Une soirée à 300 000 balles

Retour sur le blocage de Geodis Gennevilliers du 24 avril 2018 qui a réuni grêvistes de Geodis et soutiens.

Le mardi 24 avril à 19H50, 250 personnes sortent du métro Courtilles pour prendre la direction d’un des plus gros entrepôts du groupe Geodis en France, à l’entrée du Port Autonome de Gennevilliers. La foule est diverse, compacte et déterminée. On y retrouve des étudiant·es, des cheminot·es, des postier·es, des infirmier·es, des profs, des salarié·es en lutte d’Air France, de Monoprix et de la SNECMA, des retraité·es, des chômeur·ses et des précaires. Le pont de l’autoroute est franchi à marche rapide, pas de flics au rond-point. Alors qu’apparaissent déjà les premiers quais de chargement, les drapeaux et les banderoles sortent des sacs et les premiers slogans résonnent : « les patrons / ne comprennent qu’un langage / grèves, blocages, manifs sauvages ! ». Le groupe se divise en deux pour bloquer les portes d’entrée et de sortie des poids-lourds. À 20H00 tout est en place, l’entrepôt est paralysé.

Toutes et tous ont répondu à un appel lancé quelques jours auparavant, par SMS, avec la dose de mystère habituelle : « [Action de blocage] MARDI 24, convergence en acte, en soutien à un entrepôt logistique en lutte. RDV 19H Miromesnil, quai L9, dir. Pt-de-Sèvres. Action coordonnée par une Union Locale, des comités étudiants, des cheminots et la Plateforme d’Enquêtes Militantes. Barbec-sono. Faites tourner ! ».

Mais attendant le départ sur les quais de Miromesnil, une bonne partie des participant·es avait déjà compris que ce n’était pas la ligne 9 qui les attendait, mais la 13 direction banlieue nord. Car dans les semaines précédentes, beaucoup d’entre nous ont croisé les ouvriers Geodis en lutte : dans des AG de facs, des AG de gare, des rassemblements contre la répression, des manifs sauvages et des piquets de grève. La parole a tourné et on s’était donné le mot : « chez Geodis c’est la merde, il faut qu’on y aille ». À 19H00 pile, le groupe qui s’était formé sur le quai dépassait déjà le quota prévu pour l’action, obligeant les organisateur·trices à prendre de l’avance sur l’horaire prévu…un comble pour une organisation militante.

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Rencontres en mouvement

Ces rencontres ont été possibles parce que chacun·e s’est déplacé·e sur le terrain de l’autre. En septembre 2017, alors que la Loi Travail 2 passait en force, certain·es d’entre nous se sont rendu·e·s aux rassemblements appelés par les fédérations du transport sur le Port Autonome de Gennevilliers. Le tableau n’était pas très réjouissant : il manquait de monde et les fédérations syndicales ne semblaient pas très déterminées à perturber les flux de camions. Mais dans l’apathie ambiante, un petit groupe d’ouvriers en chasubles floquées Geodis sortaient clairement du lot. Ils en sortaient au sens propre, jusqu’à conduire une partie du groupe vers un autre rond-point pour perturber le trafic à seulement quelques-uns : « On n’est pas venu ici pour faire les beaux ! ».

Dans la même période, un groupe d’étudiant·es, de chômeur·ses, de précaires de la recherche et d’ailleurs, lance le projet d’une Plateforme d’Enquêtes Militantes. Dans la lignée de l’opéraïsme italien, l’idée consiste à faire de la co-recherche sur les luttes et avec les luttes, de ne pas chercher à produire un savoir abstrait mais plutôt de provoquer des échanges concrets, de tirer l’analyse vers l’intervention et inversement. Une partie d’entre eux décide de cibler le secteur logistique, certain·es ayant déjà fait de la recherche sur ces terrains, d’autres non, peu importe. Et début mars 2018, les Geodis ouvrent à nouveau une porte en lançant des appels à rassemblement devant leur entrepôt de Gennevilliers. On y retourne à trois, quatre personnes.

Dès les premières discussions, on comprend vite qu’on a des choses à construire ensemble. Les prises de parole des élus CGT de l’entrepôt dépassent largement les cadres du syndicalisme bureaucratique. Ils parlent de problèmes concrets et de solutions concrètes. La direction leur mène une guerre sans pitié en les convoquant les uns après les autres à des entretiens disciplinaires et en tapant les portefeuilles avec des mises à pied arbitraires. Les prise de paroles désignent clairement le conflit avec l’encadrement : « Ce sont des spécialistes de la terreur […] Ils sont devenus fous ». Les besoins sont tout aussi clairement identifiés : « Il faut relayer notre combat ». Et les solutions envisagées ont le mérite de retenir l’attention : « On va riposter ! Mais qu’est-ce qu’il leur faudra ? Bloquer l’entrepôt ? Bloquer l’A86 ? ». Il y a des idées comme ça, qui ne vous lâchent plus une fois prononcées.

