Capitalisme et écocide : une sixième extinction des espèces ?

Aujourd’hui les révolutionnaires se doivent de prendre en compte dans leurs analyses et leurs actions les constatations scientifiques sur l’état alarmant de notre biosphère (la biosphère est un concept qui désigne l’ensemble des organisme vivants et leurs milieux de vies, l’ensemble des écosystèmes interconnectés). Ces constatations convergent vers un point : notre planète est en train de vivre un écocide.

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« La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillissent toute richesse : la terre et le travailleur. » Karl Marx

Un écocide est un acte de destruction touchant un écosystème qui est lié a une activité anthropique (c’est-à-dire une activité humaine).

A l’heure actuelle c’est la biosphère toute entière qui est victime d’un écocide. L’ensemble des écosystème présents sont en effet menacés à long terme, certains d’entre eux étant en voie de destruction accélérée à court terme et d’autres à moyen terme.

Rappelons que tous les écosystèmes sont reliés entre eux de manière dialectique.

Une des manifestations les plus importantes de cet écocide planétaire est ce que des écologistes et des scientifiques appellent la sixième extension des espèces animales.

Au cours des 500 dernières millions d’années la biosphère a connu cinq grandes extinctions massives des espèces, le plus souvent dû a des changements climatiques majeurs.

A la différence des précédents extinction massives c’est l’activité humaine qui est directement responsable dans le cas présent. Nous verrons qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle activité humaine et que celle-ci trouve sa base dans les rapports sociaux de production, c’est-à-dire dans la façon dont l’humanité s’organise actuellement pour transformer la nature afin de répondre à ses besoins, en l’occurrence ici dans le cadre du mode de production capitaliste.

Penchons-nous plus en détail sur cette sixième extinction massives des espèces animales :

Cette extinction est constatée à la fois au niveau du nombre d’animaux et en étendue.

Dans une étude publiée le 10 juillet 2018 dans Proceeding of the National Academy of Sciences par des chercheurs étasuniens et mexicains, ceux-ci ont calculé que depuis 1900 les disparitions d’espaces animales ont été multipliées par cent.

C‘est-à-dire qu’elles l’ont été depuis une époque où le mode de production capitaliste par le biais de la colonisation est devenu largement hégémonique au niveau mondial.

Il faut noter que ce rythme d’extinction des espèces est sans équivalent depuis la célèbre extinction des dinosaures il y a 66 millions d’années.

Cette étude est également intéressante car elle ne se focalise pas uniquement sur la disparition des espèces mais analyse également le déclin des populations. Le déclin des populations annonçant bien souvent la disparition à moyen terme de l’espèce. En effet deux espèces disparaissent chaque année ce qui semblent un rythme faible et ne permet donc pas de mesurer la gravité du problème.

La méthodologie suivie par cette enquête est la suivante : les chercheurs ont examiné l’évolution des populations de 27600 espèces d’animaux (oiseaux, reptiles, amphibiens, mammifères) réparties aux quatre coins de la planète.

La conclusion de l’enquête est que le phénomène d’extinction des espèces animales avait été largement sous-estimé.

Selon l’enquête, 32 % des espèces étudiées (soit 8 851 espèces sur 27600) régressent en termes de population et d’étendue, y compris de nombreuses espèces considérées comme communes.

Au niveau des mammifères, sur les 177 espèces étudiées toutes ont perdu 30 % ou plus de leur territoire. Et plus de 40 % ont subi des diminutions graves de leur population. Citons quelques exemples significatifs : les guépards étaient 100 000 en 1900, ils sont seulement 7000 aujourd’hui. Les orangs-outans passent de 288 500 individus en 1973 à 47 000 actuellement.

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Il faut ajouter a cette étude les analyses de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) sur les espèces d’invertébrés : 42 % des espèces d’invertébrés terrestres (vers de terres, papillons) et 25 % des espèces d’invertébrés marins sont menacés d’extinction.

Au total, selon des estimations prudentes, 50 % des animaux ont disparu depuis 40 ans.

