Rêverie d’usine

L’usine angoisse.
L’usine hélas maintient la production.
Malgré le confinement, malgré la guerre de Macron, nous sommes les maillons d’un système à nourrir.
Un très beau texte envoyé par une intérimaire depuis une usine de Douarnenez dans le Finistère.

On vend du thon, partout dans le monde, et la production ne doit pas s’arrêter.
C’est ceux qui nous gouvernent qui le disent.
On doit continuer à fabriquer, des salades mexicaines, des salades de riz aux goûts fades, destinées aux lunch box des travailleurs, des rillettes de thon pour les apéros entre amis.
Mais plus de travailleurs, plus de pause déjeuner, plus d’apéros entre amis.
Le pays est confiné, et la pause déjeuner suspend son temps.
Et qui ne rêverait pas de se nourrir inlassablement de tartinades de thon, matin midi et soir, confinés au coin du feu, à jouer aux cartes et à se tresser des nattes.
Alors, quand pendant huit heures, la mission de l’intérimaire est de placer des fourchettes dans les opercules en carton des salades de thon, l’esprit divague, on se prend à rêver. En temps normal, oui, on imagine le visage de celui qui affamé, va déguster sa salade mexicaine au thon, avant de retrouver la vie de bureau.
On a envie de glisser un cœur en papier dans cette opercule en carton, égayer sa vie, sa pause déjeuner et pourquoi pas, son après-midi de labeur.
Mais quand on ne sait plus imaginer dans quel instant sera savouré notre salade mexicaine, avec cette fourchette qu’on aura mis tant d’effort à placer dans cette opercule en aluminium, tout s’écroule, on perd le fil imaginaire qui nous amène à la réalité du monde extérieur !!
On se demande, si finalement, on ne devrait pas arrêter les fourchettes, et passer au couteau.

Note

Expansive est le site d’information du réseau Mutu (dont est membre Paris-luttes.info) couvrant la zone géographique de Rennes et de ses (parfois lointains) alentours.

Mots-clefs : prolétariat | usines | coronavirus

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