« Nous n’avons pas peur d’eux, nous n’avons rien à perdre »

Hamid Mohseni est un activiste germano-iranien, journaliste indépendant, vivant à Berlin. Actif au sein des réseaux de solidarité iraniens depuis l’insurrection de 2009, il nous livre ici son analyse des récents soulèvements contre le pouvoir. Iran : la révolte d’une génération no future contre la République islamique. A lire sur Lundi Matin.

Le peuple iranien est en pleine rébellion ; des millions de personnes ont pris la rue pour protester contre le gouvernement ; vingt personnes ont perdu la vie, et plus de 1 700 ont été arrêtées. Malgré la répression, la colère ne s’apaise pas. La période actuelle de révolte semble avoir beaucoup plus de potentiel que celle de 2009 car c’est une génération sans avenir qui se soulève, s’apparentant à un no future thatchérien, cette fois made in Iran. Une génération qui n’a rien à perdre et prête à tout risquer.

En Iran, on a l’habitude de dire qu’un changement de régime survient tous les trente ans : en 1979, une révolution populaire chasse le Shah d’Iran du pouvoir, avant que les alliés du Guide suprême de la Révolution islamique, l’Ayatollah Khamenei, ne prennent violemment le contrôle de l’État, et le transforment en République islamiste d’Iran (RI). Exactement 30 ans plus tard, en 2009, le pays connu son dernier grand soulèvement, récupéré dans un but intéressé par un courant de realpolitik réformiste. De ce mouvement, naissait l’espoir d’une réelle possibilité de changement, chez les réformistes évidemment mais également pour toutes celles et ceux qui aspirent alors à une vie meilleure. Finalement, ni le gouvernement controversé de l’ancien président conservateur Mahmoud Ahmadinejad et de l’actuel Guide suprême Ali Khamenei, ni les principes fondamentaux de la République islamique ne seront ébranlés et le mouvement de contestation sera étouffé. Le cycle du changement serait-il brisé ?

De récents événements en Iran ont ravivé l’espoir que ce cycle de changement avait seulement pris un peu de retard. Ce mouvement (qui ne fait certainement que débuter) affiche beaucoup plus de potentiel que celui de 2009, notamment parce qu’il est dans son fondement même, différent de ce dernier. Il fait trembler l’élite de la République islamiste et ravive la flamme de toutes celles et ceux qui souhaitent la fin de la République et voir le peuple iranien vivre dignement et librement.

UNE BRÈVE INTRODUCTION À LA SITUATION ACTUELLE EN IRAN

Nous assistons à la transformation d’une révolte populaire en un mouvement social de plus en plus radical, et cela, à l’échelle du pays. Il s’agit de la plus grosse vague de manifestations que l’Iran ait connu en 8 ans. Si l’on peut résumer le mouvement en quatre revendications (pain, travail, dignité et liberté), un nombre important de manifestants et manifestantes parmi les millions qui prennent la rue n’exigent rien de moins que la destitution de la République islamique.

Les causes à l’origine de la gronde populaire sont complexes et fermentent depuis des années, sinon des décennies. Les journaux évoquent la montée du prix des œufs et le chômage comme étant les éléments déclencheurs. L’inflation a effectivement des effets dévastateurs en Iran, et couplée aux politiques sévères d’austérité, elle supplante largement le taux horaire des salaires et le revenu moyen. Cette situation économique pousse les chômeurs mais également les travailleurs iraniens (déjà dans une situation précaire) aux limites même de la survie.

Cela explique en partie pourquoi l’Iran connait beaucoup d’agitation, qu’il s’agisse de grèves sauvages ouvrières dans les usines ou d’actions des retraitées et des travailleurs du secteur public, ce qui ne s’était pas vu depuis bien longtemps. L’organisation subventionnée par l’État Isargara estime qu’environ 1 700 actions à « caractère social » ont eu lieu depuis mars 2016 et cela malgré d’impitoyables poursuites judiciaires contre les syndicats ou toutes autres organisations jugées trop radicales.
La fin des douloureuses sanctions imposées par les Nation Unies sur l’Iran n’a pas réussi à engendrer une reprise économique satisfaisante, sauf évidemment pour une poignée de Mollahs corrompus et le complexe militaro-industriel des Gardiens de la Révolution.

Pour les iraniens et iraniennes, les difficultés économiques de l’État sont cependant loin d’être le seul problème. L’autoritarisme grandissant sous Ahmadinejad n’a pas cessé avec l’arrivée au pouvoir d’Hassan Rohani, même s’il est ironiquement considéré comme un politicien réformiste, ou du moins modéré. La pression quotidienne de l’autoritarisme religieux se manifeste particulièrement dans le harcèlement des femmes et des jeunes « alternatifs » ; et le nombre d’exécutions au nom d’Allah n’a pas baissé.
À cela s’ajoute le problème de la pollution qui touche particulièrement les grandes villes où l’air est tellement irrespirable qu’il a fallu limiter la circulation dans certains quartiers et imposer le port de masques. Enfin, de nombreux iraniens sont furieux que la République islamique expansionniste finance à coup de milliards de dollars des organisations idéologiquement alignées avec elle au sein de luttes régionales, comme en Palestine ou encore au Liban, tout en restant indifférente à la souffrance à l’intérieur de ses propres frontières.

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