20e, Métro Jourdain, à Midi pour récolter des fonds pour la caisse de grève.

Pour nos ami.e.s geek ou pour tous ceux qui ne pourraient pas venir à la cantine, vous pouvez participer à la caisse de grève en ligne ici

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