Les Gilets noirs envahissent Roissy !

Dimanche 19 mai, 14h : les Gilets noirs (migrant·e·s à la rue et foyers de toute l’Ile-de-France en lutte) et le collectif La Chapelle debout viennent d’envahir l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle !

Ils et elles sont plusieurs centaines.

Contre les déportations et pour des papiers pour tou·te·s ! Ils veulent parler au PDG d’Air France et au Premier Ministre Édouard Philippe.

Ce n’est pas par hasard que nous nous retrouvons dans ce lieu. Ce n’est pas une contestation symbolique. Ce lieu est la base arrière et l’avant-poste de la guerre contre les sans-papiers et tou·te·s les étranger·ère·s illégalisé·e·s.

Depuis plusieurs mois, nous nous organisons. Nous avons déjà arraché des victoires. Aujourd’hui, nous lançons aujourd’hui une campagne contre la peur et la honte et pour l’égalité, la dignité, la justice et leur déclinaison concrète :

DES PAPIERS POUR TOUS·TE·S !!

Communiqué :

« Je veux vous dire on est des marchandises pour eux ! S’ils nous donnent des papiers, ils perdent leur commerce. Alors, il faut qu’ils se disent un homme s’est levé. On n’est pas des ballons, on est pas des enfants. La lutte c’est pas que pour les papiers. La chose que tu n’as pas vue c’est dans la lutte que tu vas la voir. Dedans il y a le bonheur et il y a le malheur. Il faut que ça devienne rouge et il faut se lever pour le faire sortir. La honte c’est pas nous c’est eux. Il faut qu’ils se disent que les noirs ne sont plus le noir, mais qu’ils sont devenus rouges ».
Gassama foyer Riquet – in Paroles de n’importe qui…ou pas – mai 2019 – ed. La chapelle.

À la bourse du travail, le 23 février 2019 des habitants de 43 foyers franciliens et des locataires de la rue en lutte, complotent :
Diakité, membre du collectif La Chapelle debout :
« On s’est levé·e·s.
On a quitté nos activités quotidiennes et on s’est levé·e·s.
Nous, les GILETS NOIRS, sommes le plus grand mouvement de sans-papiers aujourd’hui en France.
Le gouvernement français sait qu’on existe.
Il sait qu’on est là et qu’on se mobilise.
Mais il ne sait toujours pas de quoi on est capable !
On a commencé le 23 novembre 2018.
C’était au musée de l’immigration.
On était entre 300 et 400 personnes.
On a continué à mobiliser les gens jusqu’au 16 décembre où on a fait une action d’occupation à la Comédie française.
Et ce jour-là on était 720 personnes.
Et on a ouvert la porte de la préfecture »…Pour négocier.
Le 31 janvier nous étions 1 500 pour accompagner la délégation.
Les chefs n’ont pas tenu parole. « Nous vous recevrons tous les mois »… On attend toujours.
On avait demandé l’arrêt des déportations et Abou, Amadou, Samba, Tymera, Imane, Hicham, ont été expulsé·e·s de force en Espagne, en Italie, au Soudan et au Maroc sous couvert de Dublin, d’accords bilatéraux, par pur et simple acharnement policier, judiciaire, médical, raciste.

Nous nous sommes organisé·e·s pour que beaucoup puissent revenir, pour que chacun.e fasse revenir ou venir nos
parents, nos enfants, nos femmes et nos hommes, nos ami·e·s et tou·te·s les nôtres.

À la préfecture de Paris Cité, les méprisant·e·s n’ont pas cessé de nous dire : « on ne peut pas, c’est pas notre responsabilité, pas de notre compétence, il manque ce papier »

« On parlera à vos chefs alors ! »

Nous appelons toutes les forces en France, en Europe ou ailleurs à soutenir cette campagne contre la peur et la honte.
Pour l’égalité, la dignité et la justice et leur déclinaison concrète : Papiers pour tou·te·s !
Pour recommencer à gagner parce que nous avons tout, trop, perdu. Papiers pour tou·te·s !
Pour arrêter de déplorer et parce qu’il faut faire.
Pour ne plus attendre.
Parce que nous sommes ici et que nous sommes partout. Papiers pour tou·te·s !

Contre :
Les OQTF, le 115, le travail au noir chez Elior, ou le désamiantage sans protections, le CRA, les gares de Calais et Vintimille,
Dublin en fuite, les contrôles au faciès à Aubervilliers 4 chemins, l’OFPRA, dormir dehors, la CNDA, la porte de
La Chapelle, l’AME refusée, faire la queue à la préfecture ou pour manger, l’OFII, les patrons et les entreprises négriers
Papiers pour tou·te·s !

