La Cantine des Pyrénées - Sortir de l’isolement, renforcer la solidarité

Retour sur l’organisation de la solidarité en temps de confinement par le collectif de la Cantine des Pyrénées.

Après une semaine de réorganisation, nous avons repris l’atelier cantine en proposant de la nourriture à emporter. La réouverture, ainsi que ces distributions quotidiennes ont été uniquement rendues possibles grâce au soutien de la communauté de la Cantine et de toutes les personnes qui ont contribué à l’achat des fournitures par leurs dons. C’est cet appui sur les solidarités locales qui nous permet de préserver notre autonomie vis-à-vis des dispositifs d’urgence étatiques.

Ces initiatives permettent de rompre l’isolement et les comportements individualistes liés au confinement. Elles s’opposent au renforcement du contrôle de tous sur chacun, aux délations et à la répression policière. Car, progressivement, l’individualisme va devenir un mode de gestion de la crise auquel nous devrons opposer une solidarité quotidienne.

Après plus d’un mois de confinement, et plus que jamais, cette période nous apparaît comme un moment qui vient réactualiser les valeurs et les perspectives politiques portées par la Cantine : continuer à lutter contre les inégalités, l’exploitation, et encore davantage contre toutes les formes d’isolement et de dominations.

Cette période met en effet en lumière les inégalités sociales de notre société. Elle les exacerbe même. Selon notre position dans le système de production, notre genre, ou notre couleur de peau, le vécu du confinement varie du tout au tout. Être confiné dans un appartement confortable n’est pas la même chose que de l’être à cinq ou six dans un deux-pièces insalubre. Quant à celles et ceux qui vivent en foyer, en squat, à la rue, ou n’avaient qu’un travail non déclaré, la situation est catastrophique : depuis le 16 mars, ils n’ont plus rien pour survivre, la plupart des lieux de solidarité ont fermé, et faire la manche ou biffer s’avèrent impossibles. La surmortalité exceptionnelle de la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France, est à ce titre emblématique, puisque la plupart des personnes continuant à travailler sur le terrain – et donc à être exposées – vivent dans ce département. Les vies n’ont pas toutes la même valeur dans le capitalisme.

Les choix du gouvernement sont à cet égard éloquents et ne sont que la poursuite de la guerre économique menée depuis des décennies. Sous prétexte de la crise, il en profite pour démanteler encore plus le Code du travail et amplifie sa politique sécuritaire de contrôle toujours plus poussé des populations. S’il appelle à l’union sacrée derrière les soignants, nous n’oublions pas qu’il y a quelques semaines encore, il les faisait matraquer et gazer. En somme, la gestion de la crise par les gouvernements repose sur un calcul logique : il s’agit d’estimer le coût humain de l’épidémie pour maintenir en vie une économie fondée sur les inégalités et la misère.

Alors qu’on nous intime l’ordre de rester chez nous entre quatre murs, comment faire fonctionner la solidarité ?
Pour aller au-delà de la réponse humanitaire à l’urgence sanitaire et sociale, la communauté de la Cantine a mis en place différents outils :

  • Une distribution quotidienne de denrées alimentaires et de produits d’hygiène.
  • Une permanence téléphonique pour orienter les personnes isolées ou souffrant du confinement, qui redirige notamment vers la permanence d’assistance psychologique de la Cantine.
  • La mise à disposition de logements, pour répondre aux besoins les plus urgents.
  • Une documentation sur les structures d’aides et de soin encore ouvertes.
  • Un soutien juridique en particulier pour les contraintes nouvelles générées par les attestations de déplacement.
  • Des espaces numériques pour poursuivre les ateliers de cours de français, d’éducation populaire, ou encore permettre à celles et ceux qui viennent manger et cuisiner à la Cantine de rester en contact et de s’entraider.
  • Et enfin, davantage renforcer nos liens avec les autres collectifs locaux, les groupes de gilets jaunes mobilisés, les autres lieux autogérés. Il s’agit d’organiser les dons et les maraudes au niveau d’un immeuble, d’une rue, d’un quartier, ou d’un arrondissement, mais aussi d’amplifier les actions rompant l’isolement, comme les permanences psy ou les ateliers d’éducation populaire à la santé.

Au détour de nos conversations, et entre deux jets de gel hydroalcoolique, ce que nous remarquons chaque jour, ce sont les multiples gestes d’entraide. Ce sont celles et ceux qui viennent chercher à manger pour les autres, qui confectionnent des masques, qui nous apportent des montagnes d’attestations imprimées. Ce que nous observons tous les jours, ce qui se met en place localement dans de nombreux pays touchés par la crise, ce sont autant de nouvelles habitudes d’entraide, de nouvelles formes de solidarité qui viendront consolider notre force politique.

Le collectif de la Cantine des Pyrénées

Mots-clefs : cantine | coronavirus
Localisation : 20e arrondissement

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