Interdiction de rentrer chez soi, occupation policière et contrôles d’identité : quand les flics s’invitent à ton 31

En ces temps de couvre-feu, la police avait pour objectif pour le nouvel an d’empêcher les “ fêtes clandestines ”. On peut globalement parler d’un échec, mais le dispositif policier a été parfois complètement dingue, avec des contrôles d’identité, des personnes empêchées de rentrer chez elles et des voitures stationnées pendant des heures devant des maisons. Voici un petit exemple dans un squat de banlieue parisienne.

Le 31 décembre, vers 15h, on a vu arriver une voiture de police devant chez nous. Une flic s’est adressée à un copain qui fumait sa clope dans le jardin. Il ne parle pas parfaitement français, mais il comprend que la police pense qu’une fête est prévue le soir même et qu’elle sera empêchée.

On était en train de discuter pour savoir si on allait leur parler pour comprendre un peu mieux ce que les schmitts foutaient là quand un copain arrive devant la maison pour rentrer et se fait contrôler. Deux personnes sortent de la maison pour voir ce qui se passe et se font contrôler aussi. Une quatrième personne arrive ensuite de l’extérieur. Et hop, quatrième contrôle. Le contrôle dure assez longtemps et une seule personne, qui sortait de la maison, dit y habiter. Si seulement deux des personnes ont une pièce d’identité, les deux autres ont déclaré des identités vérifiables par les flics. Personne n’est emmené au poste pour une vérif’. Les keufs justifient les contrôles par une réquisition du procureur leur permettant de contrôler les individus et de fouiller les véhicules dans toute une zone de la ville de 14h à 18h, tout en disant qu’une autre réquisition prendrait le relais à 18h. On demande à la voir et les condés la montrent sur un téléphone, malheureusement, on ne se souvient pas de tout.

Les perdreaux nous disent ensuite que comme personne n’a de justificatif de domicile, il n’est pas possible de retourner dans la maison. Finalement la personne qui dit habiter là pourra se faire transmettre un justificatif de domicile à son nom par une des personnes à l’intérieur et rentrer ensuite dans la maison. Pour les autres, c’est mort. Il va donc falloir amener aux habitant-e-s qui ne sont pas sur place et qui n’ont pas de justificatif de domicile les affaires dont ielles ont besoin, papiers et médicaments notamment, puisqu’ielles ne peuvent pas rentrer chez euxlles. Inutile de souligner que rien ne les autorisaient légalement à empêcher des personnes de rentrer dans la maison qu’elles y habitent ou non. Mais on laissera l’indignation à d’autres, la réalité c’est que le rapport de force n’était pas en notre faveur et ne nous permettait pas de négocier. Au fur et à mesure deux autres voitures sont arrivées, il y avait donc neuf flics devant la maison.

Au cours de l’après-midi, d’autres personnes qui s’approchent de la maison sont contrôlées, mais quelques personnes ont pu sortir sans problème… mais sans pouvoir re-rentrer. Plus tard, dans la nuit, un habitant a pris une amende un peu après minuit en essayant de rentrer chez lui. Les kisdés lui ont interdit l’accès à la maison, un moyen très logique pour éviter que les personnes trainent dehors un soir de couvre-feu.

La lutte contre la COVID 19, ça a un coût !

Comme un habitant l’a dit, “ on est le nouveau commissariat ”. En effet, on a eu le droit à un festival de voitures, de toutes les marques et de toutes les tailles qui se relayaient. Il y avait en permanence au moins deux véhicules devant la maison, et un changeait toutes les heures. En plus de cela, leurs collègues venaient leur passer le bonjour et on a pu voir au moins trois voitures banalisées différentes (la BAC peut-être ? ) et des motards au milieu de la nuit. Tout ce petit monde discutait, regardait la maison et repartait en se souhaitant mutuellement bon courage.