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Convergence des buts

Relayer un combat, c’est tellement plus simple en période de mouvement social. Début février, ça commence à bouger sérieusement dans les facs, des occupations sont lancées à Tolbiac, Nanterre et Paris 8. On saute sur l’occasion pour organiser un peu partout des prises de paroles et des cours alternatifs, associant des ouvriers Geodis et des membres de la Plateforme. La première intervention, dans la Commune Libre de Tolbiac, a pour titre « Les entrepôts logistiques, un enjeu pour les luttes" [1], histoire de montrer qu’on n’est pas juste venu causer du cas Geodis mais aussi des perspectives qu’il peut ouvrir. Pour soutenir concrètement la lutte et histoire d’occuper les réseaux sociaux, une caisse de solidarité est lancée [2] et un article intitulé « Geodis c’est dégueulasse » est rédigé collectivement à partir des paroles échangées [3].

Le récit des Geodis fait mouche à chaque fois. Non seulement parce qu’il est énoncé avec humilité et détermination par les premiers concernés, mais aussi parce qu’il cristallise des éléments fondamentaux du mouvement en cours. Tout d’abord, Geodis est une filiale de la SNCF, une filiale qui fait de gros profits et qui concurrence directement le transport ferroviaire. Autrement dit, derrière les délires médiatiques autour de la dette du groupe public se cache une stratégie de démantèlement programmée depuis longtemps. Geodis, c’est aussi un rappel cinglant du fait que le monde ouvrier n’a pas disparu du paysage français, une partie des usines de production ayant juste été remplacée par des usines à colis qu’on appelle entrepôts [4]. Dans celui de Gennevilliers, les conditions de travail sont dignes du Moyen-Age et les salaires sont eux aussi restés figés dans le temps. Le recours à l’intérim est massif et l’acharnement antisyndical atteint des sommets. Les Loi Travail 1 et 2 n’ont fait qu’aggraver une situation déjà déplorable.

Mais les Geodis ne se sont pas contentés d’investir les facs occupées pour diffuser leur lutte. Plusieurs d’entre eux bougeaient rapidement sur place lorsque les menaces d’expulsions circulaient. Après l’intervention des flics à Tolbiac, ils sont présents au rassemblement et à la manif sauvage qui s’ensuit. Dans les cortèges contre la casse du rail, ils se joignent aux cheminot·es pour nous rappeler que l’organisation du travail à laquelle ils font face préfigure l’avenir d’un rail privatisé. Dans les actions des postier·es du 92, ils sont toujours en première ligne pour stopper un camion de livraison ou calmer un cadre un peu trop émotif. Solidaires avec les employé·es de Carrefour lors de leur mouvement national du 31 mars et avec celles et ceux de Monoprix les semaines suivantes, au taquet dans les nuages du 1er mai et pour les blocages de partiels…

Ce ne sont pas seulement des solidarités stratégiques qui se sont construites avec eux mais aussi des vraies amitiés. On n’a pas fait semblant de venir des mêmes quartiers, ou d’avoir les mêmes traditions militantes, mais des points communs ressortaient clairement dans les façons de lutter. Défenseurs d’une CGT révolutionnaire, les militants de l’entrepôt n’hésitent pas à adopter des modes d’actions offensifs. Ils ont déjà connu plusieurs blocages de leur plateforme, notamment avec le soutien d’une Union Locale, celle de Gennevilliers, où l’action directe reste conjuguée au présent. Ils revendiquent un syndicalisme décentralisé, autonome et se méfient de tout ce qui ressemble à une structure hiérarchique qui rappelle un peu trop le boulot. Plus rare, les Geodis ont constamment cherché à construire et à faire vivre des alliances avec des composantes habituellement séparées, discutant aussi bien avec des camarades de SUD qu’avec le mouvement autonome. Cette ouverture est en partie liée à la position qu’ils occupent dans les structures syndicales : dans la fédération du transport à laquelle ils appartiennent, les ouvriers de la logistique sont constamment mis de côté et bénéficient rarement des victoires obtenues par les chauffeurs routiers. Sauf que la force des contacts établis va bien au-delà d’une stratégie et s’appuie aussi sur des délires partagés qui passent aussi bien par le maniement d’un humour cash, d’une dérision à tout moment, que par la pratique du débat ouvert ou du corps à corps avec les CRS.

