Le Juif de Schrödinger

Cette brochure parle d’antisémitisme dans les milieux militants queer/TPG, « totos »/anars, de gauche et d’extrême gauche, ayant une prétention antiraciste et antifasciste.

Le Juif de Schrödinger est à la fois juif·ve et pas (trop) juif·ve, vit de l’antisémitisme, mais pas trop, pense que l’antisémitisme existe, mais plus vraiment en France, etc.
On a pensé à cette expérience comme réponse à des questions que nous, juives et juifs, on se pose tou·te·s à un moment donné : comment définir, mesurer l’antisémitisme que l’on perçoit dans notre entourage ? Comment parler d’antisémitisme quand on ne se sent même pas légitime à parler en tant que juif·ve ? Comment identifier et dire l’antisémitisme quand on le voit, qu’on l’entend, qu’on le ressent, en s’autorisant à le dire ?

Le Juif de Schrödinger manuel de survie pour juif·ve·s en milieux militants

Avertissement aux lectrices/lecteurs :

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé, des faits ou événements ayant eu lieu, n’est pas une pure coïncidence. Ce texte n’est pas une œuvre de fiction. Elle est écrite à plusieurs mains. Les « je » et « nous » de ce texte réfèrent donc à plusieurs histoires, toutes aussi vraies les unes que les autres.

Cette brochure s’adresse avant tout à des juif·ve·s s’organisant dans les milieux militants queers / TPG, « totos », anars, de gauche et d’extrême gauche, antifascistes et antiracistes. Elle parle d’antisémitisme avec tout ce que ça peut impliquer.
Voilà c’est tout.

Pourquoi Juif/Juive de Schrödinger ?

Le chat de Schrödinger est une expérience de pensée imaginée en 1935 par le physicien Erwin Schrödinger afin de mettre en évidence des lacunes supposées de l’interprétation de Copenhague de la physique quantique, et particulièrement mettre en évidence le problème de la mesure.

Un chat est enfermé dans une boîte avec un flacon de gaz mortel et une source radioactive. Si un compteur Geiger détecte un certain seuil de radiations, le flacon est brisé et le chat meurt. Selon l’interprétation de Copenhague, le chat est à la fois vivant et mort. Pourtant, si nous ouvrons la boîte, nous pourrons observer que le chat est soit mort soit vivant.

Le/la juif/juive de Schrödinger est à la fois juif·ve et pas (trop) juif·ve, vit de l’antisémitisme, mais pas trop, pense que l’antisémitisme existe, mais plus vraiment en France, etc.

On a pensé à cette expérience comme réponse à des questions qu’on se pose tou·te·s à un moment donné : comment définir, mesurer l’antisémitisme que l’on perçoit dans notre entourage ? Comment parler d’antisémitisme quand on ne se sent même pas légitime à parler en tant que juif·ve ? Comment identifier et dire l’antisémitisme quand on le voit, qu’on l’entend, qu’on le ressent, en s’autorisant à le dire ?

De là, notre expérience à nous consiste à nous demander pourquoi il est si compliqué de se dire juive ou juif. Le chat dans la boîte est-il juif et pas juif tant qu’on n’a pas ouvert la boîte ? Ne subit-il l’antisémitisme que si on ouvre la boîte ? Comment se fait-il qu’on se prenne toujours la tête à savoir où commence et où s’arrête notre judéité ? Pourquoi ces questions n’ont au final qu’une incidence modérée, voire nulle, sur la réalité de l’antisémitisme que nous vivons ? C’est l’illusion selon laquelle si nous nous faisions suffisamment discret·e·s, l’antisémitisme disparaîtrait de lui-même, illusion à laquelle nous nous accrochons fort. C’est ainsi que nous, juives et juifs, nous définissons d’abord en négatif, tentant en premier lieu de définir tout ce que nous ne sommes pas avant d’oser affirmer un jour ce que nous sommes.

Il faut tuer l’antisémite dans nos têtes qui dit : « après tout, si les juif·ve·s ne se faisaient pas autant remarquer, peut être qu’il n’y aurait pas autant d’antisémitisme ? »

Le propos, c’est de faire comprendre aux « juifs/juives de Schrödinger » qu’au-delà des stratégies de survie individuelles (toujours compréhensibles au demeurant) l’antisémitisme ne s’arrête pas d’exister parce qu’on cache qu’on est juif/juive. De la même manière qu’on n’était pas plus épargné·e sous Vichy parce qu’on se déclarait athée. Tout au mieux, on échappe à ses manifestations les plus évidentes, on se voile la face et on en voit le moins possible. On ne refermera pas la plaie béante de l’antisémitisme aujourd’hui ni demain. Nous ne prétendons pas être plus intelligent·e·s que nos aîné·e·s. En revanche, nous pouvons peut-être, le temps de notre vie, cesser de considérer que la haine de soi est une qualité à cultiver. Nous avons le droit d’être juif·ve, sans avoir honte, sans s’excuser.

C’est un·e juif·ve qui dit :

Je suis juive/juif, mais…

… c’est compliqué / moi c’est pas pareil / pas vraiment, enfin… je suis d’ORIGINE
… je ne crois pas en Dieu / je ne pratique pas / je ne suis pas religieux·se
… je ne m’étale pas là-dessus / je ne m’affiche pas, tu sais / les trucs de juif·ve·s ça ne m’intéresse pas
… je n’ai pas été élevé·e dans la culture juive, d’ailleurs je ne connais pas d’autres juif·ve·s / je suis pas trop « communauté »
… ce n’est pas pour ça que j’ai de l’argent
… j’ai rien contre les Arabes, moi
… je ne subis pas (trop) l’antisémitisme / je ne subis pas (vraiment) de racisme
… je pense que c’est quand même pire ce que vivent les noir·e·s et les Arabes
… quand même, j’ai un peu le privilège blanc
… oui certes, mais je ne suis pas racisé·e
… mon histoire, ce n’est pas la Shoah, c’est la colonisation / pas vraiment, parce que je suis Arabe
… aujourd’hui, c’est plus pareil, la France n’est plus antisémite
… l’antisémitisme je ne vois pas ce que c’est
… je pense que les juifs ne vivent pas de racisme d’État / je ne pense pas que l’antisémitisme soit une oppression systémique
… je pense que la priorité c’est de parler d’islamophobie
… je pense qu’on parle trop de la Seconde Guerre mondiale, trop des juif·ve·s et pas assez des autres minorités / conflits
… je suis contre Israël / je ne suis pas sioniste, hein ? / je boycotte l’Eurovision / je n’aime pas Bilal Hassani / je soutiens BDS


… c’est compliqué /, mais moi c’est pas pareil / pas vraiment, enfin… je suis d’ORIGINE

Moi ce qui me frappe à chaque fois qu’on me dit cette phrase, c’est à quel point tout le monde le dit.

Personne n’est 100% casher, et personne n’est QUE juif. Nous sommes tou·te·s juives et juifs en plus d’être plein d’autres choses. On est tou·te·s des individus complexes avec des histoires multiples. Ce n’est pas parce que tu oses t’affirmer en tant que juive/juif que tu réduis ton identité à cela. Si tes interlocuteurs te réduisent à ce statut, c’est eux qui ont un problème, pas toi.

Personne ne se sent juive / juif par essence : personne ne se réveille chaque matin en sentant une magen David s’enflammer sur sa poitrine. Sauf Superjuif, mais c’est un autre débat.

