Mardi 17 mai. Impressions... nauséabondes

Manif parisienne de ce mardi. Et toujours les mêmes rengaines de part et d’autre. Sauf qu’en face, ça gaze encore sec. Récit en vrac.

J’y étais, encore. Je corrobore le récit à chaud du 17 mai.
Et j’ai la peau qui pique, encore.

Je ne suis pas ceci ou cela, encartée nulle part, juste syndiquée et prof, oui.
Et j’aime mon taf, pas l’Institution.
Et il y a plein à dire et à redire sur les syndicats - et je leur en veux pour beaucoup de choses, que je fais remonter dans des doléances enflammées, à mon échelle -, mais oui, pour moi, ils sont l’un des derniers remparts de la démocratie... si tant est que l’on y croie encore... HA.

Des années dans la rue.
Des années que ça pue. De plus en plus.

Et quand j’ai pu voir cet aprem, j’ai vu. C’est pas les hommes en noir qui m’ont fait peur. Oh non. Ils m’ont plutôt aidée et protégée des cordons de flics partout monstrueusement déployés. A croire qu’ils ont eu des promos sur la lacrymo, à force… de l’ordre.
Et vas-y que je te bombarde alors qu’il ne se passe strictement rien.
Je ne vois presque plus rien. Un mec en noir, équipé, casque et croix rouge à l’arrache collée dessus, grosses lunettes de plongée, sac à dos blindé… Il m’a récupérée aveuglée et m’a rendu la vue dans la seconde, grâce à son spray magique. Merci mec. Et merci à tous ceux qui ont suivi. J’ai plein de vos capsules d’eau ophtalmiques dans les poches, vous, les gentils et vous aussi les méchants casseurs.

Je comprends qu’ils fassent peur aux flics et aux masses, ces "black blocks". Mais à qui/quoi s’en prennent la majorité de leurs membres, à y observer de plus près. Une police répressive ? Des vitrines de banques et d’assurances ? Des semaines que je retourne sur les mêmes lieux et participe aux manifs, les éclats de verre et de violence parlent d’eux-mêmes pour moi.
Mais je continue à observer, car je reste vigilante fin d’essayer, pour le moins, de rester objective.

Que l’on condamne la violence, je le conçois et l’accepte complètement. Mais alors, on doit se résigner à amender cette société, à défaut de la rebâtir.
Sur ce débat, mon avis est tout tranché.

Une révolution sans casse, sans violence ? HA.HA.
Je suis prof, mais d’Histoire. Selon moi, cette violence crie un message, elle est intelligente et se fait l’écho lointain d’autres hurlements du passé. Dès lors, à mes yeux larmoyants (c’est que j’avais pas de lunettes, moi, hier !), elle est légitime. Car ces blessures de la plèbe, mus en violence spontanée, jalonnent nos plus belles pages d’Histoire. Et je n’oublie pas que les plus violents de ces cris nous ont menés vers les plus grands progrès sociaux.

De ce que j’ai encore vu aujourd’hui, jamais cette violence n’était adressée à d’autres qu’à la Police ou la Gendarmerie « « « nationales » » » et… aux services d’ordre des syndicats. Je n’ai vu qu’un SO se faire violemment prendre à partie par un gars en noir.
Mais tout de même... messieurs des syndicats ??? A quel jeu joue-t-on ? Suite à la violence dont certains d’entre vous ont été victimes jeudi dernier, on vous octroie le droit de porter des battes de baseball... et ce droit, vous le prenez ?!
N’acceptez-vous pas du pouvoir qu’il vous charge de cette tâche ingrate qui n’est pas la vôtre ? Celle de débarrasser vos cortèges des fouteurs de merde qui n’en sont pas issus ? Que vous contrôliez vos militants, soit (surveillez les mains baladeuses des dockers avinés de la CGT d’ailleurs... ça, c’est pour la boutade, car ils sont marrants pour beaucoup). Mais que vous fassiez le boulot de la Police... pourquoi ?

Quand je n’étais pas gazée, je vous ai vus, tous. Et vous aussi, messieurs les SO. Matraque artisanale à la main, brassard au bras, casque sur la tête. Je les ai vus fricoter, tant et si bien que je les croyais, de loin, avec les flics. Bon, il y en avait sûrement, des infiltrés. Mais vous ne démentez pas. Et ça, moi je ne peux pas l’accepter, de vous, remparts de la "démos"cratie.

J’ai donc tristement écouté les huées… que faire d’autre à part des doigts d’honneur ?
J’ai vu Denfert, jamais atteinte par beaucoup. Alors c’est ça les gars ? Vous déposez des parcours de manif juste pour la forme ?
Je comprends que vous ayez eu peur que cela dégénère. Mais il ne faut tout simplement pas vous abaisser à certaines accointances.
Je refuse qu’on agresse des militants, des manifestants dans la rue. Je le refuse. Mais les gars, sérieux... lâchez vos matraques et ne jouez pas le jeu grossier de ceux qui veulent nous diviser.

Je n’ai jamais vu, aussi vite, les ballons syndicaux se dégonfler et disparaître. Quoi, déjà, les camions poubelles ?!
Ils avaient scindé en 2, puis en 3, puis en 4… à chaque intersection, des cordons de CRS. Complicités syndicales plus qu’évidentes.
Et cette fameuse casse qui légitime pour la plupart, ces départs précipités.

J’errais comme une âme en peine, et puis j’ai entendu un mouvement. Quelques 100 à 200 jeunes, que j’ai suivis jusqu’au bout de leur parcours totalement anarchique. Putain, j’ai couru. Invitations à la désobéissance civile, cris et cheveux bleus, la meute a continué après avoir bifurqué du parcours officiel.
Les CRS étaient pris de cours. J’étais entre les 2. Les jeunes criaient, les CRS se disaient « on accélère les gars » et les ont pourchassés, des groupes sont donc partis dans 3 ou 4 directions différentes. A un moment, un CRS qui nous voyait filmer et courir derrière, nous a « gentiment » [1] ordonné d’arrêter d’avancer.
Attends, mais il est ouf lui. Les voitures circulent tranquilles dans tous les sens, les touristes qui les filment (aussi), et moi, j’ai pas le droit de marcher (un peu vite, certes) sur le trottoir ?!
On a évidemment continué comme si de rien n’était.

Ca s’est fini métro Falguière. Ils ont sorti leurs clopes les bleus robocop. Moi la mienne. Et j’espérais que les gamins avaient pu filer. Car ils ne faisaient rien d’autre que crier.
Je sais qu’à Rennes maintenant, on peut se prendre 6 mois ferme pour jet de quelques pavés et canettes... mais quand même. Crier... ou avoir une crampe au majeur... ça ferait de nous des hors-la-loi ?

Aujourd’hui, l’avant du cortège … comme d’hab, allait plus loin que la loi Travail... et il grossissait.
Cette loi scélérate et infâme est la goutte d’eau. Celle qui me fait finalement gerber.
Paris, debout, soulève-toi. Oui. Et tellement plus à dire.
Il y avait encore plus de flicaille que les fois précédentes. Ils étaient là, mes dégoûts et mes peurs. Dans la violence politique qui va crescendo, impudente et fière.
Dans la violence économique, insupportable.
Les médias et leur traitement de l’info. A 20h, grosse blague.

Premier jet fatigué, pas le temps de peaufiner.

A jeudi. Et merci les anonymes.

FloRitLège

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Notes

[1Matraque pointée sur nous et hurlant.

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