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S’organiser pour déborder le management

Bien implantés dans leur entrepôt, les militants Geodis sont néanmoins confrontés à un problème majeur : une grande majorité de la main d’œuvre est composée de travailleurs précaires. Il suffit qu’un intérimaire discute plus de deux minutes avec un élu CGT pour qu’il subisse la fameuse « fin de mission », un licenciement déguisé. Un mouvement de grève, même très suivi par les travailleurs stables, n’est donc pas suffisant pour stopper l’activité. D’autant plus que les directions, en étant prévenues à l’avance, peuvent facilement détourner une partie des flux vers des bases logistiques plus ou moins proches, à Bonneuil, Valenton ou Amiens par exemple. Ce recours intensif au travail précaire et cette flexibilité des organisations industrielles sont devenus des armes de dissuasion massives aux mains des patrons. Les cravatés de la logistique l’ont bien compris et déploient largement cette armada contre les luttes en entrepôt [5]. Ajoutez à ça une grosse dose de répression syndicale et vous comprendrez qu’un bon blocage - organisé par des soutiens et sans préavis - peut avoir son utilité. La loi interdit aux salariés de bloquer eux-mêmes leur lieu de travail, mais elle ne peut pas grand-chose contre des collectifs sans tête pensante ni statut administratif, rassemblant des salarié·es de tous secteurs, des syndiqué·es de tous bords et des précaires de tous les pays.

Reste à mettre les choses en place, le meilleur moyen étant de s’appuyer sur des précédents. Première base solide : la CGT locale a l’habitude de se déplacer sur la zone logistique pour y bloquer de l’entrepôt, en interpro de préférence. De nombreux militants du 92 ont déjà tenu des piquets devant Geodis (blocage en 2015 puis début 2018) ou bien devant la plateforme de tri postal située à deux pas (blocage en 2010). Au-delà de ce cercle, le Port Autonome de Gennevilliers n’est pas non plus méconnu. Fin avril 2016, une action d’envergure organisée par les membres de l’AG Interprofessionnelle de Saint-Denis avait déjà pris pour cible le rond-point d’accès à la zone. Plus qu’une connaissance des lieux, les grévistes dyonisiens ont transmis à bon nombre d’entre nous des façons de faire, ouvertes et efficaces : une organisation concrète déléguée à un petit groupe, la signature des SMS d’appel par des collectifs bien identifiés, le rassemblement sur un quai de métro pour éviter l’intervention policière en amont, ou le petit papier distribué en début d’action précisant que l’action est organisée « collectivement » et proposant des avocats de confiance en cas de pépin.

Pour un bon blocage, il faut aussi une bonne date. L’opposition contre la Loi Travail avait installé la coutume de partir en action chaque matinée des journées de grève interprofessionnelles. Mais le mouvement de 2018 a pris une autre forme, en suivant cette fois le rythme de la grève perlée des cheminot·es. Si cette stratégie d’une grève programmée à l’avance suscite de nombreux doutes, les journées fixées chaque semaine constituent au moins de bons points d’ancrage pour la mise en place d’actions. Dit autrement, l’action directe peut constituer un bon moyen de se réapproprier un calendrier de lutte décidé d’en haut. Pour ce qui est de l’horaire, l’entrepôt Geodis à l’avantage non négligeable de connaître un pic d’activité de 20H00 à minuit. Pour une fois, les bloqueur·euses n’auront donc pas besoin de faire sonner les réveils à 5 heures du mat’, comme c’est le cas quand il s’agit de bloquer un centre postal ou un dépôt RATP par exemple.

