Sur les deux rassemblements pour Théo à Ménilmontant

Réflexions à propos des deux rassemblements spontanés pour Théo à Ménilmontant.

Il faut dire les choses comme elles sont : ça fait maintenant deux soirées consécutives qu’à Paris nous ratons notre rassemblement en solidarité avec Théo et les habitant.e.s de Aulnay, deux soirées que nous sommes inaudibles parce qu’enfermés dans la pratique mal maîtrisée du pur et simple débordement des dispositifs policiers. Nous devons continuer à nous rassembler, mais plus stratégiquement et de façon plus appropriée.

Une chose est sûre, nous parvenons à nous rassembler et nous sommes nombreu.ses.x rapidement, au moins 500, si ce n’est plus.

Mais notre soutien, s’il prétend être public et collectif, ne peut pas consister dans le pur et simple débordement. Politiquement, c’est illogique, voir irresponsable. Hier soir mercredi, ce n’était qu’une petite minorité d’entre nous qui s’était équipée (masques et cie) dans le seul objectif de percer la nasse et de partir en manif sauvage. Cela signifie qu’une majorité était là pour autre chose, de façon complémentaire, mais qui manquait cruellement. Cela dit, mardi c’était pareil, sauf que l’idée ambiante était que ça aurait pu être mieux le lendemain... Mais mieux comment au fait ?

Ce rassemblement était une somme de groupes affinitaires, comme des raisins, tenus à la grappe du dispositif policier. A défaut d’être capables de se donner collectivement une forme d’intervention dans l’espace public, aux couleurs et aux sonorités de tous nos collectifs – formels ou informels – c’est le transfert de passivité généralisée qui circulait parmi nous. On s’en remettait tou.t.e.s aux quelques gens les plus « acti.ve/f.s » sur la place : ceulles qui renversaient/brûlaient les poubelles, qui cassaient du bitume, qui défonçaient une banque, qui prennent des risques et qui font ce que d’autres ne font pas, qui étaient aussi là pour Théo ou en leur nom ; mais qui ne mettaient pas en œuvre quelque chose d’inclusif, qui permettrait de faire participer tout le monde, de prendre le temps de l’occupation et du débat public, alors qu’on était pourtant tou.tte.s dans le même bateau.

À défaut de poser au sol de cette place deux grosses enceintes et un micro qui auraient pu porter la voix des victimes des violences policières à tous les bars, passants et habitants alentours, à défaut de proposer dans la rue ne serait-ce que la forme assemblée-de-rue/prises-de-paroles autours de la question des violences policières, bref à défaut d’occuper la place collectivement et d’une manière claire, nous tou.tte.s qui étions là avons suivi le mouvement. Tout ce manège, qui rappelle fort une manif du printemps, consistait pour nous tou.tte.s à suivre le mouvement, passivement, à l’intérieur de la nasse. Et quel mouvement... Le mouvement de l’in-forme : très peu collectif, très peu délibéré et organisé, très peu intelligible pour qui sait pas c’qui s’passe, quasi-folklo… On est rassemblé, on a une banderole, et c’est tout, la suite c’est : du slogan, une vitre de banque écaillée, une poubelle brûlée, des allés-retours entre les différentes lignes de flics, du gazage, du contrôle, des interpellations etc.

C’était la même chose mardi, sauf que hier soir y’avait encore moins de monde, c’était encore plus fliqué, le dispositif avait été renforcé, donc nous étions encore moins intelligibles, puisque toujours aussi peu en-commun dans une même pratique inclusive d’occupation de place, qui aurait pu mélanger revendication de justice et slogans anti-police, de toutes façons...

Ce qui augmente le degré de consternation dans tout ça, c’est que tout le monde se disait la même chose : « la manif sauvage c’est bien, mais après, d’abord on parle » ; « ça manque d’organisation » ; « ça serait bien des prises de paroles » ; « eh oui ! »…

Ces deux soirées running posent la question de la nature et des formes de notre « spontanéité ». Quand on dit « rassemblement spontané », c’est très bien, mais la spontanéité c’est pas juste la spontanéité de « moi et mes potes », mais – on essaye – celle de tout le monde. En même temps « moi et mes potes » on aime les manifs sauvages. Mais la spontanéité c’est un certain nombre de reflex pratiques collectifs, stratégiques, appropriés et inclusifs. Le cadre de manifestation, s’il prétend être « autonome », doit être inclusif, même sauvage en deuxième partie. Au moment de partir de la place, en manif sauvage, il suffit d’ouvrir les yeux : on n’est déjà plus le même nombre, y’a plein de gens qui décident de ne plus suivre, ou qui suivent de loin, plein de gens qui décident de ne pas « boire du sprite sa mère », à commencer par ceulles qui ne sont pas venu ou revenu.

Donc il n’est pas nécessaire d’avoir lu le Comité invisible, Debord ou Marx pour avoir conscience que, mardi et mercredi, il fallait tout simplement occuper la place avec le nombre – conséquent – qu’on est capable de rassembler sur Paris, deux gros haut parleurs, un micro, et quelques personnes pour échauffer les lieux. Ces personnes, d’hier et d’aujourd’hui en matière de violences policières, elles étaient là. Tout le monde était là, fidèle au poste. Mais trop désorganisé, dans l’expectative, suiveurs, les yeux rivés vers les lignes de flics.

Aussi, la faute n’est donc à mettre sur le compte de personne, puisque tout le monde attendait qu’une forme se mette en place, provienne de quelque part. Elle nous aura été donné exclusivement par ceulles qui ne concevaient ce rassemblement que sur le mode du débordement et de la manif sauvage.

Des points positifs ? Bien sûr qu’il y en a : on est capable de se rassembler à beaucoup de monde, en peu de temps, pour des causes légitimes et qui nous concerne, de près ou de loin. Le deuxième jour, il y a encore plus de journalistes que le premier. Le dispositif de police trouvent des raisons de se renforcer et de bloquer d’avantage la circulation, de se rendre visible et exposé à nos sentences populaires : les violeurs étaient là hier soir, exposés aux yeux de tout le monde, dans un quartier que nous connaissons tou.tte.s, que nous habitons et qui – on aurait pu le rappeler camarades ! – a vu mourir Lamine Dieng il y a dix ans dans des conditions semblables à celles d’Adama et de tant d’autres.

La prochaine fois on fait mieux que ça !

Pas de Justice, Pas de Paix !

Justice pour Théo et toutes les victimes de la police !


Une personne qui était là hier soir dans la nasse avec vous.

P.-S.

Pour la suite, il y a un appel à rassemblement IDF le samedi 11 février à 16h devant le tribunal de Bobigny !

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