… je ne crois pas en Dieu / je ne pratique pas / je ne suis pas religieux·se

Les processus de racialisation, c’est toujours compliqué. Peut-être que l’antisémitisme n’est clairement pas l’oppression systémique dont nous pâtissons le plus. Peut-être qu’on est juif/juive sans avoir envie de s’en préoccuper plus que ça, ou de se promener tous les jours avec une magen David géante en or massif autour du cou.

Vivre le racisme, s’en reconnaître comme récipiendaire, ou en identifier les mécanismes n’est simple pour personne. Chaque individu·e vivant le racisme a une histoire qui lui est propre, avec ses particularités et ses points communs. On n’est pas tou·te·s obligé·e·s d’avoir la même histoire pour vivre le même type de racisme, ou la même oppression.

Ce n’est pas uniquement le fait de croire en Dieu, être impliqué·e dans la vie religieuse, porter une kippa ou une étoile de David, avoir de l’humour (et plus ou moins bien encaisser l’antisémitisme), avoir de l’argent… ou pas, qui nous rend plus ou moins vulnérables à l’antisémitisme. C’est une question de contexte, plus ou moins hostile, plus ou moins raciste qui nous y expose. Le fait de « s’exposer » soi-même peut être l’opportunité de vivre de l’antisémitisme, mais cela dépend du contexte, et non seulement de la manière dont nous choisissons d’y répondre ou de nous identifier. Voilà d’où il faut partir : c’est l’antisémite qui fait le juif / la juive.

… je ne m’étale pas là-dessus / je ne m’affiche pas, tu sais / les trucs de juif·ve·s ça m’intéresse pas

On peut être un·e juif·ve sans connaître son histoire, on peut être un·e juif·ve en ne la connaissant que trop bien. On peut être un·e juif·ve traumatisé·e qui n’a jamais fait shabbat, on peut être juif·ve soûlé·e de ouf par l’idée d’aller fêter Pessah en famille. Affirmer une part de son identité, de son histoire, ou manifester un désir de la connaître ne veut pas dire qu’on s’affiche ou qu’on en fait trop. C’est le propre d’un système raciste de renvoyer ses minorités à un sentiment permanent d’illégitimité.

Se dire juif, c’est trop en faire, c’est chercher à s’imposer, c’est chercher à envahir les espaces avec ses problématiques personnelles. Intéressant au passage de noter comment nous décidons ce qui est de l’ordre de l’intime ou du politique. En bref, ça ne nous regarde pas ce que tu fais le vendredi soir, et d’ailleurs pourquoi tu nous dis ça à nous, hein ? Pourtant, ne pas le dire c’est se cacher, ne pas être honnête sur son histoire, sa famille, ses relations… Tiens d’ailleurs pourquoi tu ne nous as jamais dit que t’étais juif·ve ? Quoiqu’on choisisse, on ne sort jamais du soupçon. On prépare toujours un mauvais coup et lorsqu’on parle de ce bout de notre identité, on veut toujours dire autre chose ou ne pas le dire. La solution ? Arrêter de parler avec des antisémites, car personne ne peut sortir de cette injonction contradictoire [1]. Se dévoiler en se cachant, personne ne peut faire ça. Pas même Superjuif.

S’effacer en tant que juive/juif n’efface pas l’antisémitisme. Ce n’est pas nous, juives et juifs, qui décidons si oui ou non nous allons subir de l’antisémitisme et sous quelle forme. Si nos identités et nos vécus sont pluriels, il n’en reste pas moins que nous sommes tous et toutes ramené·e·s à notre judéité par les antisémites. Essayer de se cacher et nier ce que nous sommes ne nous avance à rien, tout en nous isolant individuellement dans une société qui ne nous a pas forcément toujours voulu du bien… Et surtout, en passant son temps à se poser des questions de légitimité, on s’empêche de se poser des questions sur notre vécu commun.

… je n’ai pas été élevé·e dans la culture juive, d’ailleurs je ne connais pas d’autres juif·ve·s / je suis pas trop « communauté »

C’est quand même bizarre d’avoir besoin de se justifier sur ses fréquentations. On peut s’y pencher deux minutes ? Bon d’abord, j’ai rarement rencontré un·e juif·ve sans famille juive, quelque soit la relation de sa famille avec son histoire et sa judéité. Et oui, un juif n’arrive jamais seul, c’est malheureux, mais c’est comme ça. On a le droit de se faire des potes juives et juifs, comme de ne pas s’en faire. On ne devient pas plus ou moins juif en fonction du ratio feuj dans notre cercle d’ami·e·s. On n’a pas à rassurer notre entourage non-juif sur le fait qu’on ne fait pas partie d’une des Grandes Familles ni qu’on ne prépare pas un mauvais coup quand on allume une menorah avec ses potes. On n’a pas à se justifier d’exister et de côtoyer autre chose que des goyim [2].

… ce n’est pas pour ça que j’ai de l’argent

L’antisémitisme « actuel » (à gauche) se base beaucoup sur le discours « anti-impérialiste »/ « anticapitaliste » romantique, en le prenant comme alibi. Être anar et bourgeois·e, c’est soupçonnable, certes, mais être anar, juif·ve (et donc potentiellement bourgeois) c’est acquérir tout de suite un statut de traître vis-à-vis de la lutte des classes. Je n’ai pas envie de démontrer combien l’analyse marxiste s’est montrée mainte fois antisémite ici. Par contre ce que je remarque, c’est que les juif·ve·s se désignent, ou sont plus volontairement désigné·e·s comme bourgeois·ses. Et c’est un problème dont je crois, nous devrions commencer à causer sérieusement entre nous, en dehors d’un contexte où nous sentons obligés de nous justifier en permanence (c’est-à-dire en présence de non-juif·ve·s).

Dans les milieux antiautoritaires, gauchistes et queer / TPG, je pense que ce n’est un mystère pour personne qu’il y a une véritable injonction à la performance de pauvreté. Cela part souvent d’une bonne intention (mais l’enfer est pavé de bonnes intentions, n’est-ce pas ? ), à savoir reconnaître ses privilèges, et notamment son privilège de classe. C’est à chacun·e d’être le plus honnête possible pour situer le point de vue dont il·elle parle. Cela suppose de reconnaître son capital financier et culturel face à ses interlocuteurs. Je suis toujours frappée de voir combien les juives et les juifs se justifient de façon répétée et insistante dans ce contexte, faisant fréquemment amende de leur présupposée bourgeoisie ou origine bourgeoise. Quand il·elle·s n’ont pas de thunes, il·elle·s trouvent souvent moyen de s’excuser d’autres choses : certes il·elle·s n’ont pas de revenus, mais qu’en est-il de leur capital culturel ? De leur possible héritage (ce qui devient souvent absurde dans le milieu TPG, connaissant le nombre de queer en rupture familiale) ? Si ce n’est pas toi, c’est donc ton frère… C’est un fait : dans ce contexte les juives et les juifs se justifient plus que tout autre de leur argent. Il·elle·s le font même quand on ne leur demande rien ! Les non-juif·ve·s supposent aussi plus facilement que les personnes juives viennent de milieu aisé. Être juif dégage un imaginaire intellectuel et bourgeois. Ce qui est très compliqué, c’est que nous-mêmes, par une volonté de transparence (pour prouver au reste du monde que nous n’avons rien à cacher) sommes tenté·e·s de nous justifier d’autant plus des endroits où nous jouissons, ou pas, de facilités et d’aisance matérielle, venant appuyer par la même le cliché antisémite que nous tentons de déjouer. Un juif qui parle d’argent est un juif riche, il étale ses privilèges de classes, rappelant sans cesse à ses camarades son sentiment de supériorité. Il en fait trop. Au contraire, un juif qui n’en parle pas est un juif riche qui le cache, qui manipule son auditoire, qui planque son argent et ses privilèges. Je ne sais pas comment répondre à une injonction qui m’accule à un cliché dont je ne m’échappe pas, quelle que soit ma réponse.

