Topographie du quartier « Confluence », à St Denis

Pour faire le point sur l’histoire des bidonvilles dans le quartier Confluence à Saint-Denis.

Confluence, ça fait penser à convergence, c’est un beau mot...

Et pourtant le quartier Confluence, à Saint-Denis, c’est un peu l’inverse, ou l’art de corrompre les mots grâce à des noms de rues.
Situé entre Saint-Denis et l’Île-Saint-Denis, ancien terrain de friches industrielles, coincé entre la Seine et les rails de RER, il s’agit d’un quartier en perpétuels travaux depuis quelques années. « Eco-Quartier », création de places, nouveaux immeubles... et ses bidonvilles qui se construisent et se déconstruisent en fonction des humeurs de la préfecture et de la mairie.

A la base, ce qui me fait écrire cet article, c’est d’abord un appel à témoignage. Car cet été, l’expulsion du bidonville de Wilson a été commentée, mais pas celle du canal, qui a eu lieu plus ou moins entre le 15 et le 25 août. Impossible de trouver des infos fiables sur les circonstances de l’expulsion.
Petit bout de terrain, propriété de la Régie des Canaux de Paris, coincé entre la ligne du RER D et le canal Saint-Denis, l’emplacement a connu depuis 2012 deux petits villages de tôle et de panneaux d’agglo. Et deux expulsions, à chaque fois au mois d’août : en 2014 après 2 ans et demi d’installation, et en 2016 au bout d’à peine 6 mois.
À la suite de la première expulsion, la préfecture avait monté un muret sous le pont de la SNCF sur le quai du canal pour empêcher une nouvelle installation. C’était sans compter la fabrication par les nouveaux habitants d’un escalier de palettes pour retrouver un accès facile à la zone. Un vrai petit village a été construit là en l’espace de quelques mois, et je rage de savoir que tout ce qui s’y est créé a été ravagé à coup de bulldozer !

Et puis de fil en aiguille, je me suis mis à retracer l’histoire (récente) des squats et bidonvilles du quartier que j’ai en tête.
Plus récemment, c’était celui de la rue Coignet qui était expulsé, après deux ans d’installation et 15 jours de pression et de violences policières avec OQTF à la clé, le 6 juillet dernier. Le jugement du tribunal daté de 2015 a finalement été mis en application, à la demande de la ville et avec la pression des habitants et du conseil citoyen du quartier (et vive la Citoyenneté !) qui a envoyé un courrier au préfet pour demander l’expulsion.
Soi-disant que l’école préfabriquée qui était installée juste à côté pour l’année scolaire 2015-2016 en attendant la construction de la nouvelle école était infestée de rats et que les fumées des cheminées étaient dangereuses. Soit, c’est pas terrible pour les minots, mais à entendre les huiles de la ville, on pourrait presque croire que l’endroit était propre avant les roms. Or, avec le canal, la gare RER qui surplombe, les multiples terrains vagues et les vieilles friches industrielles du quartier, les rats et la pollution étaient sans doute les premiers habitants du coin.
Et où est donc installée la nouvelle école où tous les nains de jardins du quartier vont se rendre tous les jours ?! A 300 mètres de là, à côté d’un (autre) terrain vague qui vient justement d’être sécurisé pour éviter les squats, coincé entre les même rails de train, un vieil immeuble ouvrier fraîchement retapé qui abritait jusqu’en 2012 le squat Charles Michel et une zone industrielle où passent des camions toute la journée. C’est sûr, là-bas, il y aura beaucoup moins de rats et bien moins de particules fines !

Et pour finir le petit tour du quartier, la nouvelle école en question n’est qu’à deux pas d’un autre bidonville expulsé en 2014, rue Charles Michel, sur le terrain de la maison de François Coignet, un industriel qui aurait inventé le béton armé... Il parait que la maison en question est la première à avoir été fabriquée en béton coulé, et pour cela elle est classée monument historique... Le terrain a été bosselé et protégé par du fil barbelé pour éviter tout nouveau squat.

Ce tout petit quartier illustre, s’il en était encore besoin, le double discours immonde d’une mairie qui dit soutenir les Roms et les précaires.

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