Halte au Blocage de Tolbiac

Depuis une semaine, à la fac de Tolbiac, l’administration et la présidence ont pris un nouveau virage sécuritaire. En effet la fac est occupée par une soixantaine de vigiles , qui contrôlent à chaque entrée. Des contrôles à l’entrée, et même dans la fac. Ça fiche ouvertement les étudiant.e.s et ils sont omniprésent dans tout le bâtiment : une ambiance anxiogène à l’image de toute la politique à la surenchère sécuritaire de l’État.

Depuis une semaine, à la fac de Tolbiac, l’administration et la présidence ont pris un nouveau virage sécuritaire. En effet la fac est occupée par une soixantaine de vigiles , qui contrôlent à chaque entrée. Des contrôles à l’entrée, et même dans la fac. Ça fiche ouvertement les étudiant.e.s et ils sont omniprésent dans tout le bâtiment : une ambiance anxiogène à l’image de toute la politique à la surenchère sécuritaire de l’État.
Dans ce contexte, les étudiant.e.s et travailleur.euse mobilisé.e.s de Paris 1 ont organisé un banquet dans la fosse pour se retrouver, discuter ce vendredi 22 Mars. Le matin, les étudiant.e.s de Paris 1 ont pu trouver un message dans leurs boîte mail qui partageait cette initiative avec une analyse de certain.e.s « citoyen.e.s soucieux.se de l’avenir de leur fac ».

Halte au blocage de Tolbiac 

Depuis le vendredi 15 mars, l’administration de Paris 1 organise un blocage filtrant de la fac grâce à une armée de vigiles. Nous sommes assez habitué·es à voir la direction du centre déployer contre nous l’arsenal administratif classique, pour empêcher les étudiant·es de s’organiser : fermeture administrative, guerre de communication (pour ne pas dire, parfois, diffamation et désinformation), mise en place d’un contrôle des cartes lorsque des étudiant.e.s et personnels mobilisé.e.s veulent créer des espaces d’échanges, notamment avec des profs du secondaire en lutte face aux réformes du lycée, pour les empêcher de rentrer. C’est pour cela que, quand monsieur Haddad s’offusque [le président de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne NDLR] , entre deux anecdotes sur Zizou, de la casse de l’éducation orchestrée par le gouvernement, nous croyons voir un crocodile pleurer (à ceci près que les crocodiles ne débarquent pas sur BFM).
 
Mais là, après les portes blindées et les fermetures, un cap a été franchi : c’est une sécurité privée qui a investi Tolbiac. Nous ne parlerons pas d’occupation militaire, car cette milice n’est pas (encore ?) réellement armée. Chaque jour depuis le début de la semaine, les étudiant·es et travailleur.seuse.s de la fac doivent faire face à des contrôles de carte tendus, plusieurs personnels ont par exemple eu des difficultés à accéder à leurs lieu de travail à cause d’un oubli de carte. Une fois le mur de vigiles passé, on les voit partout roder prêt à protéger la fac contre toute forme d’organisation possible des étudiant.e.s et personnels mobilisé.e.s. Ainsi on dénombre entre quarante et soixante vigiles quadrillant la fac de 7h à 21h depuis vendredi dernier.
 
Cette occupation met en place un climat délétère au sein de notre université. Les nouveaux sbires de l’administration n’hésitent pas à interpeller les étudiant.e.s à l’entrée de la fac quand bon leur semble afin de ficher (en prenant des photo des cartes notamment) les étudiants soi-disant mobilisés. Le contrôle ne s’arrête pas à l’entrée, on a pu voir plusieurs fois des contrôles des cartes de certain.e.s étudiant.e.s visé.e.s au milieu du hall de la fac devant les ascenseurs. Ce flicage permanent rend la fac plus glauque qu’elle ne l’est déjà. En cela, l’administration révèle bien que derrière les mails et les déclarations, derrière toute la langue de bois administrative, leur réel travail est d’appliquer une surveillance et une pression mentale sur celleux qui contestent leurs méthodes et leurs objectifs mêmes. Cela s’inscrit dans la ligne directe des consignes du gouvernement visant à éviter une convergence entre les gilets jaunes, les mouvements écologistes, les étudiants... qu’on a aperçu déjà en décembre avec les fermetures administratives. 
 
Au lieu de réparer les ascenseurs en panne et de payer ses profs, l’université a choisi d’investir dans le sécuritaire. 
 