Pendant ce temps, les chaberts [3] parlent beaucoup d’argent, mais rarement les concernant. Ils ne se justifient pas ou peu de leurs revenus. Et s’ils le font, c’est tout à leur honneur. Quand un·e juif·ve le fait, c’est normal, mais quand le chabert le fait, grand prince, il a le mérite de « reconnaître ses privilèges » et s’en tire une fois de plus grandi.

... j’ai rien contre les Arabes, moi

Bien sûr qu’être juif·ve ne nous fait pas haïr les musulman·e·s (parce que c’est aux musulman·e·s qu’on pense ici) de façon congénitale. Mais encore une fois, qui pense ça ? Auprès de qui se justifie-t-on lorsqu’on affirme cette évidence ? Il y a 15 ans, je me souviens très bien que je n’avais pas besoin de le préciser. Au collège, mes ami·e·s étaient musulman·e·s et juif·ve·s. Nous discutions d’histoire et de religion sans penser une seconde à nous haïr. Aujourd’hui, si je me lie d’amitié avec une personne musulmane, les gens trouvent ça « émouvant ». Qu’est-ce qui a bien pu se jouer ces dernières années pour que ces alliances nous paraissent aujourd’hui si saugrenues ?

Par ailleurs, ce serait bien de ne pas oublier qu’une partie de la diaspora est arabe.
On a par exemple des doubles mouvements très fréquents chez les séfarades : dans un même temps, on peut avoir des paroles anti-arabes très fortes, et d’autre part avoir des revendications culturelles et identitaires arabes. Ma mère me disait tout le temps « ne fait jamais confiance à un Arabe, les Arabes sont des voleurs, ne te marie jamais avec une Arabe, etc. », et en même temps elle revendiquait le fait d’être arabe devant des potes goys : « ha, mais ici on mange comme des Arabes », « nous on est des sauvages »…

On ne le dira jamais assez : ce n’est pas parce qu’on vit du racisme qu’on n’en produit pas !!! Évidemment que les juives et les juifs sont racistes. COMME TOUT LE MONDE. Ni plus ni moins. L’inverse est aussi vrai : être raciste ne veut pas dire qu’on ne vit magiquement plus de racisme par ailleurs. Le colonialisme israélien n’efface pas l’antisémitisme. L’antisémitisme n’efface pas le colonialisme. Ce n’est pas parce que des raclures racistes comme Finkelkraut ou Enthoven (ou même Zemmour, si si) vivent de l’antisémitisme que ça les dédouane de toutes les conneries qu’ils peuvent dire sur les Noir·e·s et les Arabes. Mais ce n’est pas une raison valable non plus d’utiliser le fait qu’ils soient juifs pour leur trasher la gueule. Et ne pas oublier aussi que beaucoup d’intellectuels blancs [4] disent au moins autant de conneries qu’eux et qu’on s’en rappelle moins. Parce que les juif·ve·s, contrairement aux chaberts, n’ont pas une ardoise effaçable. On oublie, on pardonne les blanc·he·s tellement plus vite… mais nous y reviendrons en parlant d’Israël.

Il y a une surreprésentation médiatique des juif·ve·s réacs dans les médias : ce sont les juifs de service, ou ce que j’appelle « le bouclier de David ». La suprématie blanche utilise des juifs - comme toutes les autres minorités - comme bouclier pour mieux taper sur les Arabes. Les juif·ve·s ne sont pas plus les « tirailleurs de la République » que ne le sont d’autres figures : à chacun·e son Dieudonné, son Tariq Ramadan, son Finkielkraut.
Ou son Houria Bouteldja ?

… je ne subis pas (trop) l’antisémitisme / je ne subis pas (vraiment) de racisme

Dire que l’on vit du racisme ne veut pas dire qu’on ne peut pas être honnête sur les endroits où l’on en vit et les endroits où l’en vit pas, ou peu. Ne serait-ce qu’entre juif·ve·s, nos vécus quant à l’antisémitisme diffèrent, alors évidemment qu’ils diffèrent aussi d’une minorité raciale à l’autre. De la même manière que nos vécus dépendent aussi de l’intersectionnalité des oppressions que nous vivons. Si je suis juive et trans et ashkénaze, je ne vis pas la même chose que si je suis juif cis et noir… est-ce que c’est vraiment la peine de se lancer dans « qui a le pire vécu » ? Qui s’en mange le plus ? Et comment on prend en compte d’autres données qui ne relèvent pas des oppressions systémiques, comme des composantes de lieux, de temps, de traits de caractère (je suis une grande gueule, je suis timide, etc.) ? Bref la course aux oppressions devient vite ridicule quand on commence à prendre en compte tous les paramètres qui la composent.

Au sein de la communauté lesbienne, je suis noire, et au sein de la communauté noire je suis une lesbienne. Toute attaque contre les Noir·e·s est une question gay et lesbienne, parce que moi et des milliers d’autres femmes noires faisons partie de la communauté lesbienne. Toute attaque contre les lesbiennes et les gays est une question noire, parce que des milliers de lesbiennes et de gays sont noir·e·s. Il n’y a pas de hiérarchie des oppressions. in There is no hierarchy of oppressions, Audre Lord [5].

L’antisémitisme est une oppression systémique, et à l’instar des autres formes de racisme, elle n’a elle non plus jamais disparu. Croyez-moi, vous n’aurez pas besoin de gratter bien loin dans votre vécu pour vous rappeler des moments gênants… comme au hasard, lorsque votre entourage a appris que vous étiez juif·ve ? Et n’allez pas me raconter que c’était un malentendu, ou que « c’était la première fois qu’il·elle·s en voyaient un·e » (bonjour l’auto-exotisation, ça va ?). Quand vous dîtes que vous êtes Normand·e, il n’y a pas de malentendus, pas de questions stupides et intrusives ni de silence embarrassé pour vous rappeler que vous êtes tombé·e·s soudainement dans la catégorie des gens différents. Soyons honnêtes, le pire que vous risquez c’est de lancer un débat sur le mont Saint-Michel…

Le racisme commence toujours par l’ignorance, certes, mais est-ce une raison pour l’excuser ? Et vous, quand est-ce que vous arrêtez d’excuser vos ami·e·s ?

