Répression et résistances au CRA de Lyon en août !

Une réunion de rentrée en au CICP a lieu le mercredi 11 septembre pour informer et organiser les mobilisations contre les prisons pour étrangers. Ci-dessous, un article du site « A bas les CRA » concernant les luttes lyonnaises durant le mois d’aout.

Après la dernière grosse lutte collective au centre de rétention de Lyon-Saint-Exupéry, la pref et les keufs ont déporté massivement et la justice a envoyé en prison des évadés et des leaders désignés.
Au milieu du mois d’août, les flics du CRA de Lyon ont tabassé les prisonniers après l’extinction des lumières à 22h. Le lendemain, les prisonniers se sont mis en grève de la faim pour protester. Le même jour, un prisonnier avait mis le feu à son matelas. Il a été jugé il y a quelques jours et condamné à 3 mois de prison ferme.
Nous relayons ici des témoignages (videos) de l’intérieur et des extraits du récit de l’audience.
Force et courage à tou·te·s les prisonnier·ère·s !

Jeudi 15 août au soir, les keufs ont éteint les lumières des cellules à 22h à la prison pour étranger·ère·s de Lyon-Saint-Exupéry. Peu après, ils sont rentrés et ont matraqué les personnes à l’intérieur, en blessant plusieurs sérieusement…
Une vidéo est sortie du CRA quelque temps après. Filmées le soir même, elles montrent la violence du tabassage organisé par les flics de la PAF.

lien vers les vidéos

Vendredi, le lendemain, la répression a continué dans le centre avec gazage massif à la lacrymo et le parcage des personnes dans la cour, puis de certains dans une cage dans cette même cour.
Les prisonnier·ère·s du centre de rétention (CRA) de Lyon ont alors entamé une grève de la faim.
La veille, un prisonnier du centre avait mis le feu à son matelas. L’affaire a été jugée quelques jours plus tard, sans prendre en compte le contexte et les conditions d’enfermement. Et au final, encore de la prison ferme.
Nous reproduisons ici le récit de l’audience initialement publié sur crametoncralyon.noblogs.org

« La juge procède à l’habituel épluchage de l’identité du prévenu et son ton suspicieux quant à la présence de l’interprète présage déjà de l’issue de l’audience… T. comparait “pour avoir à Colombier-Saugnieu le 15 août dernier détruit volontairement un bien, en l’espèce en mettant le feu à un matelas appartenant a priori au centre de rétention administrative, et ce en état de récidive légale”.

Le prévenu a reconnu les faits. Mais la juge ne peut s’empêcher d’y aller de sa propre interprétation scénique pour rendre l’histoire encore plus croustillante… Elle raconte donc qu’en plus il a été filmé, qu’on le voit très clairement sur la vidéo surveillance, qu’on voit très bien le déroulé, etc. (en même temps, avec près de 100 caméras dans tout le CRA, c’est difficile de les éviter, enfin sauf quand ça arrange les keuf.es bien sûr…). Elle conclut finalement : “Heureusement il n’y a pas eu de décès”. Cependant, madame semble étonnée par ce qu’elle considère comme le “contexte assez particulier” (mais en vrai tout à fait habituel) de cette soirée-là au sein du CRA… En fait, au moment de regagner leurs cellules, les détenus ont refusé et les flics les ont matraqués ; ce qu’elle traduira par “Au moment où chacun devait regagner sa chambre entre guillemets, il y a eu une opposition, un refus de la part des retenus, ça s’est un peu agité, il y a eu des violences, ce qui a donné lieu à cette réaction”.

T. a expliqué dans sa déclaration les raisons de son geste : des violences ayant été commises par les policier·ère·s sur d’autres détenus, une personne est blessée et perd du sang. Il signale la blessure, mais personne n’intervient. Pour alerter l’attention, il met le feu au matelas. “Y a d’autres manières moins dangereuses pour attirer l’attention”, rétorque-t-elle toujours aussi sarcastique… T. explique que pendant le temps de prière, les policier·ère·s s’amusaient à allumer, éteindre, allumer la lumière. La juge se réfère au PV des flics et joue les étonnées : “Y avait pas une panne d’électricité ?”…

Pour continuer dans la mauvaise foi, elle cherche d’autres arguments pour pouvoir le coincer… Elle se lance donc dans le décryptage psychologique de l’attitude de T. sur les vidéos ; et au cas où ce ne serait pas suffisant, elle invoque également ses antécédents judiciaires et finit, conquérante, par le coup de la culpabilisation : “Tout justifie donc que vous employiez des moyens aussi dangereux qui peuvent avoir des répercussions et des conséquences terribles ?”

C’est au tour du procureur d’entrer en scène : lui aussi s’attarde sur les éléments de personnalité, mais il manie surtout l’art de l’emphase : “C’est à trois reprises qu’il va s’en prendre à ce matelas”… Concernant la personne blessée, il commente “nous n’avons pas d’élément qui vient corroborer”. Il ressort lui aussi le coup de l’élec et parle d’un “incident technique”. Il conclut : “Rien ne peut justifier de tels troubles”, “Ce genre de comportement perturbe le fonctionnement du centre de rétention”. Il demande 3 mois fermes avec maintien en détention.

L’avocate de T. explique que compte tenu de ses antécédents, il savait ce qu’il risquait en mettant le feu, mais qu’il s’agit-là d’un “acte désespéré”.

La juge donne la parole à T. :

T. : “La personne qui était par terre saignait, elle était en danger de mort”
Juge : “Merci, la décision sera rendue à la prochaine suspension.”

Voilà, merci, au revoir.
Verdict : 3 mois de prison avec maintien en détention.
Un énième procès, une énième mascarade, une énième peine de prison. Les audiences défilent, mêmes scénarios, mêmes acteur·rice·s. On ne change pas une équipe qui gagne…

Mais gagner jusqu’à quand ?

Partout et tous les jours, dans les CRA de France et d’ailleurs, les prisonnier·ère·s se révoltent, luttent et se défendent (grèves de la faim, refus de rentrer en cellules, communiqués, etc.). Mais la résistance a un prix, c’est un énième prétexte à la surenchère dans la répression qu’il·elle·s subissent déjà au quotidien dans le système CRA. Car non, les “pannes d’électricité” n’existent pas dans les prisons de l’État, pas plus que n’existe la justice qui l’accompagne… »

À bas les CRA, à bas les frontières et soutien à tou·te·s les prisonnier·ère·s !

Pour rappel, assemblé de rentrée contre les prisons pour étranger·ère·s en Île-de-France le mercredi 11 septembre à 18h au CICP 21 ter, rue Voltaire, métro Rue des Boulets

Localisation : 11e arrondissement

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