16 février : affrontements devant le TGI de Bobigny

Un rassemblement avait circulé sur les réseaux sociaux à partir de 16h. Ce dernier a assez rapidement dégénéré en affrontement avec les flics.

Jeudi 16 février

  • 19h20 : La situation semble se calmer un peu autour de Pablo Picasso occupé par au moins 200 flics. Un hélicoptère tourne aussi sur le centre de Bobigny et des patrouilles grouillent à la poursuite des émeutiers.
  • 19h : Pas mal de jeunes et très peu de militants présents. Du coup les flics sont très violents et tirent dans le tas et au milieu des habitants du quartier et des passants. Selon des témoignages recueillis, ils ont tiré des grenades lacrymogènes volontairement dans des appartements en brisant les fenêtres. On note aussi l’utilisation de grenades lacrymogènes et de désencerclement sur des (très) jeunes en réponse à des insultes !
    Environ 300 personnes sont toujours sur place. Les flics (environ 200) utilisent le gaz lacrymogène de manière massive. Des blessés sont d’ores et déjà à déplorer.
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  • 18h : L’affrontement est en cours dans le centre de Bobigny. Après un moment de tension à 16h autour de la gare routière, les affrontement ont repris autour de la station Pablo Picasso.

Lundi 13 février : comparutions au Tribunal de Grande Instance de Bobigny

Au vu du grand nombre de prévenu-e-s ces jours-ci, les comparutions immédiates situées normalement uniquement en salle 4 du TGI de Bobigny se tiennent également dans la 2e chambre d’assises.
Les audiences vont se poursuivre tard dans la soirée et continuer les jours à venir. La présence de soutiens sur place et dans les salles sont plus que bienvenues.
D’autres inculpé-e-s sont également jugé-e-s dans d’autres tribunaux d’île-de-France. Si vous avez des infos ou des proches concerné-e-s, n’hésitez pas à nous le signaler sur paris-luttes-infos [at] riseup.net et à contacter le collectif de soutien aux inculpés à l’adresse stoprepression [at] riseup.net.