… je pense que c’est quand même pire ce que vivent les Noir·e·s et les Arabes

Hiérarchiser les formes de racismes pose problème. Dire que « ce que vivent les Noir·e·s ou les Arabes, c’est pire » n’est pas juste. D’abord parce que c’est invisibiliser le vécu de personnes juives noires ou arabes. Et ça, c’est grave. Si vous en avez l’occasion, lisez Bell Hooks sur son vécu de femme noire dans les milieux militants, et comment elle s’est fait invisibiliser à la fois par les féministes blanches en tant que noire ET dans les luttes noires en tant que meuf. Autant dire que cette phrase est très souvent prononcée par des ashkénazes, passés maîtres depuis un bon moment dans l’art de l’autoflagellation (mais parfois aussi des séfarades, qui pensent probablement que leur judéité leur confère un degré de blanchité que les Arabes musulman·e·s n’ont pas…). Dire ça, ça ne sert qu’à rassurer votre égo qui a peur de se faire taxer de racisme. On n’a pas besoin d’être blanc·he pour reproduire de la culpabilité de dominant. Et votre culpabilité on en a rien à foutre, même entre juif·ve·s.

Hiérarchiser les racismes, la concurrence victimaire ou les mémoires : ça diminue tout le monde. En comparant ou en « désacralisant » les mémoires - en voyant les shoananas de Dieudonné, on se demande comment des gens peuvent croire que la Shoah est « trop sacralisée… »- on tire une balle dans le pied de tout le monde en même temps.
D’autre part, hiérarchiser les formes de racismes c’est exactement ce qu’attend de nous la suprématie blanche. Car dans ce jeu pervers, c’est elle qui distribue les points et qui gagne à tous les coups. C’est elle qui classe les ashkénazes comme des « presque comme nous » (les blanc·he·s), des « bien intégré·e·s », ou les séfarades comme de « vulgaires marchands de tapis » (« des Arabes comme les autres ») et les juif·ve·s éthiopiens comme… inexistant·e·s, par exemple. C’est elle qui va distribuer les rôles entre les asiatiques, les Roms, les gens du voyage, les juif·ve·s, les Noir·e·s, les Arabes… déterminant qui elle va avantager plus qu’un autre. Diviser pour mieux régner, ça s’appelle, et c’est vieux comme le monde.

Et non, ce n’est pas vrai que les juif·ve·s ne vivent pas de racisme d’État : celui-ci s’exprime juste différemment. Nous y reviendrons en parlant de ce qu’est l’antisémitisme.

... quand même, j’ai un peu le privilège blanc

Non les juifs/juives n’ont pas de privilège blanc (ni de privilège juif !) en tant que tel·le·s. Et vous savez pourquoi ? Parce que se cacher n’est pas et ne sera jamais un privilège. Les queers, vous savez bien de quoi je parle, non ? Le Placard, ça ne vous rappelle rien ? Un privilège n’est pas périssable ni conditionnel, il ne s’arrête pas d’un coup à la lecture de votre nom sur votre carte d’identité, au détour d’une conversation avec un mec bourré qui parle de complot, de quand vous parlez d’une partie de votre famille qui a émigré en Israël, ou du Maroc, de votre histoire ou encore quand vous dites que vous ne fêtez pas Noël. Un privilège est inaliénable et permanent dans le contexte où il prend corps : c’est pour ça que c’est un privilège.

Au fait, vous savez quoi ? Il y a des juif·ve·s aux quatre coins de la planète avec des gueules toutes aussi différentes. Il y a 6 mille juifs en Inde par exemple, allez leur parler de privilège blanc… Avoir la peau blanche n’empêche pas non plus de subir du racisme : non en tant que blanc·he, mais en l’occurrence en tant que juif·ve. Le racisme ne se construit pas exclusivement sur notre taux de mélanine. Les juif·ve·s du ghetto de Varsovie étaient blanc·he·s comme des culs, ça ne les a pas empêchés de se faire gazer ou fusiller. Alors oui, être juif·ve c’est bien souvent plus compliqué quand notre peau est noire plutôt que blanche. Évidemment. Avoir la peau claire en tant que juif·ve, bien sûr que ça confère des avantages, des possibilités de se planquer plus facilement. Et le nier ne ferait pas de vous un·e mauvais juif·ve, juste un·e imbécile.

Mais dans le contexte français j’entends très rarement des juif·ve·s m’affirmer que ce qu’ils vivent est pire que « les autres » (entendez les autres minorités raciales). En fait, j’entends quasi exclusivement le contraire. Encore une fois, en nous excusant en permanence vis-à-vis des autres minorités, en minimisant au maximum notre vécu du racisme, nous ne rendons service à personne. Par contre, nous nous justifions une fois de plus face à un bon vieux cliché : les juif·ve·s se plaignent tout le temps, se mettent toujours au centre, se victimisent et c’est de leur faute si l’on ne parle pas des autres formes de racisme. Et vous savez le plus drôle dans tout ça ? C’est que la plupart du temps nous disons ça à qui ? Des chaberts, qui ont pour sûr le privilège de ne pas vivre de racisme. Quelle ironie, si seulement c’était de l’humour juif…

… oui certes, mais je ne suis pas racisé·e

Racisé·e cela veut simplement dire « qui subit du racisme ». L’antisémitisme est une forme de racisme. Vous vivez de l’antisémitisme ? Bah voilà, vous êtes racisé·e. Et se définir en tant que tel·le n’est pas un abus de pouvoir, à moins que ce soit l’usage que vous en fassiez.

... mon histoire, ça n’est pas la Shoah, c’est la colonisation / pas vraiment, parce que je suis Arabe

Lorsqu’on est juif·ve et racisé·e d’une autre manière, il existe une injonction à choisir une identité au profit d’une autre, souvent au détriment de sa judéité.
Quand on est par exemple juif·ve et Arabe, les gens oublient plus facilement notre judéité. Et par conséquent, lorsqu’on parle de juif·ve, on se représente par défaut un·e juif·ve ashkénaze à la peau claire. Encore une fois on « blanchise » les juif·ve·s, ça ne vous rappelle rien ? Je vous le donne en mille : c’est un processus raciste.

« Frères/sœurs ennemi·e·s », « allié·e·s naturel·le·s »… Les identités de juif·ve·s d’une part, et d’Arabes (ou autres non blanc·he·s) de l’autre sont essentialisées et vues comme mutuellement exclusives, impliquant des responsabilités ou une légitimité héréditaire. Pourtant, tou·te·s les juif·ve·s n’ont pas la peau claire, et quand bien même, cela ne les empêche pas de subir l’antisémitisme de manière spécifique en plus d’autres formes de racisme.

Être ashkénaze ne fait pas de nous des allié·e·s naturel·le·s du colonialisme israélien, pas plus qu’être séfarade ne crée des zones de complicité avec les Palestinien·ne·s ou les autres Arabes. Penser que les Arabes ou les Noir·e·s sont des allié·e·s automatiques de la cause palestinienne nie la possibilité pour chacun·e d’exprimer une opinion personnelle et nuancée. Dans ce débat, si vous observez bien, il n’y a que les blancs non-juifs qui ont la possibilité d’avoir une opinion qui leur est propre. Les autres sont sommés de répondre aux endroits où l’on attend déjà leur soutien.

Par ailleurs, on oublie aussi trop souvent que la Shoah a aussi eu lieu en Afrique du Nord. Les conséquences de la Shoah ont impacté bien plus que les populations juives ashkénazes.

