La Chapelle : hourriya, azadi, freedom, liberté !

Des appels avaient circulé pour soutenir les migrant.es de la Porte de La Chapelle, à Paris. Après les attaques réactionnaires de quelques associations non représentatives de la tolérance et du soutien actif d’une partie de la population du 18e aux migrant.es, une réponse dans la rue était nécessaire.
Récit de la manif de soutien aux migrant.es de La Chapelle le 10 juin 2017.

Samedi 10 juin, quartier La Chapelle à Paris. Demain c’est jour de vote et (presque) tout le monde s’en fout.

À Porte de La Chapelle nous sommes combien ? CertainEs diront 1000, d’autres 600. En tout cas ça parle, ça mégaphone, ça crie et ça chante. En arabe, en pashtoun, en anglais, en français. Ca dit liberté, ça dit solidarité, ça dit non aux discriminations, non à la police. Tout le monde est surpris du nombre pour cette manifestation de quartier initiée par le collectif du 18è « Zone de Solidarité Populaire » et d’autres réseaux. La police qui ne s’attendait pas à ça est quasi absente. Et du coup l’ambiance est bien meilleure.

En tête de cortège plusieurs centaines de migrantEs ont quitté ce qu’on ne peut même pas appeler un campement pour fabriquer leurs banderoles, dire leurs revendications et manifester avec des habitantEs du quartier. Au passage du quartier de l’évangile la manifestation fraternise avec jubilation avec les jeunes. L’énergie fait que ça avance vite et que le cortège de tête doit s’arrêter pour attendre le reste de la manifestation qui s’étire sous le soleil. Aux fenêtres les têtes sourient et applaudissent.

Au passage de la place de La Chapelle des femmes du quartier se mettent dans la rangée de tête, bras dessus, bras dessous avec les migrantEs pour chanter « Pour tous, pour toutes, avec ou sans papiers, 18è Solidarité ! ». Des « vendeurs à la sauvette » viennent prendre le mégaphone pour participer et dire leur rage contre les violences policières. Les racistes en sont pour leurs frais : « ici c’est La Chapelle ! ».
Les slogans deviennent scansion et transe dans la rue Pajol à tel point qu’une journaliste de France culture interrompt ses interviews pour les enregistrer : « Hourriya, Azadi, freedom, liberté ». [1]

On arrive sur la halle Pajol. C’est de là, alors qu’ils et elles occupaient des entrepôts de la SNCF que sont partis les sans-papiers en 1996, à l’initiative des femmes, pour occuper St Bernard. C’est là que se sont succédé des campements expulsés de réfugiéEs durant l’été 2015 avec une belle solidarité de quartier.

C’est cette solidarité que la préfecture et la mairie ont tout fait pour détruire, évacuant les campements puis harcelant les migrants à la rue et les distributions de bouffe. C’est là que sont établis des restaurants et magasins destinés à une « nouvelle » clientèle comme les logements qui se construisent.

Mais aujourd’hui, sur la place, se rassemblent ceux et celles qui résistent à cette destruction de ce qui fait un quartier, de la lutte et de la solidarité. La fanfare, les musiciensNEs prévuEs se mélangent et jouent ensemble. Des migrantEs prennent la parole pour expliquer ce qu’ils vivent et demandent. Ils disent aussi ce qu’une journée comme ça leur redonne de dignité. Une très ancienne habitante du quartier explique sa rage contre les politiques mises en œuvre. On appelle à soutenir les employéEs de Tati et à participer à la manif qui partira de Barbès le 20 juin pour les soutenir. On appelle aussi à la solidarité avec la marche qui aura lieu dans le 20e samedi prochain, le 17 juin, contre les violences policières et pour ne parce qu’on oublie pas l’assassinat de Lamine Dieng par la police.

A 22H00 on prend le repas toutes et tous ensemble, au moment de la rupture du jeûne pour ceux et celles qui font le ramadan. Des cinéastes projettent un film en pellicule, fragments des luttes de cette dernière année, à la fois critique acerbe de ce système et appel à tout ce qui se révèle et se crée dans la lutte et la solidarité.

Dimanche le quartier vote. On pourrait dire plutôt qu’il ne vote pas ! Les non inscritEs sont plus nombreux que le score que fait la candidate qui arrive en tête ! Et parmi les inscritEs moins de la moitié (45%) se sont expriméEs. Babette de Rozières, la candidate de droite, qui a insulté le quartier en relayant la polémique sur le harcèlement des femmes, ciblant les vendeurs à la sauvette, les migrantEs et les Musulmans, obtient un score dérisoire de 6,5%. Les candidatEs de la mairie, Ian Brossat (PCF) et Camille Brossel (PS) qui avaient répondu sur le terrain sécuritaire – comme d‘habitude – ont fait à peine mieux et sont éliminéEs. Tout comme Daniel Vaillant, surnommé ici « le parrain » et ancien ministre de l’intérieur. Ici c’est La Chapelle et vous n’avez pas encore gagné !

La candidate qui est arrivée en tête, de la « République en Marche » s’appelle Béatrice Faillès. Personne ne la connaît ici. Elle n’a pratiquement collé aucune affiche. On ne l’a pas entendue pendant la récente polémique médiatique. Symbole de la réalité du mouvement de Macron, c’est en fait une ex-militaire, une ancienne collaboratrice de Vaillant et a été active dans des associations de « riverains » dans le quartier voisin, à Château-rouge, sur les mêmes thématiques réactionnaires que celles relayées, ici, par Babette de Rozières.

Le combat n’est pas fini. Mais cette journée du 10 juin a montré qu’il était loin d’être perdu et que la démocratie, du moins la démocratie réelle, s’écrivait dans la rue bien plus que dans les urnes.

Denis Godard, le 12 juin 2017

P.-S.

Publié sur le blog Autonomie de classe

Notes

[1Cela veut dire « liberté » en arabe, pachto, anglais

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