Communiqué de soutien à l’inter-orga de la manifestation #NousToutes suite au harcèlement de sionistes de droite et de suprémacistes

Le 25 novembre et tous les jours : le féminisme n’est pas à (l’extrême) droite !

Nous, féministes juives, françaises et israéliennes présentes dans le cortège le 25 novembre, avons été témoin d’une action-flash de l’extrême-droite voulant qualifier la manifestation féministe d’antisémite. Nous apportons notre soutien aux manifestant.es présent.es et aux personnes organisatrices et sujettes à du harcèlement sexuel et à des menaces de mort depuis.

Un groupe organisé d’une cinquantaine de personnes est venu perturber rapidement la manifestation avant d’être encerclé par les CRS. Ces personnes sont arrivées en masse en chantant la marseillaise ; elles étaient entourées d’hommes en cagoules avec des gants à coques, certaines femmes portaient un jogging gris tâché de sang à l’entrejambe.
Leur attitude menaçante a effrayé une partie des personnes présentes sur la place de la Nation qui se sont éloignées rapidement par peur d’être au milieu d’affrontements violents.
Ces personnes ne sont pas des « femmes juives venues manifester » et rejetées par la « foule aux drapeaux palestiniens ». Ce sont des réactionnaires réunis en une flash-action de perturbation, certes, mais de propagande avant tout. De nombreux médias et organisations, de Libé jusqu’à la Ligue Des Droits de l’Homme, ont suivi le narratif proposé : les juives, en termes généraux, représentant à elles seules les victimes israéliennes, ne seraient pas admises en manifestation féministe en France !

La suite logique du 12 novembre, pendant lequel ce même collectif a saisi l’occasion de perturber la rassemblement contre l’antisémitisme au Vel d’Hiv, réclamant protéger le lieu de la récupération de la gauche, qui serait, elle aussi, accusée d’antisémitisme.
« Hamas terroristes, féministes complices ! », « Lgbt-Q, vous seriez pend-Ues, Avec le Hamas ! » on les entendait scander ; « Metoo pour toutes, sauf les juives ! » Ce dernier slogan est une reprise d’un collectif israélien qui affirme aussi : « mieux vaut morte que violée »... Alors que tous les ans, des ’fémilistes — activistes de droite « pour le droit des femmes », à la ligne transphobe et islamophobe — se déplacent insulter les manifestantes en préparant une action, cette année un groupe a consacré son temps à une autre faille trouvée. Il s’agit de l’absence de lutte dédiée à la reconnaissance des viols perpétrés lors des attaques et massacres du 7 octobre. Ce 25 novembre, ce sont donc des activistes fémilistes de droite, des sionistes convaincues de la communauté juive parisienne et des ultra suprémacistes qui se sont unis. Cela ne nous étonne pas : l’union des extrêmes-droites fait partie de l’historique des luttes que nous avons traversées.

L’injonction autoritaire à se justifier perpétuellement sur les actes du Hamas est une stratégie argumentaire qui vise à tétaniser, freiner, et diaboliser les prises de paroles publiques. Personne n’a envie d’etre identifié à des actes sanglants. C’est une chasse aux sorcières et une posture du monde patriarcal, bien identifié par les minorités de genre et de race en lutte. En marche à Berlin, et en Israël, où les amalgames servent en ce moment le pouvoir pour écarter, censurer, et enfermer les dissident.es. Il en faut, de la pression, pour détourner notre regard d’un génocide en cours. Un génocide télévisé, documenté, et financé par l’armement occidental. Une responsabilité laissée, malheureusement, à notre génération. Oui, le gouvernement actuel que nous prenons à partie sur son désengagement du combat contre les féminicides et les aides aux femmes subissant des violences, est le même qui entretient des contrats économiques mortifères.
La vente d’armes va de pair avec le pouvoir capitaliste et impérialiste.