Les causes pointées dans le rapport sont essentiellement dues aux pertes d’habitat, de territoire dégradé par « l’activité humaine » : déforestation, agriculture, constructions de routes, urbanisation, exploitations minières et pétrolières. On connaît l’exemple des orangs-outans dont le déclin de population est directement lié au développement de la culture de l’huile de palme. Les autres causes sont la surpêche, la chasse, la pollution, et le changement climatique. Le rapport pointe la surpopulation et la surconsommation comme cause de ces maux, ce qui nous semble prendre le problème à l’envers. En effet les scientifiques appellent a réduire la croissance de la population humaine et sa consommation, à utiliser des technologies moins destructrices pour l’environnement, ainsi qu’aider les pays en développement à maintenir des habitats naturels et à protéger leur biodiversité. Or ces mesures sont impossibles à mettre en place sans changer de mode production à cause des contradictions inhérente au capitalisme. Mettre l’accent sur la consommation permet de faire abstraction complète du mode de production. En dénonçant la surpopulation, ces scientifiques reprennent à leur compte le mythe de Malthus : nous ne pouvons être trop nombreux au banquet de la vie car cela entraînerait une consommation trop importante des ressources planétaires. Or, si la consommation trop excessive des ressources pose effectivement un problème écologique majeur, il faut bien avoir en tête que cette consommation est avant tout une nécessité inhérente à un processus de production dans le cadre du capitalisme. A titre d’exemple, aux États-Unis d’Amérique les déchets des ménages ne représentent que 2,5 % de l’ensemble des déchets produits ; le reste étant constitué par les déchets industriels, ceux du secteur du bâtiment ou ceux issus de l’activité minière.

Dans le système capitaliste, il y a souvent identité de la production et de la consommation : la plus grande partie de la consommation et du gaspillage est directement destinée à alimenter la production capitaliste. C’est aussi la production capitaliste qui détermine des modes de consommation privés typiquement capitalistes, lesquels impliquent souvent obsolescence rapide et gaspillage.

Le fait que les marchandises soient produites de manière non durable (obsolescence programmée) a pour but de favoriser la reproduction de ce processus. C’est pourquoi toute critique du ‘‘consumérisme’’ détaché de sa base fondamentale dans la marchandisation capitaliste constitue une erreur d’analyse.

Pour revenir sur la façon dont le processus de production actuel détruit les animaux nous pouvons observer de plus près le phénomène inquiétant de la baisse du nombre d’insectes et d’oiseaux en Europe. Selon une étude allemande publiée dans la revue Plos One en 2017 (effectuée à partir de l’analyse des captures d’insectes entre 1989 et 2017), les populations d’insectes ont chuté de 80 % en trois décennies. Le déclin des abeilles, plus visible, n’est donc que la partie émergée de l’iceberg selon cette étude. Alors même que le réchauffement climatique est censé être plus favorable aux insectes, il est fort probable que l’agriculture intensive, les engrais et les pesticides soient en cause. Si cela reste à confirmer (les abeilles sont, elles, bien victimes des pesticides contenant des néonicotinoïdes) les conséquences sont faciles à déterminer : cette perte de biomasse entraîne des effets en cascade sur les autres niveaux de la chaîne alimentaire, ce qui affecte particulièrement les oiseaux.

A ce propos, les chercheurs du Muséum Nationale d’Histoire Naturelle du CNRS tirent le signal d’alarme également : un tiers des populations d’oiseaux des campagnes françaises ont disparu en quinze ans. Un déclin qui s’est accéléré ces deux dernières années. Selon les chercheurs, il y a un lien évident avec l’effondrement du nombre d’insectes dans les zones agricoles, en effet même les oiseaux se nourrissant de graines sont insectivores quand ils sont jeunes. Les scientifiques du CNRS pointent comme cause de ce déclin « l’intensification des pratiques agricoles ces vingt-cinq dernières années et plus particulièrement depuis 2008-2009 » ainsi « qu’une période qui correspond entre autres à la fin des jachères imposée par la politique agricole commune, à la flambée des cours du blé qui conduisent à des pratiques agricoles de plus en plus intensives, à la reprise du sur-amendement au nitrate permettant d’avoir du blé surprotéiné et à la généralisation des néonicotinoïdes ».

A travers le sort général des insectes et des oiseaux des campagnes européennes nous pouvons voir comment le mode de production capitaliste, basé sur la logique de profit et non sur une réelle réalisation des besoins humains, détruit la biosphère.

Nous devons à contrario mener une révolution sociale et écologique, renverser la classe polluante qui seule profite de cet état de fait, et planifier l’activité humaine productrice de manière à respecter l’équilibre vital à toutes formes de vies qu’abrite notre terre.

« L’homme vit de la nature signifie : la nature est son corps avec lequel il doit maintenir un processus constant pour ne pas mourir. Dire que la vie physique et intellectuelle de l’homme est indissolublement liée à la nature ne signifie pas autre chose sinon que la nature est indissolublement liée avec elle-même, car l’homme est une partie de la nature. »
Manuscrits de Marx en 1844

P.-S.

Texte à retrouver sur la page du groupe Union Pour le Communisme : http://upc.ouvaton.org/upc/blog/201...

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