BIG : Quelques mots sur les architectes d’Europacity

Une courte analyse des idées derrière le projet d’Europacity et de ses réalisateurs

BIG, le groupe d’architectes chargés du projet d’Europacity, c’est Bjarke Ingels Group. Et Bjarke Ingels c’est le nom de l’architecte danois à l’ego démesuré et au look easy et arrogant qu’on a le déplaisir de voir dans les vidéos publicitaires du projet, ou dans des autocélébrations semi-serieuses habillé en Dandy Skywalker. Il a étudié au Danemark et à Barcelone, vit à New York, et joint à son activité d’architecte celle d’enseignants dans des universités telles que Yale, Harvard, Rice, et Columbia.

Bjarke Skywalker

Sa compagnie, active depuis 2002, comptait en 2015 quatre-cents employés (source wikipedia). Elle s’est affirmée en 2005 en réalisant le VM Houses project de Ørestad à Copenhague, un projet ouvertement inspiré par les Unités d’Habitation de Le Corbusier. Elle est maintenant célèbre pour avoir réalisé le projet du quartier général de Google à Mountainview en Californie mais aussi celui des nouveaux gratte-ciels près de Ground Zero à New York.

Souvent leurs projets n’aboutissent pas, notamment les plus pharaoniques d’entre eux, comme celui d’un port maritime géant en forme d’étoile qui aurait dû remplacer tous les ports du Danemark (élaboré en 2003). Tendance qui ne a les pas empêché de voir toujours plus géant : une ville à débit énergétique zéro programmée dans les moindres détails (2004), un mega-complexe hôtelier à Dubai qui ressemble à un décor de science-fiction (2007), ou bien un masterplan d’un million de mètres carrés en Azerbaïdjan, inspiré rien de moins que par une chaîne de montagnes (2008).

BAW - The five pillars of Bawadi
ZIR - Zira Island masterplan

Plus récemment, la compagnie a projeté et réalisé différent gratte-ciels, musées et « espaces publics », surtout aux États Unis et au Danemark. Plusieurs projets se trouvent à la frontière de l’architecture proprement dite et de l’urbanisme : ça signifie que le problèmes dont ils sont censé s’occuper ne sont pas seulement structuraux, mais aussi sociaux. Ils ont, par exemple, réalisé une mosquée/musée de l’harmonie religieuse à Tirana et une MECA (maison de l’économie créative) en Auvergne, un centre de recyclage qui double comme parc à Copenhague, une ZOOtopia à Giuskud au Danemark ainsi que d’autres « écosystèmes artificiels » dont Europacity est une synthèse.

Is this a question ?

Dans un ouvrage en forme de BD et à l’esprit « rigolo » (Yes Is More, 2009), mais dont l’effet est plutôt agaçant, Ingels crâne et déploie son mantra néocapitaliste et son doublethink Orwellien. Selon lui la complaisance vers les acquéreurs est une action radicale et l’évolution est la forme plus propre de la révolution. Il ne faut pas choisir entre écologie et développement économique, les espaces privés peuvent faire fonction d’espace commun, pour avoir plus d’énergie alternative il faut consommer plus d’essence…
Ingels parle très ouvertement de ses principes technocratiques. Dans un entretien de 2010, année du premier projet pour Europacity, il définit l’architecture comme « l’art de traduire les structures immatérielles de la société – structures sociales, économiques et politiques – dans des structures physiques » (“Bjarke Ingels : A BIG architect with a mission”, TEDxAms, 2010).

Sa définition est très symptomatique et fort étrange. Pour lui on ne bâtit pas des maisons pour qu’on puisse les habiter mais avant tout pour matérialiser le foyer comme une unité de vie sociale. Il n’est pas question de construire une place où des dynamiques sociales quelconques puissent avoir lieu, mais de construire la place en tant que symbole de l’espace public, au-dehors donc de toute dynamique contestataire et au profit de l’image d’une communauté harmonieuse de citoyens consommateurs bons-enfants. Ce n’est pas pour les membres de la société qu’il construit, en effet, mais pour ceux qui s’arrogent le pouvoir de décider et imposer ce que la société est et doit être.

Dans la conception de Ingels, l’architecture est donc doublement un art du pouvoir. Parce que c’est une traduction physique de structures idéales de gouvernement, et parce que, même si elle se présente comme une simple traduction de l’existant, elle promeut et met en place une vision partielle et intéressée de la vie commune, la vision du capitalisme et des gouvernants.

Cette architecture n’est pas qu’une technique de construction, mais c’est aussi un pouvoir architectural et un projet disciplinaire de société. Ce n’est pas seulement de la planification urbaine et de la spéculation immobilière, mais aussi de la planification des relations sociales elles-mêmes : une forme de gouvernement qui s’ajoute et s’intègre au pouvoir de l’État et de l’argent, et qui les renforce.

Ainsi, si nous nous opposons à Europacity, ce n’est pas uniquement parce que on ne veut pas que l’on construise sur des terres arables du triangle de Gonesse qu’on voudrait utiliser autrement, mais aussi parce qu’on critique l’idéologie et la société dont il se fait porteur.

Nous nous opposons aussi à tout projet de gestion totale de l’espace commun sur l’étendue du Grand Paris, une stratégie dont Europacity est un élément exemplaire. Europacity est en effet conçu comme une version « en miniature » du Grand Paris : construit autour d’un centre, desservi par une boucle de transports et articulé à partir de différents pôles d’attraction. BIG est d’ailleurs en train d’expérimenter ce modèle urbain autour de Copenhague, dans un projet qui rassemblerait six villes. Ils appellent ça « Loop city »...

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