Mais, rappelons un élément historique essentiel : la lutte contre l’antisémitisme ne date pas du 7 octobre. Elle est quotidienne. Et ne saurait être réduite à la verbalisation des violences sexuelles traumatiques de ce fameux samedi d’il y a deux mois.
La pression, si forte qu’elle paraît nouvelle pour certaines camarades, est subie familièrement par les minorités. Croyons-les, donc, quand iels nous disent : ne pliez pas. Ce sont des attaques. Restons soudées. Les menaces de viols et les appels à la haine dirigés contre les organisatrices de la marche sont révélateurs de la pensée profonde de ces individuEs. Rima Hassan en fait l’expérience depuis plus d‘un mois.

Cultiver la critique des politiques sionistes comme un antisémitisme, c’est couper le débat, c’est salir la mémoire des juifves mort.es contre les autoritarismes et de par leur faute. Les politiques sionistes ne protègent pas les juifves, ni ici, ni là-bas : nous sommes leur boucliers humains, leurs soldates, leurs sacrifices, des otages, leur garde-frontières. Nous affirmons : il y a des communautés judéo-musulmanes, palestino-israeliennes, qui cohabitent déjà.

Notre critique de l’antisémitisme va au-delà de la justification d’un combat contre l’antisémitisme.
Les tentatives de réhabilitations de Pétain, ou l’habitude au lycée de séparer l’œuvre de l’artiste quand il s’agit de Céline, sont les visages d’un antisémitisme de pouvoir en France. Que l’antisémitisme traverse tous les champs de la société est un fait. Mais cette année, c’est bien pour renforcer le bloc islamophobe français que l’instrumentalisation du combat contre l’antisémitisme tente de s’installer dans la durée. Nous ne sommes pas dupes.

En tant que féministes, nous amplifions la voix des personnes concernées. Nous créons des ponts, aux intersections des expériences. Nous amplifions la voix des palestiniennes et israéliennes pour la fin de l’apartheid, du système colonial qui rend l’armée obligatoire pour les unes, et emprisonne les autres. Nous amplifions le droit au retour des familles palestiniennes. Ainsi, la libération de toute oppression, militaire et systémique, impactant tout cercle de vie, n’est plus un idéal : mais bien un chemin choisi, affirmé, par des millions de personnes. Ces voix ne datent pas du 7 octobre. Nous luttons alors pour la justice et la reconnaissance des viols et de la violence sexuelle sous un régime d’occupation, et refusons une lecture amnésique à double standard de l’histoire.

Nous disons notre solidarité avec les collectifs et associations féministes qui ont défié la morale jusqu’à celle de l’État actuel, écoutant la rue qui chante depuis des semaines, en incluant la lutte pour la libération de la Palestine lors de la manifestation féministe du 25 novembre. Oui, de New-york à Manille, de Oakland à Buenos Aires, nous portons la même musique. Nous le répétons : libérer la Palestine, ce n’est pas « jeter les juifves à la mer ». Arrêtons avec ce mythe poussiéreux ! Etre décoloniales, c’est travailler la chute du système qui divise, oppresse, affame, et tue des personnes voisines. Des personnes habitant parfois de l’autre côté de la rue, mais que des lois différentes légifèrent. Libérer la Palestine, c’est aussi se reconnecter avec les réalités indigènes, avec les judéités multiples, avec les ressources naturelles à la hauteur de besoins communautaires, avec la reconnaissance des résiliences des minorités de genre, avec les prises de décisions populaires face à l’agression d’une machine capitaliste. N’ayons donc pas peur de nous positionner aux côtés de nos adelphes palestiniennes : leurs résistances quotidiennes sont une boussole.

Ensemble, nous refusons la déshumanisation. Nous refusons la criminalisation et la récupération de nos luttes féministes - contre les racismes et les Guerres.

Cease-fire now ! Cessez-le feu immédiat !
Plus jamais ça, c’est plus jamais ça pour personne

Collectif KESSEM

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