La Shoah n’est pas automatiquement synonyme d’Europe de l’Est. On oublie trop souvent que “La Solution finale” visait les Juifs du monde entier. Ainsi, pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Afrique du Nord subit la politique fasciste de ses colonisateurs. Très rapidement, se crée un système de camps d’internement et de travail au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Au total, environ 16 000 Juifs et étrangers ont été mis au travail par le régime de Vichy ou par l´armée allemande au Maghreb et en Libye. C’est ce que rappellent Serge Ankri et Marco Carmel dans leur documentaire Une Question de Temps. Noemie Grynberg (cf. sources)

On parle aussi volontiers de la clémence du roi Mohamed V, dépeint en sauveur des juifs, mais on oublie souvent de dire que les lois antijuives de Vichy s’appliquaient aux colonies et aux protectorats français (droits spéciaux, camps d’internements), créant un continuum avec l’antisémitisme d’État colonial et les vagues d’antisémitisme locales comme le pogrom de Fès au Maroc en 1912.

Sans même parler de la Shoah, l’antisémitisme d’État qui lui a précédé fut un instrument du système colonial pour mettre en concurrence les juif·ve·s et les autres indigènes ou locaux (Tunisie, Maroc). Ce fut le cas du cadeau empoisonné du décret Crémieux, notamment, qui octroya la nationalité française aux juif·ve·s uniquement, renforçant le sentiment d’inimitié à l’égard des juif·ve·s en Algérie, dont les conséquences sont encore palpables aujourd’hui.

On peut avoir vécu la Shoah dans sa famille, ou le colonialisme, ou les deux, ou aucun des deux. Dans tous les cas, nous sommes impacté·e·s par l’histoire des deux, parce que les deux sont liés.

À nouveau, l’antisémitisme (notamment sous la forme du négationnisme ou d’idéologies génocidaires) ne discrimine pas moins selon qu’on soit ashkénaze, séfarade, harédim, marrane ou autre : il s’attaque aux juif·ve·s dans leur ensemble, en tant que tout.

... aujourd’hui, c’est plus pareil, la France n’est plus antisémite

La France n’a pas magiquement cessé d’être antisémite en 1945. Non, les Alliés n’ont pas laissé leur antisémitisme à Auschwitz en remportant nos frères et nos sœurs rachitiques, mais heureux. Ce n’est pas une évidence pour tout le monde. La France était antisémite avant l’avènement d’Hitler et de Vichy elle l’est restée après sa chute. Et l’antisémitisme n’a pas changé de fond. On reproche toujours les mêmes choses aux juifs : allégeance à une puissance étrangère, duplicité, cachoteries et complots, mainmise sur les médias, radinerie, contrôle des hautes sphères bourgeoises (« les Grandes Familles »), volonté d’envahir le monde… Les arguments évoluent avec l’actualité, mais ce qu’on nous reproche n’a pas changé.

Aucune forme d’oppression systémique n’a jamais disparu - surtout à une date précise, enfin ! - depuis que le monde est monde. Il n’y a pas de raisons que ce soit différent pour les discriminations que vivent les juives et les juifs.

… l’antisémitisme je ne vois pas ce que c’est

Qu’est-ce que l’antisémitisme ? C’est quoi être antisémite ?
Le Larousse le définit comme « Doctrine ou attitude systématique de ceux qui sont hostiles aux juifs et proposent contre eux des mesures discriminatoires. » Le dictionnaire de l’Académie française le définit plus sobrement comme » Racisme dirigé contre les Juifs et tout ce qui est perçu comme juif. »

L’antisémitisme est une forme de racisme. C’est en outre une idéologie, une doctrine, qui s’inscrit dans les hiérarchies et théories racistes.

Que peut-on dire de plus ? Le concept d’antisémitisme semble souffrir d’une éternelle remise en question quant à sa pertinence, son existence, et celle de ce qu’il désigne. De fait, le définir n’est pas aisé, puisque les antisémites vont jusqu’à trouver des moyens particulièrement retors de prouver que l’antisémitisme n’existe pas, et que le mot lui-même pose problème. On nous explique que « les Arabes sont des Sémites aussi » (ce qui est vrai), ou en outre que les ashkénazes ne seraient pas des Sémites parce qu’il·elle·s seraient tou·te·s issu·e·s de conversions de masses de khazars, etc., etc.

Il faut rappeler que le terme « antisémitisme » n’a pas été inventé par les juif·ve·s, mais les antisémites elles/eux-mêmes, partisan·e·s de cette idéologie. Donc, oui, comme le terme anarchiste, lesbienne… il ne décrit pas une réalité, mais bien un imaginaire discriminant en premier lieu que les concerné·e·s ont repris à leur usage.

Le fait d’être juif·ve serait « uniquement une religion ou une culture et pas une race », et par conséquent détester les juif·ve·s ne seraient donc pas du racisme… Mais, coup de théâtre et roulement de tambour : ces procédés rhétoriques existent pour toutes les autres formes de racisme. « Je ne suis pas raciste, je suis francophile » disait Le Pen. Le racisme contre les Arabes musulman·e·s n’en serait pas un parce que « l’Islam n’est pas une race », et le racisme contre les Noir·e·s n’existerait plus « parce que l’esclavage est aboli », etc. Le raciste dit « je ne suis pas raciste », et plus souvent « je ne suis pas raciste, mais ».
Cette forme de déni n’est pas spécifique à l’antisémitisme, mais celui-ci nous empêche la plupart du temps de l’expliquer et de le définir à celui ou celle qui ne veut rien entendre.

Concrètement, lorsqu’on parle d’antisémitisme, on ne nous croit pas. Plutôt que de chercher à écouter la réalité de nos vécus, nous aider à élaborer notre pensée en y posant des mots justes et nuancés, on nous somme de définir l’antisémitisme en des termes marquants et graves. Car enfin, si l’on définit une oppression systémique, on se doit de prouver immédiatement que nous vivons un drame et de nous penser en tant que victimes pour trouver une oreille attentive. Il faut que ça vaille le coup d’en parler, de mobiliser l’attention des autres sur nos petits problèmes de juif·ve·s nombrilistes et obséquieux. Dans le même temps, la suspicion d’en faire trop et de s’inventer des problèmes nous pousse à vouloir minimiser nos vécus. Et bien sûr, si on les minimise, cela devient vite même plus assez grave pour valoir la peine d’être abordé. C’est ainsi que les goyim et particulièrement les blancs nous enlèvent tous les outils pour définir notre vécu et qu’il est très compliqué de l’aborder.

La dimension complotiste de l’antisémitisme dépossède de la
possibilité de répondre. Pour l’antisémite, il y a un complot juif. Et
lorsqu’il en parle, il sous-entend :

• soit qu’on est d’accord avec l’affirmation antisémite, auquel cas
on ne fait pas partie du complot. Soral par exemple, parle alors de
« Juif du quotidien » pour distinguer « ceux qui en sont » de ceux qui
« n’en sont pas ». Lui et les militants d’extrême gauche se justifient
alors de la même manière : « c’est pas de ta faute, c’est celle du
sionisme »… Rings a bell ?
• soit, deuxième option : tu essaies de nier l’existence d’un
complot sioniste mondial ou d’une entité juive homogène, et dans ce cas
là, tu en fais partie. C’est le propre du complot : plus on y répond
dans le détail, plus on l’alimente.

C’est ainsi que dans un débat avec un antisémite, les dés sont pipés
d’avance. Pile je gagne, face tu perds.