 
Certain.e.s réagissent déjà à cette situation de merde. Plusieurs profs ont refusé d’enseigner dans ces conditions, et beaucoup ne supportent tout simplement pas le climat sécuritaire.
Il en faut décidément peu pour qu’un directeur administratif se prenne pour le premier flic de la fac. Un rôle d’auxiliaire de la préfecture auquel on prend visiblement vite goût, sans doute à force de consacrer son temps à fliquer les étudiant.e.s et à faire monter la pression lors de journées et d’événements politiques. C’est à croire que l’état d’urgence est partout. On a pu entendre, au cours de discussions avec des gens dans la fosse, des parallèles lourds de sens avec la flicarisation et la militarisation de l’espace public depuis les attentats de Novembre 2015. Cette habitude qu’ont pris les flics semblent donc se diffuser à l’intérieur de nos facs. Cette fois, la surveillance poussive et la « sécurité », abusive de l’administration, qui consiste en fait à interdire toute forme de mobilisation, ne se font pas simplement au détriment de notre droit à partager nos opinion avec un peu de flamboyance. Il s’agit de mesures qui obstruent tout simplement le bon fonctionnement de la fac, que ça soit au niveau de l’accessibilité ou des normes de sécurité incendie, ou de l’ambiance néfaste imposée et les abus qui commencent à pointer. Harcèlement, coups de pression, embrouilles à l’entrée, fichage, attaques ciblées... À coté, un membre du Collectif des Étudiants Sans Papiers de Paris 1 se retrouve en conseil de discipline pour avoir participé à un déplacement collectif dans le conseil de la présidence, qui tardait à respecter ses engagements. 
 
Nous rejetons cette stratégie policière imposée aux étudiant.e.s et personnels mobilisé.e.s, afin d’annihiler toute possibilité de contestation. Au même moment où le ministre de l’intérieur annonce qu’il laissera plus d’autonomie à ses sbires et qu’il les encourage à prendre des initiatives, la présidence déploie sur la fac une brigade de sécurité privé, fiche les potentiels perturbateurs, entame des procédures disciplinaires pour écarter celleux qui les dérangent... 
 
Une administration qui craint l’expression juste et mesurée (à la démesure de la situation en tout cas) de ses étudiant.e.s ne peut continuer à prétendre être ce qu’elle n’a jamais été : la responsable de la gestion d’un lieu d’émancipation, de production de savoir, d’autonomie intellectuelle. 
 

Tout cela pour quelle sécurité ?

 
L’équipe conséquente de vigiles engagée par la fac a donc pour objectif d’empêcher toute tentative de blocage et d’actions de protestation, d’expression des opinions, de prise de parole ou de réunion. Nous sommes vexés. Cela ne suffira pas. Envoyez nous les flics, les LBD, Castaner, la CRS 58 de Perpignan si il le faut. Les derniers mouvements de mobilisation sur la fac ont voulu se faire conciliants et ont cherché à établir la nécessité d’une lutte locale et globale à la fois, contre la casse de l’université et la sélection sociale. Aujourd’hui, nous nous exprimons contre l’expression d’une logique répressive qui donne la mesure des tournants autoritaires de l’état français, de la perte de pouvoir des instances démocratiques, de la concentration des pouvoirs entre les mains d’irresponsables totalement coupés des réalités sociales, à la faveur de l’élite, des patrons, et de leurs laquais, les grands fonctionnaires et les policiers. 
En corrélation avec la répression croissante subie par le mouvement des gilets jaunes, par l’éjection progressive des classes populaires de la fac, cette étape constitue une seconde phase dans la tentative d’anéantissement du mouvement étudiant, mais aussi tout simplement des valeurs de justice sociale et d’égalité que celui-ci porte. 
 
Plus important encore, nous enjoignons l’administration à rester à sa place en tant que laquais du ministère et des décisions néo-libérales du gouvernement. Puisque, par des méthodes répressives éhontées et dirigées, aucun doute ne subsiste sur les objectifs réels derrière les propos portés, et vos priorités en général. L’intensification des pressions dirigées est une très mauvaise idée, qui accentuera les fractures et mettra les étudiant.e.s ciblé.es sur la défensive, alors que la conciliation et la discussion étaient possible dans la mesure des objectifs et intérêts des uns et des autres jusque là. L’action politique et son lot de perturbations est une étape inévitable de l’année universitaire dans un contexte de destruction de la fac française ; la répression et le fichage procèdent de la même logique que celle mise en place par la police - et bientôt l’armée si il faut en croire les médias. Mais notre intention n’est pas de nous laisser faire.
 
Nous exigeons le retrait total des soixante nouveaux vigiles du centre Pierre Mendès France, la restitution de toutes les informations saisies concernant les étudiant.e.s et travailleur.euse.s mobilisé.es, la fin des contrôles de carte à l’entrée, l’ouverture des grilles aux heures dues, le respect des normes de sécurité incendie, le paiement des employés de la fac, la fin des pressions et une condamnation ferme des délations produites à l’encontre de certains étudiant.e.s.

Localisation : 13e arrondissement

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