Du travail dissimulé à la traite d’êtres humains. Retour sur la lutte des salariées du 57 bd Strasbourg

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Cela fait maintenant plus de trois mois que 18 coiffeuses et manucures occupent leur salon, le New-York Fashion, situé au 57 boulevard de Strasbourg, dans le quartier de Château d’eau, à Paris.

Avec la CGT, elles dénoncent « leurs conditions de travail contraires à la dignité humaine » et réclament leur régularisation en tant que victimes de « traite d’êtres humains ». Habituellement, ce qualificatif est employé pour les prostituées victimes de réseaux mafieux, pour les mineurs ou pour les personnes handicapées contraintes à la mendicité. Contrairement à la plupart des salariés sans papiers de la restauration, du nettoyage et du BTP qui s’étaient mis en grève en 2008 et 2009, ces femmes récemment arrivées en France ont été employées sans contrat, en dehors de tout cadre légal. Pour comprendre leur revendication, Terrains de luttes revient sur leurs conditions de travail et sur l’histoire de cette lutte qui a commencé début 2014.

« Bâtir des droits sociaux » par la grève

Fatou, Ivoirienne de 42 ans, arrive en France en 2013. Elle commence à travailler comme coiffeuse peu de temps après. Elle est demandeuse d’asile et n’a pas d’autorisation de travail. Elle exerce sans contrat au salon de coiffure New-York Fashion situé 57 boulevard de Strasbourg, à Paris. Le salon est spécialisé, comme beaucoup d’autres dans le quartier, dans les coiffures « afro ». Pour Fatou, c’est « évident de ne pas avoir de contrat, je n’ai pas de papiers ». Elle n’a pas d’horaires fixes, arrive vers 8h30, peut terminer à 23 heures, du lundi au samedi. Elle est payée à la tâche, en fonction du nombre de clients. 40% pour elle, 60% pour le patron. Elle coiffe entre 4 et 15 clients par jour. Le prix des coiffures va de 25 à 100 euros. On lui avait promis un revenu de 250 euros le premier mois puis 400 euros quand les clients seraient fidélisés. Mais elle n’est quasiment jamais payée, en tous cas jamais en totalité. Elle explique : « Si on se fâche, le patron dit : « tu es sans-papiers, tu veux qu’on appelle la police ? » On préfère garder le silence ». Les pauses sont interdites, elle « mange en coiffant les clientes ». Sa collègue Mariam travaille jusqu’au neuvième mois de grossesse. Les locaux ne sont pas ventilés, le sous-sol ne possède aucune ouverture, alors que les salariés manipulent quotidiennement des produits chimiques (teintures, solvants).

18 salarié.e.s travaillent ici : 12 coiffeuses africaines (nigérianes et ivoiriennes en grande partie), 2 caissiers (ivoirien et burkinabé), 4 manucures chinoises. Tous sont sans papiers ou demandeurs d’asile. Le patron a érigé en principe de ne pas avoir dans une même boutique plus de 7 salariés parlant la même langue. Sinophones et anglophones ne parlent pas français, tandis que les francophones ne parlent ni anglais ni chinois. Difficile quand on ne se comprend pas de décider de porter des revendications communes.

De l’ouverture du salon en décembre 2013 jusqu’au mois d’avril, le gérant paie parfois certains de ses employés, en leur interdisant d’en parler aux autres. Dans un salon voisin, au 50 boulevard de Strasbourg, où plusieurs salarié-e-s ont travaillé quelques mois plus tôt, une grève permet d’obtenir plusieurs régularisations. Suivant cet exemple, les manucures chinoises décident de se mettre elles aussi en grève le 22 mai, pour être payées. Elles réussissent à convaincre leurs collègues et contactent la CGT du 10e arrondissement, bientôt rejointe par l’union départementale et l’US Commerce.

Que demander alors ? Se battre pour obtenir un salaire ? Pour une régularisation ? Un contrat de travail ? Les salarié-e-s décident de demander leur arriérés de salaire non pas sur une base légale comme le SMIC mais selon les critères annoncés au départ par le gérant : 40% du prix des coiffures. C’est après discussions avec les syndicalistes qu’elles déterminent aussi de se battre pour sortir du travail au noir. Marilyne Poulain, permanente de l’UD CGT de Paris en charge des questions de droit des étrangers et qui est présente quasiment à temps plein depuis le début de la mobilisation, explique : « beaucoup d’employeurs leur font comprendre qu’elles ne peuvent pas être déclarées. Donc forcément, ce n’est pas quelque chose qu’elles vont demander, parce qu’elles n’ont pas l’impression que c’est un droit pour elles. »

La suite sur Terrains de lutte.

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