Récemment, en parlant avec des goyim qui me renvoyaient une fois de plus à la colonisation israélienne, j’ai voulu recentrer le débat sur le colonialisme français, pour essayer de montrer comment les Français exotisaient le débat sur le colonialisme pour se dédouaner de leurs propres responsabilités. Je me suis retrouvée alors face à deux constats douloureux. Premièrement, j’étais capable de parler des heures d’Israël, de l’histoire du sionisme et de la colonisation israélienne… Mais quant à parler de l’histoire et de l’actualité de la colonisation française, je séchais complètement. On m’a tellement renvoyé à ce pays qui n’est pas le mien que j’ai fini par en avoir une connaissance (livresque) plus approfondie que celle de mon propre pays. J’ai décidé depuis de ne plus me laisser influencer par mon empressement à répondre à cette injonction antisémite (« justifie-toi sur Israël ») pour concentrer ma curiosité sur l’histoire de la colonisation française, mais cela demande beaucoup de vigilance de ma part. La haine de soi est une habitude particulièrement difficile à perdre. Deuxièmement, j’ai remarqué que ma connaissance approfondie de l’histoire israélienne ne me permettait pas de répondre aux antisémites, au contraire. Car il·elle·s ne m’écoutent pas, en aucun cas, quelque soit le point de vue documenté de ma réponse. En revanche, étaler mes connaissances sur Israël accrédite parfaitement la thèse que j’en sais un peu trop pour être honnête - c’est à dire pour être parfaitement Française - et que j’ai un lien beaucoup plus fort avec Israël que je ne m’acharne à le dire…


— Savez-vous comment les éléphants font pour se rendre invisibles ?
— Ils mettent des lunettes de soleil.
— Hein ? j’ai jamais vu d’éléphant avec des lunettes de soleil !
— Ben c’est la preuve que ça marche.

… je pense que les juif·ve·s ne vivent pas de racisme d’État / je ne pense pas que l’antisémitisme soit une oppression systémique

Évidemment, il n’existe plus d’antisémitisme d’État de type ouvertement maurrassien, pétainiste, nazi (en un terme : génocidaire), en France comme à l’époque de Vichy et de l’occupation nazie. Mazal Tov ? Pour autant, l’antisémitisme, ou la haine des Roms, même au sein de l’État, a survécu au nazisme comme la négrophobie, la haine des Arabes et des musulman·e·s ont survécu à l’esclavage et à la colonisation même au sein de l’appareil d’État.

Ce n’est pas parce que l’État a reconnu sa responsabilité dans la Shoah et fait régulièrement pétition de principe contre l’antisémitisme qu’il n’est pas antisémite. Ce n’est pas parce qu’il envoie des cars scolaires à Dachau (#DevoirDeMémoire) ou qu’il poste de temps à autre des flics du plan Vigipirate à l’entrée des mosquées, des églises et des synagogues qu’il n’est plus raciste ou antisémite.

Même lorsqu’on a sans doute plus de « chance » de ne pas être visé par un contrôle de police lorsqu’on est juif·ve et qu’on « ressemble beaucoup à un·e blanc·he », est-ce qu’on est pour autant en sécurité au moment où un des 80% de flics qui votent FN va lire « Benayoun », « Haddad » ou « Zilberman » sur la carte d’identité ? Est-ce qu’on est bien sûr·e·s que ça ne va nous causer aucun problème ? Pour ma part, je connais peu de juif·ve·s qui aiment beaucoup la police ou ne s’en méfient pas. Réflexe de survie héréditaire ou conscience sourde d’un problème persistant ?

C’est sûr, lorsqu’on ne vient pas d’un milieu populaire, plus touché par les phénomènes de pauvreté et de précarité, ou qu’on n’habite pas dans une ville où la tension avec l’État est plus forte, on se sent souvent plus à l’abri de ce type de racisme parce qu’on a juste moins à faire à l’État. Et l’on a tou·te·s rencontré des personnes racisé·e·s pour dire qu’elles ne vivent pas le racisme. Pour autant : ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas !

Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’une oppression ne s’exprime pas toujours (pas encore ?) dans sa forme la plus violente sous la forme de l’État qu’elle n’est pas systémique. On n’a pas besoin de loi antijuive pour le voir ! Tout racisme qui a une réalité sociale procède d’un système, et le racisme n’est pas qu’un fait de l’État : c’est un rapport social. Quand des synagogues sont attaquées, des cimetières profanés, ou des commerces juifs cassés en série et que personne ou presque n’est arrêté, on est en droit de se dire que l’État n’est pas plus philosémite qu’il n’est antiraciste quand il s’agit des juif·ve·s. Quand on est sujet à des clichés, il ne s’agit pas plus de « conflit interpersonnel » avec vos potes (racistes dont vous pouvez toujours changer, rappelez-vous). Les clichés ne sortent pas de nulle part, ils ne se réinventent pas dans la bouche de chaque personne avec qui l’on rentre en conflit. Les clichés sont un processus de stigmatisation issu d’un imaginaire raciste collectif, et cela aussi fait système. C’est ce même processus qui permet à l’occasion de créer des lois discriminantes.

… je pense que la priorité c’est de parler d’islamophobie

Non, l’islamophobie n’a pas remplacé l’antisémitisme. D’abord parce qu’on ne reproche pas la même chose aux juifs et aux musulmans. Ensuite parce qu’il n’y a une aucune raison pour qu’une forme de racisme en remplace une autre, surtout quand il s’agit de deux minorités différentes. Ça n’a strictement aucun sens. Cette affirmation de la part des juif·ve·s est souvent reçue (et vécue) comme une posture d’humilité. Remettons encore une fois notre égo à sa juste place. Ce n’est pas manquer d’humilité de dire que les juives et les juifs vivent toujours du racisme. Parler de l’antisémitisme, ce n’est pas alimenter l’islamophobie. Ce n’est pas parce que nous vivons du racisme et nous en parlons que cela nous empêche par ailleurs de parler et de lutter contre l’islamophobie.

Mettre islamophobie et antisémitisme en concurrence n’est utile qu’au triomphe de la suprématie blanche. Et cela occulte de part et d’autre l’historicité du problème. L’islamophobie - et plus largement le racisme envers les Arabes - n’a pas surgi de nulle part en France dans les années 1960, pas plus que l’antisémitisme n’a disparu consécutivement. Par contre, ce tour de passe-passe est bien utile pour pouvoir ne plus penser ni à l’antisémitisme actuel (qui encore une fois, n’a rien de nouveau, n’en déplaise à Philippe Val et aux signataires du Manifeste contre le nouvel antisémitisme) ni de contextualiser l’islamophobie dans l’histoire coloniale française.

... je pense qu’on parle trop de la Seconde Guerre mondiale, trop des juif·ve·s et pas assez des autres minorités / conflits

Cette idée sous-entend que l’antisémitisme est exagéré et instrumentalisé par l’État français. Oui, l’État nous met en concurrence avec les autres minorités (et pas que raciales). Oui, l’État se dédouane de son propre racisme en faisant porter la responsabilité de l’antisémitisme aux musulman·e·s, aux Arabes et aux Noir·e·s sur son territoire. Mais cette concurrence n’est pas plus une instrumentalisation de l’antisémitisme qu’une instrumentalisation du racisme en général.

Qu’est-ce qu’on cherche à dire quand on dit ça ? Si l’on suit la logique de cette affirmation, est-ce qu’on cherche à prouver que l’État français et les médias feraient en sorte qu’on parle plus des juif·ve·s et de leurs souffrances que de celle des autres ? Et dans ce cas là, pourquoi et à quelle fin ? Cette suspicion de philosémitisme d’État ressuscite la vieille marotte antisémite du « privilège juif ».