  • 22h : Deux habitants d’Aulnay ont été déférés pour avoir tiré au mortier sur les flics depuis leur voiture lors d’affrontements à la cité des 3000. Une troisième, inconnue des deux premiers, a été accusée de leur avoir vendu des "grenades" via internet. C’était en fait des fumigènes pour un club de supporters. Passons sur ce cas qui s’achève heureusement sur une relaxe mais qui montre bien l’esprit paranoïaque des flics et des magistrats.
    Les deux premiers inculpés rentraient simplement d’un mariage et ont essayé d’intervenir auprès des jeunes qui se fightaient avec les keufs. Leur voiture s’est fait repérer par des gendarmes mobiles (GM) dont un pense voir un mortier en sortir. Ils diffusent leur plaque d’immatriculation avec une erreur de lettre qui montre bien le caractère peu clair de la situation. Une équipe de flics repère quand même la voiture un peu plus loin et les arrête sur ce motif. Aucune preuve supplémentaire au témoignage de ce GM ne sera apportée au procès mis à part une vidéo qui spécifie justement "qu’elle ne permet pas de dire que des mortiers ont été jetés de la voiture"... La juge tente de "confondre" les accusés, mais leur version est bien la même et concordante : ils étaient là parce qu’ils y habitent et qu’ils voulaient calmer les jeunes.
    Le procureur les charge et réclame 9 mois de prison dont 6 assortis sursis. "Je suis l’avocat des travailleurs" lâche-t-elle notamment dans une plaidoirie très politique et qui appelle à faire des exemples.
    Les défenseurs demandent la relaxe pour manque évident de preuve et demandent au juge de ne pas céder à la pression médiatique et politique mais d’appliquer le droit.
    Ils écoperont chacun de 6 mois de prison fermes sans mandat de dépôt.
  • 21h : Deux personnes inculpées d’outrages pour l’une et d’outrages et rebellions pour l’autre par la BAC de Gagny (93) ont été condamnés à 1500€ et 2000€ d’amendes avec sursis. Les flics qui se sont portés partie civile réclamaient 300€ par tête pour préjudice (sérieux, oui oui !) et ont quand même obtenus 100€ chacun et le remboursement des frais de justice. L’avocate commise d’office a tout de même sûrement contribué au sursis de la peine en rappelant que la violence est bien souvent à l’origine celle de la police, spécialement en ce moment de lâchage dans les quartiers, que de nombreuses vidéos et témoignages montrent les flics en train d’insulter et de menacer des bandes de jeunes et que le physique des deux détenus permet de douter de la capacité d’un véritable préjudice physique face à des baceux équipés et en nombre.
  • 19h : Les deux premières personnes jugées cet après-midi ont refusé la comparution immédiate et sont ressorties avec un contrôle judiciaire vénère en attente de leur procès.
    En attendant, ils n’ont pas le droit de sortir en semaine en dehors de leurs heures de cours (étant tout juste majeurs et encore lycéens) et pas du tout le week-end sans être accompagnés par un membre de leur famille. Au prononcé du verdict et à l’annonce de la date du procès qui n’aura pas lieu avant septembre, la juge comprend que le contrôle judiciaire va se poursuivre durant l’été et que les conditions horaires n’ont donc pas de sens. Elle s’en amuse et leur souhaite "un été studieux en famille" et que ce délai leur permettra de "présenter à l’audience tous les justificatifs de ce qu’ils auront fait de bien d’ici là". Plus paternaliste et infantilisant, c’est difficile !
  • 18h : Les flics ont pris position autour et dans le TGI et des flics des renseignements rôdent dans les couloirs pour voir qui vient aux audiences. Vu le grand nombre de prévenus, le tribunal a ouvert une autre salle d’audience dédiée aux comparutions immédiates à la place de la 2e chambre d’assises. Beaucoup de monde y assiste en soutien et plusieurs réflexions des magistrats montrent qu’ils l’ont clairement remarqué. Les audiences risquent de durer jusqu’à tard dans la nuit.
  • 13h : Début des comparutions. Beaucoup de monde en soutien assiste à la séance. De nombreux flics en civils à l’intérieur du tribunal. À l’extérieur également, les forces de l’ordre sont très présentes (mercredi dernier, après les annonces de condamnation à de la prison ferme, des voitures avaient brûlées à proximité du tribunal).
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Dans le TGI de Bobigny

Le jeudi 2 février

Vers 17h, Théo (22 ans) est victime d’une violente interpellation à Aulnay-sous-Bois, dans la cité des 3000. Parti simplement apporter une paire de baskets à une amie, il subit les violences de 4 policiers sous le prétexte d’un contrôle d’identité. Il reçoit des coups et, conscient de la gravité de ce qui est en train de se passer et du fait qu’il sera probablement accusé de mensonges et présumé coupable de l’altercation, il se débat et se déplace pour être sous l’angle de caméras. Son sac est arraché, il est maintenu par 3 policiers tandis que le 4ème essaye de faire fuir les potentiels témoins de la scène. Théo se fait à nouveau frapper, le 4ème policier revient, baisse le pantalon de Théo et le viole avec une matraque télescopique [1]. Théo est menotté, à nouveau frappé, il reçoit des décharges de gaz lacrymogène sur le visage, dans la bouche... Les policiers s’écartent du champ des caméras de vidéo-surveillance et continuent leurs sévices à l’abris des regards. Un témoin persiste à observer la scène et refuse de partir. C’est à ce moment que les policiers embarquent Théo. Dans leur voiture, les policiers lui donnent des coups de poings dans l’oeil, dans les parties intimes. Ils lui crachent dessus, lui lancent des insultes racistes ("Négro", "bamboula"), le traitent de "salope", se moquent de sa blessure à l’anus. Arrivé au commissariat, Théo est tellement diminué physiquement qu’il est évacué vers l’hôpital [2], le visage tuméfié et en fauteuil roulant.