Il y a parfois des agendas qui s’emballent joyeusement. Lundi 23 avril, la veille du jour J à Gennevilliers, l’entrepôt Geodis de Montpellier est bloqué par un groupe de cheminot·es et d’étudiant·es. Le lendemain matin rebelote, l’entrepôt Geodis de Sotteville, en banlieue de Rouen, est investi par les camarades du rail. En région parisienne, celles et ceux qui ont compris que les mystérieux textos « [Action de blocage] » visaient la même entreprise ont le sourire aux lèvres. On se dit qu’un type sinistre, dans les bureaux du Ministère de l’Intérieur, doit chercher qui peut bien être le grand instigateur de cette salve anti-Géodis. Sauf qu’il n’y en a pas, Geodis est juste une cible idéale dans le contexte politique actuel. D’autant plus que le mois de mai pointe son nez et qu’on cherche désormais à faire déborder ailleurs les luttes lancées dans les facs, les gares, les hôpitaux…

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Blocage en acte

Débarquer à 250 dans une zone industrielle, en cortège et à marche rapide, procure déjà un certain plaisir. Armé·es de banderoles, fumigènes, drapeaux syndicaux et k-way noirs, l’enthousiasme est décuplé. Une fois le blocage installé, l’entassement progressif des poids-lourds sur les voies d’accès à la plateforme assurait le maintien d’une atmosphère jouissive, ambiance pause du règne capitaliste. À partir de 22H00, l’accès principal au Port Autonome de Gennevilliers était entièrement congestionné, histoire de nous rappeler que ce qu’on appelle un « port » est en fait une énorme zone logistique où les camions ont depuis longtemps pris le pas sur les embarcations fluviales. À 23H00, l’autoroute A86, artère centrale pour l’économie industrielle en Ile-de-France, était sérieusement ralentie. Preuve était faite que les flux qui nous gouvernent ne sont pas intouchables. Et les flics dans tout ça ? Ils ont débarqué avec un sérieux retard, un peu avant minuit, alors que nous étions déjà en train de remballer le matériel. Les pauvres étaient eux-mêmes empêtrés dans les bouchons, réduits à leur rôle premier : faire la circulation. Alors que le troupeau casqué se décidait enfin à charger, nous nous étions déjà faufilé·es par une voie ferrée désaffectée… ultime pied de nez à une infrastructure logistique qui a délaissé le rail public pour s’engouffrer dans le goudron.

Dans une manif, l’ennemi patronal est à distance. Le blocage procure quant à lui le plaisir de voir en direct un patron halluciné par la scène en cours, de l’entendre gueuler « Cassez-vous ! », cris d’impuissance face à un groupe qui prend ses aises devant les grilles de l’entrepôt. Accompagné d’un huissier qui ne peut que constater le bordel ambiant, un autre cadre nous prend pour « des gamins » et imagine qu’on s’est trompé d’endroit : « Vous ne savez pas ce que vous faites ici ». T’as pas lu la banderole gros malin ? C’est marqué « Logistique en lutte » dessus. Ça veut dire qu’on vient ici soutenir des camarades ouvriers qui combattent le régime d’exploitation en entrepôt. Ça veut aussi dire qu’on considère la logistique comme un domaine stratégique et qu’on ne compte pas laisser tes flux s’écouler tranquillement. En plus on est bien chez toi, les camarades sont partis chercher des merguez et les anciens de l’entrepôt ont allumé le barbecue. Il y a du son, des prises des paroles et on discute déjà de la suite. Celles et ceux qui participent pour la première fois à ce type d’action se disent que c’est finalement moins tendu qu’une après-midi dans le brouillard du cortège de tête et que les deux fonctionnent assez bien ensemble.

Les messages reçus les jours suivants font chaud au cœur tout en n’oubliant pas de souligner certaines limites : « Merci ! C’était un beau blocage. Manquait juste du houmous pour les vegan/végétariens ». On aurait aussi voulu en profiter pour créer des contacts avec les intérimaires de l’entrepôt mais on sait bien que la connexion est difficile vu la pression exercée par l’encadrement. Le blocage aura au moins permis de stopper le temps d’une soirée l’usure des corps à laquelle ils font face et de renvoyer sur les cadres la pression et la crainte qu’ils produisent habituellement. L’impact médiatique reste quant à lui limité, les médias dominants ne se donnant pas la peine de relayer ce type d’action au-delà du compte rendu des éditions locales [6]. Heureusement qu’on peut désormais compter sur nos propres relais, version texte [7] ou vidéo [8] . En revanche, l’impact économique ne fait aucun doute puisqu’on peut chiffrer une soirée de blocage chez Geodis à 300 000 euros minimum, sans compter les répercussions pour toutes les boites qui n’ont pas reçu leurs livraisons. La force du flux est aussi une de ses faiblesses : lorsqu’un point est touché les dégâts se propagent bien au-delà. Difficile de mesurer l’ampleur de la propagation, mais il parait qu’on parlait du blocage dans pas mal de boites à colis de la région parisienne, mais aussi à la sortie des écoles de Gennevilliers.