Pour citer le groupe « Juives et Juifs révolutionnaires », le 4 mars 2019 :

Ainsi l’étude de l’histoire de l’antisémitisme nous montre que l’un - mais évidemment pas le seul - des moteurs des révoltes pogromistes en Pologne, ou plus largement dans la zone de résidence, c’est l’idée que les juifs et juives seraient privilégiés par le pouvoir.

L’un des moteurs des premières émeutes antijuives au Maghreb à l’époque coloniale, c’est également cette idée du privilège juif, savamment diffusée auprès de la population musulmane tant par les administrateurs coloniaux que par la ligue antisémitique de Drumont.

L’État français ne protège pas spécialement les juif·ve·s. Ce n’est pas de notre faute si les autres minorités raciales sont silenciées et que leurs luttes sont invisibilisées. Ce n’est pas non plus une volonté concertée des juif·ve·s d’invisibiliser la déportation et l’extermination des autres minorités pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour donner un exemple, ce n’est pas vrai que c’est une volonté des enfants de déportés ou des juifs en général d’invisibiliser la déportation des personnes homosexuelles, ce qui est quand même une allégation antisémite qu’on entend régulièrement dans les milieux TPG/LGBTQI. Oubliant au passage tous les juif·ve·s queers qui ont pourtant bien ça en conscience…

Si l’État français est philosémite et protège les juif·ve·s de manière historique, comment interpréter la Shoah et la résurgence de l’antisémitisme ? Comment interpréter l’absence de rupture entre l’administration du régime de Vichy et celle de la Ve République ? Comment interpréter la présence dans l’État des mêmes administrateurs tels que Bousquet et Papon, des décennies après leur collaboration avec le régime nazi ? Comment expliquer qu’en 2015, un Roland Dumas, ministre sous Mitterrand, et président du Conseil constitutionnel jusqu’en 2000, puisse se permettre de dire que le gouvernement serait sous « influence juive » sur un plateau télé ? Que penser des éditions Gallimard qui défendent la réédition des pamphlets antisémites de Céline en 2018, au nom de la liberté d’expression ? Seraient-ce là des « détails » ou « accidents de l’histoire » ? Le « pouvoir juif » se serait-il tiré 6 millions de balles dans le pied pour pouvoir se plaindre allègrement 80 ans plus tard ? Et si les juif·ve·s, par l’intermédiaire de l’Agence juive et de la famille Rotschild ont bien financé le nazisme, est-ce que cela veut dire dire que les juif·ve·s se sont gazés eux-mêmes, en un suicide collectif mystérieux et particulièrement bien orchestré ? À moins bien sûr que tout ça n’ait jamais eu lieu…

Enfin, si les juifs contrôlent le pouvoir, que ce dernier est philosémite, comment se fait-il que l’antisémitisme perdure et progresse autant ? Comment expliquer qu’un homme effectuant, de son propre aveu devant le tribunal, une cinquantaine de tags antisémites en mars 2019 (« Juden Raus », « Macron à Dachau ») s’en tire avec 6 mois de sursis en invoquant un « coup de folie » ? Sinon, en supposant que le complot juif a la répression discrète ? Que l’État français a le philosémitisme pudique ? Soyons sérieux.

C’est une rhétorique bien connue : l’antisémitisme a toujours dit que les juif·ve·s étaient protégé·e·s par l’État (qui les « accueille ») et les antisémites ont ainsi beau jeu de justifier leur haine des juif·ve·s comme une simple stratégie d’autodéfense. Ça ne devrait pas être à nous de nous justifier sur ces théories de philosémitisme d’État, en inversant la charge de la preuve. Que celles et ceux qui en parlent tant prouvent ce qu’il·elle·s avancent autrement que par des allégations floues aux relents complotistes.

… je suis contre Israël / je suis pas sioniste, hein ? / je boycotte l’Eurovision / je n’aime pas Bilal Hassani / je soutiens BDS

T’imagines, quand on cause antisémitisme, nous on veut causer insultes, agressions, meurtres, tags racistes, vidéos de propagandes nazies et on nous répond “Israël” et “antisionisme” de part et d’autre.
— Un pote.

Que les choses soient bien claires : oui, on peut être antisioniste ou critiquer l’État Israël sans être antisémite. Oui, il existe, de la part de la droite « pro-israélienne » en France notamment, un chantage à l’antisémitisme qui dit que toute critique d’Israël est une critique contre les juifs et juives dans leur ensemble. Cet argument fallacieux a été encore renforcé par la loi raciste de l’État-nation en Israël qui soutient l’idée qu’Israël est l’État juif, et appartient aux juifs et juives uniquement et à l’exclusion des autres (les Israélien·ne·s non juif·ve·s et Arabes notamment). L’actuel projet de loi « contre l’antisionisme » (février 2019), effet d’annonce inapplicable et qui prétend lutter contre l’antisémitisme, vient en réalité renforcer cette confusion. Ces effets d’annonce sont des procédés récurrents de la classe politique française. Celle-ci affirme en effet régulièrement des formes de soutien à la communauté juive qui ne sont jamais suivies d’effets. Les discours de Macron succédant à ceux de Valls ne portant pas plus à conséquence, hormis le fait que le soutien affiché à Israël augmente symétriquement à l’explosion de l’antisémitisme en France ces dernières années.

Et évidemment que ce raisonnement « antisioniste = antisémite » est fallacieux. Mais l’antisionisme tel qu’il existe dans le contexte français, ou « l’anti-impérialisme », utilisés comme alibis antisémites sont une réalité tout aussi prégnante, voir plus, à l’extrême gauche et consort.

Être juive ou juif dans ce contexte, on le sait, c’est être suspecté·e en permanence de double allégeance (comme les Arabes et musulman·e·s avec Daesh ou l’islamisme). C’est devoir en permanence montrer « patte blanche » et être sommé·e de se positionner, quand la majorité des juifs et juives dans le monde ne sont pas Israélien·ne·s, ni même sionistes. Beaucoup n’ont simplement pas d’avis sur la question, ou ne se sentent pas concerné·e·s parce qu’ils ou elles ne considèrent pas Israël comme « le bled », un « bunker où se réfugier », ou leur pays : pas même « de cœur ».

Dans ce contexte, la critique de l’État d’Israël sert aussi à exotiser l’anti-impérialisme et l’anticolonialisme. L’État d’Israël, dans ses malheureuses 70 ans d’histoire, serait pire que tous les autres, sans qu’on sache trop pourquoi (en comparaison des horreurs perpétrées par tous les États, notamment occidentaux). Et cette critique permet aux gauchistes français·se·s de désigner les juifs et juives comme acteur·rice·s principaux du colonialisme et de l’impérialisme actuels, en se dédouanant et en détournant le regard des forfaits passés et présents de leur propre État : esclavage, plaies ouvertes des guerres d’Algérie et « d’Indochine »/Vietnam, Françafrique, franc CFA, colonialisme dans les territoires colonisés d’outre-mer, pillage de la Guyane, massacres des Kanaks, etc. Israël ne sert pas seulement à dédouaner la France de son colonialisme. Sa diabolisation sert aussi à dédouaner d’autres milieux militants. Par exemple, lorsqu’on parle du pinkwashing [6] dans les milieux queers / TPG, on pense d’abord et surtout à Israël (on en parle même parfois comme d’une invention israélienne) occultant systématiquement que le pinkwashing est un procédé utilisé aussi par la classe politique française, et les autres États occidentaux. C’est par exemple comme ça que la loi sur le mariage pour tous a été utilisée comme « mesure progressiste » pour faire passer la Loi El Khomri / loi Travail immédiatement après.