À l’hôpital Robert Ballanger d’Aulnay, le médecin constate « une plaie longitudinale du canal anal de 10 centimètres de profondeur » et une « section du muscle sphinctérien » et lui prescrit 60 jours d’interruption totale de travail (ITT). « Des lésions importantes [...] qui correspondent clairement à l’introduction d’un objet. ».

Vendredi 3 février

Les 4 policiers sont placés en garde à vue dans les locaux de l’inspection générale de la police nationale (IGPN), pour viol en réunion. Ces derniers nient l’accusation et tentent une défense du viol "par accident" affirmant que le pantalon aurait "glissé tout seul". Le Défenseur des Droits est saisi par les avocats de la famille de Théo. Le soir-même des émeutes éclatent à Aulnay-sous-Bois. Théo est opéré dans la nuit du 3 au 4 février.

Samedi 4 février

La garde à vue des 4 policiers est prolongée de 24 heures. Deuxième nuit d’émeute à Aulnay-sous-Bois.

Dimanche 5 février

Le parquet de Bobigny demande la mise en examen des quatre policiers en requalifiant les faits de "violence en réunion" et abandonnant provisoirement la qualification de "viol". À l’issu de la présentation des policiers au juge d’instruction, celui qui a assené à Théo le coup à l’anus est néanmoins mis en examen pour "viol par personne ayant autorité et violences volontaires", tandis que les 3 autres sont mis en examen pour "violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique, avec arme et en réunion". Le policier mis en examen pour viol est placé sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention, avec « interdiction d’exercer l’activité de fonctionnaire de police et interdiction de paraître en Seine-Saint-Denis », les trois autres sont placés sous contrôle judiciaire par le juge d’instruction. Deux d’entre eux ont « l’interdiction d’exercer l’activité de fonctionnaire de police » mais le dernier écope seulement de « l’interdiction de paraître à Aulnay-sous-Bois ». Les quatre fonctionnaires de police sont tout de même suspendus par le ministre de l’intérieur. Un important dispositif policier est déployé à Aulnay-sous-Bois, plusieurs compagnies de CRS sont mobilisées. Nouvelle nuit d’émeute, cinq jeunes sont interpellés.

Lundi 6 février

L’association des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) publie un communiqué indiquant que si les faits étaient avérés, ils devraient également être qualifiés de "torture" en s’appuyant sur la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Le dispositif policier est renforcé par des policiers munis d’armes de guerre (dont des fusils de précision) et appuyés par un hélicoptère. Lors d’une nouvelle nuit d’émeutes à Aulnay-sous-Bois, des habitants rapportent au journaliste indépendant Alexis Kraland que des tirs à balle réelle ont été effectués par la police, d’abord en l’air, puis en direction de la foule. Des photos de douilles de balles utilisées par la police et recueillies par les habitants de la cité des 3000 tournent sur les réseaux sociaux. Des tirs de mortier et l’usage de cocktail molotov contre des biens et des policiers sont rapportés par plusieurs journalistes présents sur place. 26 interpellations sont à déplorer.

Mardi 7 février

La Préfecture de Police de Paris confirme des tirs de sommation à balle réelle (pratique d’intimidation pourtant très rare, seulement une dizaine de cas par an) et disent qu’il n’y a pas eu de tirs en direction d’individus, une version démentie par les habitants. Une vidéo très relayée sur les réseaux sociaux montre un policier armé d’un LBD40, pointer son arme en direction d’un habitant qui était en train de le filmer : « arrête de filmer… Fais voir ton téléphone ou je t’allume. ».

L’extinction de l’éclairage public à plusieurs reprises durant les différentes nuits d’émeutes avait d’abord été attribué par certains médias à un acte de "sabotage" des émeutiers, mais le doute commence à se porter sur un acte volontaire des policiers, peut-être pour empêcher les prises de photos et vidéos des altercations entre habitants et troupes de maintien de l’ordre. Ironie du calendrier, à l’Assemblée Nationale est examinée cet après-midi le projet de loi dit de "sécurité publique" visant à élargir les possibilités d’ouverture du feu pour les policiers, les alignant sur le même régime que les gendarmes...