« Les immigré·e·s ont une voix et ils et elles s’en servent » :
Nous sommes la liberté de circuler et de s’installer en acte, nous l’arracherons en droit.
Au nom de celles et ceux qui ne sont pas arrivé·e·s,
Pour nous sauver nous-mêmes, et pour celles et ceux qui veulent venir.
PAPIERS MAINTENANT !
Nous sommes dans un aéroport en France
Ce lieu est avant tout une frontière. Une frontière sans murs ni barbelés. Pourtant, elle marque des corps.
Pour certain·e·s Roissy-Charles-de-Gaulle est simplement un lieu de passage et de consommation.
Celles et ceux pour qui cela est facile sont une minorité venant du monde bourgeois et/ou blanc.
C’est ce monde qui colonise et fait la guerre. L’entrée de leur forteresse c’est l’aéroport. Elle est bien gardée par des militaires, des policiers,
des caméras… Dans ce lieu, on trouve beaucoup des nôtres. Pourtant on ne veut pas nous voir par ici.
Nous sommes cachés ou enfermés derrière un rideau dans l’avion ou en sous-sol, tout près du terminal 2 en zone d’attente pour personne en instance de déportation ou dans le sous-sol de l’hôtel 4 étoiles Ibis juste là avec la bénédiction du groupe Accor.
Ce lieu incarne le racisme à l’échelle de la planète.
Les premiers passent en montrant seulement le bon papier, les derniers y sont menacé·e·s, menotté·e·s, baillonné·e·s, insulté·e·s par la police
Aux frontières dans les antichambres de l’aérogare.
C’est de Roissy qu’on a déporté des Afghan·ne·s à coups de poing à Kaboul, en même temps qu’on éteignait la tour Eiffel en hommage aux
victimes occidentales du quartier diplomatique des attentats à Kaboul le 31 mai 2017.

Nous sommes ici parce que cet aéroport appartient à celles et ceux qui en astiquent les toilettes toute la journée, qui emballent et transportent
les valises des usagers aux passeports rouges.
Nous sommes venu·e·s nous libérer comme certain·e·s s’évadèrent ces derniers mois des prisons pour étrangers et étrangères de Rennes, d’Hendaye ou du Mesnil-Amelot.
Nous sommes ici parce qu’on a retrouvé le corps congelé d’un fils de 15 ans tombé du train d’atterrissage le 08 avril 2013. C’était bien
avant leur « crise migratoire » qui justifie un peu plus chaque jour leurs crimes. Il n’a pas de nom pour celles et ceux qui déportent, il porte
celui de tou·te·s les notres.
Nous sommes ici pour que les nôtres n’aient plus à s’automutiler ou se suicider pour empêcher certains flics de s’offrir des vacances avec
des miles Air France.
Marre du mitard, des somnifères, du casque en mousse et des menottes !

Gloire à tou·te·s ceux et celles qui sont redescendu·e·s de l’avion quels que sont les moyens employés. Du cri à la rébellion physique en
passant par la ruse.

Merci à tou·te·s celles et ceux qui refusèrent de s’asseoir. Aux pilotes qui refusèrent de décoller. Aux gants d’escales qui nous donnent des
informations : « on déporte sur ce vol ».
25 centres de rétention en France, plus de 1 000 personnes déportées en 2018 depuis le seul centre de rétention
du Mesnil-Amelot, juste à côté d’ici. STOP !

Vaincre la peur en venant ici, sans alias et sans uniforme de travail, c’est la première victoire.
Vaincre la peur de cette frontière c’est s’organiser contre tous ceux et toutes celles qui déportent et en premier lieu saboter la collaboration
d’Air France, celle qui de toutes les compagnies aériennes complices est la partenaire officielle de l’État français. Elle orchestre le grand bal
des collaborations de Qatar Airways, d’Éthiopian Airlines, de Turkish Airlines.

À Air France, déporteur officiel de l’État français et à ADP, son chien de garde :
Nous dénonçons votre collaboration avec les pratiques de l’État et le commerce qu’elles vous rapportent.
Nous dénonçons les pressions exercées sur votre personnel·le et celles exercées sur les passagers et passagères qui
s’opposent aux déportations : toutes celles et tous ceux débarqué·e·s des avions, menacé·e·s de poursuites ou contraint·e·s à racheter des
billets.
Nous dénonçons votre rôle d’auxiliaires de la police et de la justice européenne, et déclarons que vous comptez parmi les responsables de
la traite des vies non blanches et de leur gestion comme des flux. Vous êtes coresponsables du meurtre de A. par la police aux frontières,
des blessures et de l’enfermement de M., de la torture de M. piqué pour qu’il s’endorme et ne proteste pas, de tentative de meurtre pour avoir
laissé M. être déporté alors qu’il avait ingéré des lames de rasoir…
Nous demandons à parler aux responsables d’Air France pour :

  • Stopper toute participation financière, matérielle, logistique ou politique aux déportations
  • Stopper sa politique de représailles et/ou de pressions envers le personnel de bord qui refuse d’embarquer
    une personne menacée de déportation
    L’aéroport ça nous effraie, ça nous rend fous et folles,
    Ça nous nourrit aussi
    L’aéroport, ça nous tient.

« En charter c’est nos frères qu’ils jartèrent rapatriement et maintenant la haine coule dans nos artères »

Les Gilets noirs en lutte
Contact : collectif La Chapelle debout
Mail : collectif.lachapelle.debout@gmail.com
Fb : https://www.facebook.com/CollectifLaChapelleDebout

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