24 août 1944 : les anarchistes espagnols participent à la libération de Paris

Le 24 août 1944, des anarchistes espagnols participent à la libération de Paris.
Après avoir été internés en 1939 dans les camps de concentration français, puis utilisés comme main d’oeuvre à bon marché, un certain nombre d’anarchistes espagnols intègrent la résistance anti-nazie en France et en Afrique.
Avec leur expérience acquise durant la révolution espagnole, ils participent à des actions de guérilla au sein des maquis puis libèrent de nombreuses villes de l’occupant allemand et de la milice de Pétain.

Certaines unités comme "La Nueve" (9e compagnie de marche du Tchad, composée d’anarcho-syndicalistes espagnols), après avoir rejoint les "Forces Françaises Libres" participent à la libération de Paris.

À 20h41, les premiers half-tracks de la 2e Division Blindée de Leclerc (commandés par le capitaine Raymond Dronne) entrent dans la capitale insurgée, par la porte d’Italie.
Ils sont conduits par les anarchistes espagnols de la "Nueve", et portent les noms des batailles livrées en Espagne contre le franquisme (Guadalajara, Teruel, Brunete, Belchite, Ebro, Madrid, etc).
A 21h22, c’est le blindé "Guadalajara" qui le premier se présente devant l’Hôtel-de-Ville. Les Espagnols y sont accueillis en libérateurs.

"Nous avons été les premiers à entrer dans Paris. Le premier canon installé place de l’Hôtel de Ville, c’est moi qui en étais responsable, nous l’avions appelé "El Abuelo" (Le Grand-Père)." Jésus Abenza.

Anarchiste espagnol ! Je suis l’un des seize survivants de ceux qui sont entrés les premiers dans Paris. J’étais le plus jeune et j’avais une guitare. Le capitaine Dronne m’a dit : « Rico, ce n’est pas un régiment de mandolines ». J’ai caché ma guitare sur le tank.
Il n’était pas commode, nous non plus. C’est le seul qui a voulu de nous et nous de lui. Il parlait l’espagnol, nous on se débrouillait en français, mais le cœur y était.
Si bien qu’à la porte d’Italie, quand nous sommes arrivés et qu’une femme a crié : « Vive les Américains ! », un de mes camarades a répondu : « Non Señora Madame, yo soy un Français ». "Juan Rico"/Victor Baro.

Le 25 août, ils prennent part aux combats, comme sur la place de la République.

Après avoir défilé triomphalement sur les Champs-Élysées le 26 août devant le Général De Gaulle, ils poursuivront leur progression en Lorraine et en Alsace, libérant Strasbourg le 23 septembre. Ils prendront part également aux derniers combats en Allemagne notamment au QG d’Hitler à Berchtesgaden (Alpes bavaroises) où ce sont également les Espagnols qui entreront les premiers.

Par la suite, l’espoir de retourner en Espagne poursuivre la besogne restera vain, et De Gaulle ira jusqu’à interdire la presse antifranquiste dans les années soixante et à emprisonner des militants anarcho-syndicalistes espagnols.

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A l’occasion des 70 ans de la Libération de Paris de l’occupant nazi, on n’oubliera pas, cette année, l’action des antifascistes et libertaires espagnols qui y prirent part. L’association 24 août 1944 organise une série d’événements pour raconter cette histoire.

Colloque : « Révolution, guerre et exil des républicains espagnols »

Vendredi 22 août à 14 heures, salle Louise-Michel de la Bourse du Travail, 3, rue du Château-d’Eau, Paris 10e (métro République)

  • La Révolution sociale espagnole, par Frank Mintz ;
  • L’exil des républicains espagnols, par Geneviève Dreyfus-Armand et Marie Rafaneau-Boj ;
  • No Mataron sus Ideas : histoire d’un exil politique ou la lutte contre l’oubli, par Claire Pallas ;
  • Les combattants espagnols dans la résistance française et dans la Libération de Paris, par Véronique Salou et Guillaume Goutte.

Théâtre

Samedi 23 août à 20 heures, à la Parole errante, 9, rue François-Debergue, Montreuil (métro Croix-de-Chavaux)

  • La Nueve, mise en scène par Armand Gatti.

Marche commémorative

Dimanche 24 août, à 14 heures

  • Sur le chemin de la Nueve : depuis le square Hélène-Boucher, à porte d’Italie (Paris 13e) jusqu’à l’esplanade des Villes-Compagnons de la Libération (Paris 4e).

Et en septembre, rendez-vous au cinoche :

Vendredi 5 septembre à 20 heures Cinéma la Clef - métro Censier Daubenton

  • Bajo el signo libertario, Les. 1936. 16’
  • Contes de l’exil ordinaire, René Grando. 1989. 52’. Avec la présence de René Grando
  • La Nueve ou les oubliés de la victoire, Alberto Marquardt. 2009. 53’

P.-S.

En 2012 il y a eu quelques arrestations arbitraires au moment de la commémoration officielle devant la mairie de Paris : Voir : http://paris-luttes.info/24-aout-2012-pas-de-drapeau-noir.
Motif ? Un drapeau noir, c’est anti-républicain, voyez-vous.
Pour vous rassurer, un drapeau noir a plein d’autres atouts ; il est aussi antifasciste, anti-étatique, anti-pluie...

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