Contrairement à ce que certains médias et responsables publics affirment, il ne s’agirait pas d’une "bavure", d’un acte de barbarie qui serait isolé mais probablement d’une technique policière plus répandue qu’on ne le croit. L’affaire Théo n’est pas sans rappeler un autre jeune blessé à l’anus à l’aide d’un tonfa par un policier municipal à Drancy en octobre 2015. Moins médiatisée, cette affaire a fait l’objet d’un jugement le 16 janvier dernier. Le policier comparaissait pour violences volontaires avec arme et non pour viol, le procureur adjoint n’a requis que 6 mois de prison avec sursis et une interdiction professionnelle temporaire (1 ans). Le délibéré sera rendu le 20 février.
Cette affaire, dans la lignée du meurtre d’Adama Traoré par des policiers en juillet dernier, est une des affaires de violences policières dans les quartiers populaires les plus médiatisées que l’on ait connu. Après les États-Unis, la France semble découvrir que sa police est violente, raciste et au dessus des lois. Espérons que cela signe la fin de l’impunité policière réclamée depuis longtemps par les habitants des quartiers populaires et par les familles des victimes de violence policières comme le Collectif urgence notre police assassine. À défaut, ce sera le début d’une révolte que l’État français aura à affronter. Comme disait le rappeur Fianso à propos de l’affaire Adama Traoré, "ça mérite un 2ème novembre 2005". Sans justice vous n’aurez pas de paix.

Rassemblement du 7 février au soir :

Mercredi 8 février :

23h : Des affrontements sont en cours à Clichy-sous-Bois, Bobigny, Neuilly-sur-Marne. D’autres ont eu lieu un peu plus tôt à Stains (Clos St Lazare) ou encore à Saint-Denis (Francs-Moisins)

Jeudi 9 février

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Affrontements à Bobigny, le 8 février 2017 au soir

L’IGPN a estimé qu’il n y avait pas eu viol sur Théo. Elle considère qu’il s’agit d’un "accident".

Vendredi 10 février

Un nouveau rassemblement en soutien est appelé ce vendredi à Paris, ce soir à 18H au forum des halles, Place Carrée.

Des affrontements ont encore eu lieu dans le 93 toute la nuit. On déplore 18 interpellations selon les médias. Des "violences urbaines" ont éclaté à l’Ile-Saint-Denis, Villepinte, Sevran, Noisy le grand, Bobigny et au blanc Mesnil.

Tous les jours, les comparutions immédiates et les peines continuent à pleuvoir (audiences à partir de 13h en salle 4 du TGI de Bobigny).

En Seine-et-Marne, une barricade a été montée à Villeparisis, des voitures ont été incendiées à Chelles et Noisiel et des poubelles à Bourron-Marlotte. Des affrontements ont eu lieu à Villeparisis et à Melun d’après le journal la Nouvelle Rébublique. 11 personnes arrêtées dans ce département : 8 mineurs à Villeparisis et un majeur à Noisiel, un autre à Melun et un troisième à Bourron-Marlotte.

Samedi 11 février

Un grand rassemblement a eu lieu devant le tribunal de Bobigny et les affrontements ont continué jusqu’à la tombée de la nuit.

À Noisy-le-Sec un magasin Décathlon a été pillé. 9 personnes ont été arrêtées.

Dimanche 12 février : retours sur le rassemblement à Bobigny

En soirée, des affrontements ont éclaté à Argenteuil (95).
La presse parle de 37 interpellations samedi soir dont une trentaine de GAV. Il est fort probable que certaines personnes passent ce lundi en comparution immédiate, restons solidaires face à la répression !

Notes

[1En France, le viol est défini par le Code pénal (article 222-23) comme "tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise". C’est un crime passible de la cour d’assises. On distingue le viol des autres agressions sexuelles à travers l’existence d’un acte de pénétration qui peut être vaginale, anale ou buccale. Cet acte peut être réalisé aussi bien avec une partie du corps (sexe, doigt, ...) qu’avec un objet.

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