Expulsion de la rue Pajol : jeu de massacre sous les feux de la rampe

Une mise en scène plutôt chiadée, des acteurs au top de la forme, une photo un peu sale. Les figurants s’estimeraient par contre lésés.

Expulsion de la place de la Halle Pajol (8 juin 2015) : Les coulisses du tournage

Les coups de coudes

Il fallait être en première ligne devant les cordons de CRS, pour ne pas manquer d’apparaître comme un grand résistant, mais il ne fallait pas non plus trop s’avancer, pour ne pas se faire abîmer son joli costard. Une petite astuce du conseiller municipal du 18e, Hugo Touzel (PCF) : faire semblant de faire la chaîne, donner discrètement des coups de coude à ses voisins lorsqu’ils s’avancent trop près des flics (vous piquant la première place, et risquant d’entraver réellement le travail de la police). En bonus, vous pouvez vous jeter dans le tas s’il y a une caméra pas loin, mais surtout, n’oubliez pas de brandir en permanence votre « Carte d’Elu »

La République, c’est nous !

Il ne faut pas oublier de rappeler ces évidences de base : La République, ce n’est pas Les Républicains. C’est donc tout à fait à propos, et à la grande satisfaction des migrants qui ont certainement traversé la Méditerranée pour se l’entendre confirmer, que nos élus de (temps en temps ) « De Gauche » on clamé « La République, c’est Nous ! » (suite logique du pluriel de majesté de l’affiche « Prenons le pouvoir »). De mauvais plaisantins auraient souillé ce moment historique, criant systématiquement « c’est de la m.. » à la place de « c’est Nous ». Un conseil : rester digne, et faire comme si de rien n’était.

Concurrence entre les techniciens audiovisuels

Tous les angles de prise de vue étant occupés, une concurrence féroce s’est établie entre les cameramans, photographes, journalistes, etc. C’est pourquoi une présentatrice de BFM direct a vu rouge lorsqu’au moment où elle avait enfin trouvé un bel arrière plan pour faire son direct (poubelles renversées, militants hagards), un journaliste indépendant a gâché ce direct en criant « La journaliste de BFM TV, elle dit n’importe quoi ! », ce qui est profondément diffamatoire pour qui connaît la déontologie en vigueur à BFM TV. Cette dernière a donc giflé l’impudent, suite à quoi a commencé un pugilat qui a nécessité une brève intervention policière.

Des costumes minimalistes

Écharpes bleu-rouge, bleu-blanc-rouge… On a vu mieux. Mais elles étaient bien visibles, sur les torses des élus offerts aux matraques des CRS…. Qui préféraient manifestement frapper les noirs, non élus.

Les Migrants

On ne les a pas trop entendus, on ne sait pas trop ce qu’ils veulent si on se contente de ce qui passe dans les médias. En tous cas, ils ont fait preuve de beaucoup de courage, ont subi une bonne dizaine de charges qui voyaient ceux d’entre eux les plus en arrière compressés violemment contre le mur de la bibliothèque Vaclav Havel. On comprend mieux pourquoi plusieurs d’entre eux se sont évanouis, à chaque fois agités de spasmes, se tordant de douleur pour d’autres. L’un d’entre eux se serait fait éclater un testicule, un autre aurait le pied cassé, un troisième semblait faire une crise d’épilepsie suite à un jet de gaz lacrymogène.

Suite à l’expulsion, certains ont trouvé un abri provisoire, d’autres sont au CRA de Vincennes, d’autres toujours dehors, toujours aussi démunis. Leur tentative d’organisation autonome du 8 juin, qui a consisté en une assemblée de plusieurs dizaines de migrants, pendant laquelle ont étés prises quelques décisions (grève de la faim, manif), est sérieusement compromise par la dispersion qui a résulté de cette nouvelle expulsion. La plupart des partis et associations qui étaient présents en soutien n’ont pas l’air de vouloir laisser beaucoup de place à ces initiatives pour l’instant, préférant mettre en avant leurs propres solutions de gestion humanitaire.

Que peuvent faire les militants dans ces conditions ? Être attentifs aux souhaits des migrants, ne pas chercher à leur imposer des objectifs militants contraires à leurs intérêts. Par exemple la question s’est posée de proposer ou non un hébergement à une partie d’entre eux, éloigné de la Chapelle, sachant que ça risquait de vulnérabiliser ceux qui resteraient, moins nombreux, dans la rue.

En tous cas, il paraît évident que les centaines de migrants qui peuplent les parcs et les dessous de ponts de Paris ont besoin d’un endroit où dormir au chaud, à l’abri des persécutions policières, où se réunir sans être l’objet d’une surveillance permanente et décider par eux même de la forme de leur lutte, où avoir accès à des conseils bienveillants pour s’orienter dans leurs démarches.

Un soutien qui était sur place

Note

Et Bravo à tous les voisins solidaires, de plus en plus nombreux, qui n’ont pas hésité à s’interposer à de nombreuses reprises entre les flics et les migrants

Mots-clefs : migrants
Localisation : 18e arrondissement

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