Mort en garde à vue au commissariat d’Arpajon (Essonne) : procureur et experts au service de la version policière

Lucas M. est tombé dans le coma lors de sa garde-à-vue, il aurait tenté de se suicider par pendaison avec ses chaussettes, ou avec un lacet. On doit questionner dans cette affaire l’affirmation par le Procureur comme d’un fait établi par les experts médicaux, qu’il s’agit d’une pendaison, donc d’un suicide... d’une personne qui n’était nullement suicidaire. Il est vrai que dans ce cas la responsabilité des policiers est très réduite !

À la date du 14 août, un article de Médiapart "La justice ouvre une enquête sur la mort d’un homme en garde à vue pour excès de vitesse "par Cécile Andrzejewski, détaille les développements de l’enquête sur la mort de Lucas M.

Rappel des faits :

Comme le révélait Mediapart le 15 août, Lucas M. avait été arrêté en fin de journée le lundi 3 juillet pour un excès de vitesse à moto. Il est alors conduit au commissariat et placé en garde-à-vue.

Peu après 22 heures, des policiers se rendent au domicile de ce chef mécanicien et préviennent sa femme qu’il a commis une tentative de suicide par pendaison et qu’après un arrêt cardio-respiratoire il a été transporté à l’hôpital. Il aurait utilisé ses chaussettes pour mettre fin à ses jours, en les coinçant dans les trous d’aération de la porte de sa geôle de garde à vue. Dans le coma pendant plusieurs jours, il décède le 8 juillet.

Interventions de l’avocat de la famille, Maître Jean Tamalet :

Article de Libé
« Il y a de nombreuses incohérences dans ce dossier », pointe l’avocat de la famille, Jean Tamalet, à l’AFP. Selon lui, deux hypothèses sont possibles. Soit les policiers ont laissé entrer Lucas M. dans la cellule avec ses lacets de chaussures et il se serait pendu avec. Or, depuis 1963, pour prévenir les suicides, les lacets sont interdits aux gardés-à-vue. « Dans ce cas, ils ont commis une erreur et tenté de maquiller la scène ensuite », indique-t-il à Mediapart. Soit il s’agirait d’un acte de contention ou de coercition qui aurait mal tourné, à l’issue duquel Lucas M. aurait fini étranglé avec son polo. Une version écartée par le procureur d’Evry qui rappelle que l’autopsie a montré qu’il s’agissait d’une mort par pendaison.

Article du Monde
Pour l’avocat de sa famille, Jean Tamalet, le sillon visible autour du cou de Lucas M., large d’un à cinq millimètres, est trop fin et « incompatible avec l’utilisation de chaussettes ». « Tout est ouvert, poursuit-il. Je n’exclus pas un acte de contention mal maîtrisé dans lequel la personne est allongée au sol et tirée en arrière par le col de son polo. »

Analyse des faits : Mort par pendaison ??

"Sollicité, le procureur d’Évry, Eric Lallement, précise que si l’autopsie réalisée par deux experts a conclu à la mort par pendaison, elle n’a pas permis de déterminer si Lucas M. s’était donné la mort à l’aide d’un lacet ou d’une chaussette." Article du Monde, ci-dessus.

Là encore le procureur couvre la police en mettant en avant une affirmation (?) des médecins légistes. Ces derniers peuvent se prononcer sur ce qu’il observent sur le corps de la victime : des signes de strangulation sur la face antérieure du cou, peuvent-ils se prononcer sur la cause de ces constatations cliniques et déclarer qu’il s’agit d’une pendaison, donc d’un suicide ?
Quelle valeur de vérité le jugement des experts a-t-il, au-delà de leurs constations médicales ? Maître Tamalet réclame "des réponses techniques et scientifiques"

D’autant que cette pendaison semble complètement impossible, ci-dessous un extrait de l’article de Médiapart :
"Que s’est-il passé exactement ce soir-là dans la cellule ? « Vous voyez, les vitres de garde-à-vue ? Elles sont en Plexiglas, avec des trous pour l’aération. Lucas aurait accroché ses grosses chaussettes de sport, les aurait passées dans les trous d’aération des vitres en Plexiglas de sa cellule de garde à vue. Il se serait ensuite pendu en se penchant en avant », décrit maître Tamalet, l’avocat de la famille, se rapportant à la version livrée par la police à sa cliente." Ubuesque !!!

Les éléments scandaleusement répétitifs au service de l’impunité policière :

  • « Le 3 juillet, les caméras de surveillance du commissariat étaient en panne. »
  • Pas de témoins de l’interpellation dont Lucas M. n’a pas signé le procès-verbal.
  • Les déclarations du Procureur actant une mort par pendaison, élément qu’il prétend tenir des médecins légistes qui ont pratiqué l’autopsie.
  • « Certains membres du personnel soignant présents ce soir-là, qui avaient accepté de témoigner, n’ont pas encore été auditionnés. »

Des similitudes tragiques qui rappellent la mort aux mains de la police d’Amadou Koumé, d’Adama Traoré...

« Les médecins affirment que son cerveau a manqué d’oxygène entre 30 à 60 minutes. Or, les policiers nous disent qu’ils ne l’ont laissé seul que 15 minutes, que tout se passait bien, qu’ils discutaient même moto ensemble »

....ou encore la mort d’Ali Ziri

"Il n’y pas de trace de lutte selon le procureur, mais s’il était menotté dans le dos au moment de la manœuvre, il ne pouvait pas lutter. Il y a quand même des ecchymoses sur le bassin et sur les poignets, à l’endroit où on met les menottes. Plus une trace sur le sternum. "

L’hypothèse qui s’impose, par comparaison avec d’autres cas de mort suite à des interpellations "musclées", ce qui est le cas pour Lucas M. c’est l’utilisation d’une technique d’immobilisation létale (plaquage ventral), la victime se relève un moment ( ors du coup de téléphone à son épouse) puis entre dans le coma dans le fourgon ou en arrivant au Commissariat. Durant son immobilisation au sol, face contre terre, Lucas M. aurait pu être tiré par l’arrière de son polo, geste lui coupant le souffle, et ne laissant de trace que sur la face antérieure du cou.

En tous cas, la précipitation du procureur d’Évry, Éric Lallement, pour parler du "suicide" de Lucas M., nous rappelle celle du procureur de Pontoise, Yves Jannier à déclarer Adama Traoré atteint d’une grave infection, potentiellement mortelle !

Elise Languin, membre du Collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri.

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