On voit donc à quoi servaient les 100 000 keufs mobilisés pour ce nouvel an, et c’est franchement pathétique. On a donc essayé de chiffrer l’opération, avec nos faibles connaissances en économie et finances. Ça ne sert pas à grand chose, mais ça occupe ! On a regardé la grille indiciaire de rémunération de la police et on les a trouvé sur les sites des syndicats de condés, à défaut de faire la fête, autant visiter des sites intéressants. Donc en prenant le salaire de base d’un gardien de la paix stagiaire, le plus bas de la grille à l’exception de l’élève gardien de la paix, on obtient un salaire brut de 1485,46€ auquel il faut ajouter 423,36€ d’I.S.S.P [1] (28,5% du salaire brut) et 319,58€ d’allocation de maitrise. Si on divise tout cela par 35 heures par semaine pour 4,5 semaines par mois, cela nous fait un 14,15€ par heure au minimum. On remarquera que ça rapporte plus de faire poulet que de bosser à McDo.
Reprenons, avec 6 poulagats dans deux voitures de 15h à 1h30 du matin, cela fait donc 891,45€. Donc un peu moins de 1000€ en salaires, au très très bas mot, en supposant qu’il ne s’agit que de barbouzes stagiaires, ce qui est impossible techniquement. Donc en considérant qu’on n’a pris en compte ni les cotisations de l’employeur, ni les frais techniques, ni les primes de nuit et de jours fériés, on sait bien que ce montant reste très sous-estimé. C’est aussi sans compter l’essence, il fait froid alors les moteurs restaient allumés la nuit pour le chauffage. On espérait une panne d’essence, mais ça risquait de les faire rester plus longtemps.

Après des recherches dignes des plus grand-e-s mathématicien-ne-s nous avons donc découvert une formule qui nous a permis cette fabuleuse opération. Alors on la partage, parce qu’on est comme ça nous, on dépose pas de brevet.

Dans cette formule :

  • “ m ” correspond au salaire mensuel brut d’un-e keuf. On peut prendre l’échelon qu’on veut dans la grille, selon le type d’estimation que l’on souhaite, genre la CGT prendra sans doute le plus élevé, nous on a choisi l’inverse, parce que le but c’est de partager des infos, pas de faire de la com’.
  • “ N ” désigne le nombre de pandores mobilisé-e-s.
  • “ t ” désigne le temps (en heure) pendant lequel ces pandores sont mobilisé-e-s.
  • 157,5 est le résultat de l’opération 35x4,5, qui est une approximation du nombre d’heures travaillées dans le mois.

Toute reproduction et amélioration de cette formule est bien sûr encouragée, sachant qu’elle n’a aucune espèce d’importance et que l’État n’est pas à 1 000 € près. Mais si vous aidez votre petit-e cousin-e à faire ses devoirs parce qu’ielle n’a pas encore brulé son école, alors ça peut faire un exercice rigolo.

On ne sait pas vraiment pourquoi on a été ciblé-e-s, on n’a pas d’infos sur d’autres lieux qui auraient été visés comme cela. Une poukaverie de balance qui a cru qu’on allait faire une fête ? Un téléphone sur écoute avec quelqu’un qui propose à des potes de passer ? En tout cas si d’autres personnes ont connu cette situation, n’hésitez pas à partager l’info, connaître les méthodes des flics, leurs priorités et comment ils font respecter le couvre-feu c’est toujours utile !

En tout cas, c’est une ambiance particulière de passer la nouvelle année à entendre les pandores faire des aller-retours et discuter devant chez soi. C’est assez stressant et ça fout la rage. Cette opération illustre aussi les logiques racistes de la police, car avoir des flics qui contrôlent les entrées et les sorties d’une maison ça n’a pas le même impact si on a les bons papiers ou pas, et ça n’a pas les mêmes conséquences. Ils veulent nous mettre la pression, montrer qu’ils nous surveillent mais on lachera jamais. Et puis on n’a pas besoin d’occasion pour faire la fête, il nous reste 364 jours pour le faire avant le prochain réveillon !

Et pour finir, deux voitures immobilisées devant chez nous, 6 flicaillons qui font le plancton, cela signifiait aussi plus d’espace pour les autres ! En voyant les lumières des feux d’artifice se refléter dans les immeubles autour de chez nous, on sait que beaucoup ont pu sortir et profiter de cette nuit. Ça donne de la force et ça fait plaisir !

Notes

[1C’est l’indemnité de sujétion spéciale police, c’est-à-dire la prime de risque (se fouler un doigt en lançant une grenade, se faire tirer dessus au LBD par un collègue, louper la marche en rentrant au commissariat, se fouler le poignet en tapant avec sa matraque…)

Mots-clefs : répression | police | squats | coronavirus
Localisation : région parisienne

À lire également...