Dans une lutte aussi dure que celle qui est menée chez Geodis, le blocage est une nécessité mais les impacts à court termes sur le quotidien de l’entrepôt restent limités. Pour décharger sa rage, le patron a déchiré en petits morceaux les banderoles oubliées ce soir-là et les a déposés en lambeaux devant la porte du local syndical… c’est finalement une belle fin pour un outil de lutte. Si le climat social s’est apaisé dans les jours suivant, la direction relâchant un peu la pression, la réalité du modèle Geodis est vite revenu au premier plan. Quelques semaines plus tard, un intérimaire se fait écraser le pied sous une palette de pots d’échappement, une conséquence directe du travail dans l’urgence et du manque d’espace. Personne ne l’a revu depuis, il a été placé en fin de mission. Les insultes aussi ont repris de plus belle, comme dans cette vidéo filmée sur smartphone [9], où l’on peut voir le directeur régional des ressources humaines s’acharner sur un élu CGT : « T’as pas de couilles, t’as pas de couilles, t’as pas de couilles ». Mais du côté des luttes, on ne lâche rien non plus. Le 18 mai, les cheminot·es sont revenu· es bloquer l’entrepôt de Gennevilliers, sur un mode opératoire proche du précédent, accompagné·es de nombreux soutiens [10]. Et mardi 19 juin, un rassemblement est appelé devant l’entrepôt, à 11H30, contre la répression syndicale dans cette prison logistique.

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A poursuivre…

L’alignement des planètes qui a permis la réussite de ce blocage ne résulte pas seulement d’une conjoncture incertaine. En diffusant ce mode d’action dans les milieux militants et en instaurant les pratiques qui permettent son aboutissement, il est tout à fait possible d’en généraliser la pratique et donc d’en augmenter l’impact. Cela implique de construire sans relâche des liens avec les secteurs en lutte, un engagement dans la durée. Les mouvements sociaux facilitent et accélèrent les choses, mais il est important de trouver et de maintenir des espaces qui puissent permettre la continuité de ces rencontres. Occupées ou non, les facs peuvent être investies comme lieux d’échange dans ce but, ce qui permet par la même occasion de les reconnecter à des réalités sociales dont elles ont tendance à s’isoler. Dans ce processus, le blocage n’est pas seulement une finalité mais peut aussi être perçu comme un mode de renforcement du lien, puisqu’il implique concrètement des militant·es extérieur·es dans une tâche qui ne peut pas entièrement être prise en charge par les salarié·es eux-mêmes. Il permet ainsi de dépasser les postures attentistes qui figent nos mouvements, comme en 2009 ou en 2016 lorsque nous avions tou·tes les yeux rivés vers les cheminot·es ou les raffineur·ses et qu’on croisait les doigts pour qu’ils tiennent bon.

Pour autant, il ne faut pas détourner le regard au point de voir des possibilités de blocage ailleurs sans jamais regarder chez soi. Nous avons parfois trop tendance à croire que ce sont les autres – notamment les ouvrier·es – qui produisent le flux et à mettre de côté toute possibilité d’agir à partir de notre position propre. Ce sentiment de ne pas être totalement dans le coup est particulièrement présent chez les étudiant·es et les précaires bien que des mouvements passés et actuels démontrent le contraire. Occuper une agence Pôle Emploi [11] ou bloquer des examens [12], c’est mettre de sérieux bâtons dans les roues de la machine étatique. Le faire avec des salarié·es en lutte, c’est montrer que tout ça fonctionne ensemble et que c’est bien ensemble qu’on fera dysfonctionner ce système. Les blocages de partiels dans les universités, impliquant de nombreux secteurs en lutte, sont une preuve parmi d’autres que le blocage à vocation à se répandre partout. Il ouvre des espaces et des temps où s’expérimentent le renversement d’un ordre bien établi, mais pas si solide que ça [13].

Article publié sur le site de la plate forme d’enquète militante

Notes

[1L’intervention enregistrée par les camarades de l’Actualité des Luttes

[4Carlotta Benvegnù et David Gaborieau. « Produire le flux. L’entrepôt comme prolongement d’un monde industriel sous une forme logistique », Savoir/Agir, vol. 39, no. 1, 2017, pp. 66-72.

[5De ce fait, on peut désigner l’émergence de la logistique comme une « contre-révolution » dont l’une des finalités est de contourner les bastions des luttes ouvrières

[8Vidéo réalisée par Street Politics

[9Voir la page facebook CGTGeodis Calberson, publication du 29 juin 2018.

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