Quelques remarques sur la violence, l’illégalité et l’orientation des luttes sociales (CPE, Grenoble 2006)

À l’occasion du mouvement contre la loi Travail et son monde, nous vous proposons quelques textes écrits par des manifestant-e-s lors de luttes passées à propos de leurs pratiques « violentes ». Premier épisode avec ce texte paru en avril 2006 à Grenoble vers la fin du mouvement contre le CPE : Le CPE, une goutte d’eau dans un lac de rage.

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Texte à lire sur l’écran et/ou télécharger en PDF/brochure sur infokiosques.net (version cahier et version page par page).

Extraits :

Au fil des semaines, dès les premières manifs du mois de février, le mouvement étudiant-lycéen-syndical contre le CPE s’est peu à peu transformé en révolte sociale, renouant avec certaines des pratiques violentes d’octobre-novembre 2005, lorsque des émeutes avaient éclaté dans de nombreux quartiers populaires un peu partout en France.

Aujourd’hui, alors que le CPE a été « remplacé » (pour ne pas dire « retiré »), alors que la gauche dans son ensemble parle de grande victoire, alors que la société reste la même, alors que partout c’est la merde, ni la gauche ni la droite au pouvoir ni les médias ne diront que la chute du CPE est due avant tout aux débordements permanents du mouvement. Pourtant, sans la violence, sans les différentes pratiques illégales des manifestant-e-s, nous en serions encore à nous demander le cul vissé devant la télé « mais pourquoi rien ne change alors que nous étions des millions à manifester sagement dans la rue ? notre citoyenneté n’a donc aucune valeur ? ». L’ironie de départ de ce texte se situe dans ce paradoxe :
- Si le CPE est mort, c’est parce que des dizaines de milliers de révolté-e-s ont foutu le bordel de Paris à Toulouse, de Rennes à Grenoble, etc. Pourtant, la plupart de ces révolté-e-s restent plein-e-s d’insatisfaction et de rage, leur révolte reste intacte. Le CPE n’était pour eux et elles qu’un détail.
- Ceux et celles qui crient victoire devant les caméras et se réjouissent au micro de la mort du CPE sont les mêmes par qui rien ne serait jamais arrivé si l’on avait suivi leurs mots d’ordre (« dispersez-vous ! »). Ce sont également les mêmes qui ont hurlé au scandale face aux « casseurs », les mêmes qui ont empêché toute manifestation « sauvage », les mêmes qui ont tenté de canaliser la révolte vers la légalité des défilés officiels et autorisés. De l’UNEF à la CGT, tou-te-s devraient reconnaître que c’est avant tout grâce aux casseur-e-s, grâce à tou-te-s celles et ceux qui ont participé aux actions de blocage et de sabotage, grâce à tou-te-s celles et ceux qui ont pris au pied de la lettre leurs slogans « ... ou alors ça va péter, ça va péter ! » (tandis qu’eux-mêmes n’avaient qu’une peur, celle que cela se réalise bel et bien), que le CPE est mort-né et que Villepin a été ridiculisé au sommet de l’État.
Tout ceci n’aurait bien sûr pas été possible non plus sans la mobilisation des centaines de milliers voire des millions de personnes lors des diverses manifs de début février jusqu’à mi-avril. Au-delà des conflits avec les syndicats, la complémentarité des moyens d’action a été une de nos grandes forces.

(...)

Dans l’ensemble du mouvement, les actions directes ont été utiles. Caillasser les flics, briser une vitrine ou retourner une voiture, ça n’a pas forcément un impact direct sur le pouvoir en place, mais ça augmente la tension, ça nuit à la paix sociale, ça augmente l’impact de notre lutte.

Ce texte a été traduit en allemand (version cahier et version page par page), en anglais (version cahier et version page par page) et en italien.

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Un mur de Grenoble, le 28 mars 2006

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