Ce qui est problématique aussi, c’est la manière dont des juif·ve·s antisionistes sont utilisé·e·s pour servir de caution à des positions et propos antisémites. Ainsi, on utilise les Neturei Karta (une secte ultra-orthodoxe excommuniée du judaïsme) ou des personnes juives clairement dans la haine d’elles-mêmes et mises en avant par l’extrême droite (comme Israel Shamir, ou Jacob Cohen, relayés et publiés par Soral par exemple) uniquement parce qu’ils sont antisionistes sans se poser plus de questions.

Cette manière de procéder accule justement les juifs et juives à se nier en tant que tel·le·s, et à être mis·e·s dos au mur par l’idée que la seule manière acceptable d’être juif ou juive à gauche c’est d’être en guerre ouverte avec Israël et avec tou·te·s les autres juif·ve·s. Et surtout, en ne parlant jamais d’antisémitisme dans le contexte où il·elle·s vivent, si possible en se roulant de culpabilité dans la boue et en se flagellant avec des barbelés (non pas ceux d’Auschwitz on vous voit venir).

Ce que ça veut dire, c’est qu’on peut être antisioniste sans considérer que la présence juive en Palestine est en elle-même un colonialisme ou un problème (ce qui sous-entend déjà que la présence juive est un problème en soi). On peut même être sioniste sans soutenir l’État d’Israël ou sa politique actuelle (ce fut longtemps la position d’une partie de la gauche juive de Palestine, dont l’Hapoel Hatzaïr à l’origine du mouvement des Kibboutzim). On peut aussi refuser de se définir selon ces termes et rejeter l’injonction à se positionner « t’es sioniste ou antisioniste ? »

Cette injonction à avoir un avis sur la question procède d’une logique qui suppose qu’on doit forcément se sentir concerné·e par la question du sionisme et d’Israël si on est juif ou juive. Et elle procède aussi de l’idée que parce que l’État d’Israël commet des atrocités au nom du « peuple juif », il serait logique qu’on attende de chaque personne juive de s’en désolidariser publiquement. Encore une fois, rappelons les bases : être juif·ve, ce n’est pas être Israélien·ne. Et quand bien même, il y a une responsabilité collective en général dans l’oppression, mais celle-ci n’incombe pas spécialement aux juifs, en particulier concernant Israël. Nous, juif·ve·s de la diaspora, ne bénéficions pas de la colonisation israélienne.

De là, l’acharnement problématique des gauchistes sur des thématiques telles que l’Eurovision (uniquement lorsqu’il se déroule en Israël ou que la gagnante est Israélienne) ou contre Bilal Hassani, soudain sommé lui aussi de se transformer en militant queer révolutionnaire antisioniste et anti-impérialiste alors que ce n’est jamais, comme ces mêmes gauchistes aiment à le rappeler qu’un « Arabe en perruque ». En miroir, l’injonction faite à Bilal Hassani en tant qu’Arabe est celle qui est en général faite à toutes les personnes juives : être un irréprochable tout, ou rester un invisible rien.

L’essentiel est là. En tant que personne juive on peut : se sentir très concerné·e, pas concerné·e du tout, avoir un avis tranché, ne pas avoir d’avis, ne pas s’en foutre, ou s’en foutre complètement. En gros, on ne devrait pas être soumis·e à des critères spéciaux sur la question. On ne devrait pas être sommé·e de se positionner sur cette question, où les personnes blanches non-juives ont le privilège d’avoir une opinion, parce qu’elles ont le droit de ne pas en avoir.

... ah bah, ça va, t’es pas vraiment juive/juif alors ?

Toutes ces phrases, nous les avons entendues 1 000 fois, nous les avons prononcé nous-mêmes. Nous les disons parfois encore, acculé·e·s à se justifier. Toutes confinent à une idée, chère aux assimilationnistes de gauche (comme finalement aux autres antisémites), selon laquelle au final, la meilleure façon d’être juif·ve c’est de l’être le moins possible. C’est pourquoi au travers de chacune de ces phrases, nous tentons désespérément de répondre à un cliché nous concernant tout en prétendant que l’antisémitisme n’existe pas. Il nous faut pourtant y renoncer, car c’est un pari impossible : l’antisémitisme nous voudrait à la fois mort·e·s et vivant·e·s, nous voudrait juif·ve·s sans exister.

C’est pourquoi nous sommes tou·te·s des juif·ve·s de Schrödinger.

Nous avons écrit ce texte en 2019, entre Nantes et Paris. Nous avons tenté d’y coucher notre bienveillance, notre humour et toute notre culpabilité.

Nous avons décidé de rester anonymes, mais si vous nous cherchez, vous saurez où nous trouver. Un grand merci à tou·te·s celles et ceux qui ont bien voulu fomenter ce zine avec nous, nous alimentant de leurs théories les plus sombres et de leurs relectures historiques. On vous aime.

Sources et ressources : i.e sources citées, et les ressources dont on a causées, qui nous ont inspiré·e·s pour écrire

Notes

[1Les injonctions contradictoires, dites aussi paradoxales, sont celles auxquelles on ne peut obéir sans désobéir. C’est la fameuse « double contrainte » ou double nœud. L’exemple classique est l’injonction « Soyez spontané·e », ou l’autorité qui dit « Révoltez-vous ! »

[2Goy/goyim : non-juif.

[3Chabert : dans ce contexte, un chabert est un terme ironique pour désigner « un bon français », évidemment blanc et non-juif. Ma définition toute personnelle est « celui qui reste français même à 5 heures du matin quand tout le monde est bourré ». Ceux·elles qui ont eu à subir les relents complotistes tardifs et blagues grasses de leurs camarades échauffés verront certainement de quoi je parle… Chaberts est plutôt un terme utilisé par les séfarades, les ashkénazes disent aussi les Schmocks.

[4Blanc : dans ce contexte on parle d’une personne jouissant du privilège blanc, développé par Peggy McIntosh. Le site État d’Exception propose une traduction ici

[5Byrd, Cole et Guy-Sheftall, 2009, pp. 219-220

[6Le terme de pinkwashing a été inventé par la Breast Cancer Action, une association américaine de patientes souffrant du cancer du sein, en 2002 pour désigner les campagnes des entreprises qui utilisent le cancer du sein comme levier marketing.
Il est aussi utilisé pour critiquer une technique de communication fondée sur une attitude bienveillante vis-à-vis des personnes LGBTQ+ par une entreprise ou par une entité politique, qui essaie de modifier son image et sa réputation dans un sens progressiste, tolérant et ouvert. Cette stratégie de « relations publiques » s’inscrit dans l’arsenal des méthodes d’influence, de management des perceptions et de marketing des idées ou des marques.

[7Zététique : à l’origine une méthode rationnelle permettant de mettre en doute les théories en rapport avec le paranormal, mais ça s’est étendu notamment aux théories du complot.

Mots-clefs : queer | antisémitisme | Israël

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