On n’Abadie-ne pas avec le nucléaire !

Mardi 13 juin, Pierre-Marie Abadie, le directeur général de l’Agence pour la gestion des déchets radioactifs, était accueilli dans les locaux de la revue Passages, situés dans une petite ruelle du riche 6e arrondissement parisien, pour parler de Bure et du projet de stockage Cigéo devant un parterre de nucléocrates conquis. Un groupe de bruyant.es enfarineur-euses a donc profité de l’occasion pour témoigner de sa solidarité avec les hiboux du Grand Est. Petit récit d’action.

Si l’on manquait encore d’exemple de l’extrême collusion (pour ne pas dire confusion) entre les industries du nucléaire civil et militaire, Pierre-Marie Abadie en est un bon. Ce polytechnicien décoré de l’ordre du mérite (s’il vous plaît !) a en effet travaillé comme conseiller pour les affaires industrielles auprès du ministère de la Défense et piloté des programmes d’armement, avant de prendre la tête de l’Andra en 2014. Certes ses collègues du centre Meuse – Haute-Marne (les Baillet, Mazoyer et autres Emmanuel Hance) l’ont un peu dépassé en réputation ces derniers mois, mais ce nucléocrate au costume austère et au regard vitreux n’en méritait pas moins sa petite demi-heure d’attention. Nous nous sommes employé.es à réparer l’injustice.

Fragments d’un discours amoureux (du nucléaire)

Comme nous aussi nos projets ont des phases pilotes, ce sont d’abord deux citoyennistes embusqués qui tâtent le terrain aux abords de la librairie Passages pour mieux cerner le public et l’ambiance. Cette première étape est l’occasion rêvée de voir défiler toute une clique de nucléocrates plus ou moins condescendant.es. Si vous n’avez jamais assisté à une réunion du lobby nucléaire, cela en vaut la peine. La chose a comme une odeur de vieille fRance…

Il y a d’abord cette bourgeoise en chapeau, médecin en santé publique, qui nous explique que, contrairement à nous, elle « vient d’une famille qui a fait la France » et que son père « a construit des écoles en Algérie » ; mais aussi – preuve qu’elle n’a rien à nous envier ! – qu’elle pourrait se passer du nucléaire car elle « a été scout », « sait faire du feu » et « ramasser des pissenlits » : de la graine de zadiste, on vous dit. Et puis derrière elle il y a cette cohorte de nucléocrates retraités dont l’âge n’a en rien entamé l’amour inconditionnel de l’atome : ex-responsables du CSM, de l’IRSN, du CEA, de l’ASN, de ceci ou de cela… toute une enfilade de technocrates sur le retour, à peine rajeunie par la présence de quelques chargés de projets chez EDF, d’une journaliste, et de deux ou trois étudiant.es égaré.es.

Les discussions avec tout ce beau monde sont indigestes. Certain.es s’illustrent néanmoins par leur honnêteté – et leur cynisme –, comme celui qui nous déclare qu’ « il n’y a pas de problèmes des déchets radioactifs, seulement un problème d’acceptation », ou encore que « oui, c’est vrai, il y a eu un programme de recherche visant à déposer les déchets au fond de l’océan. Mais écoutez-moi, vous allez bondir, mais c’était le meilleur endroit où les mettre : on a dû arrêter parce que c’était mal accepté par l’opinion publique ». D’autres brillent davantage dans la contradiction, comme celui qui nous vante la « parfaite légitimité démocratique » de l’industrie nucléaire, acquise par trois décisions parlementaires étalées sur une vingtaine d’année, tandis que son voisin sanglote que « le problème, c’est que tout le monde est contre... alors que c’est fiable ». Mais s’il n’y a pas de légitimité démocratique ou de transparence, c’est parce que « malgré tous [leurs] efforts pour organiser des débats publiques, il y a toujours des voyous pour les empêcher d’avoir lieu ou les censurer ! »

Enfin, on a le spécimen du nucléocrate paternaliste : « Le WIPP je l’ai visité, et je peux vous dire, je suis prêt à y retourner, et même à y emmener les enfants, c’est sans risque ». Un autre se vante de l’avoir visité trois fois. « Avant ou après l’accident ? » demandons nous. « Eh bien avant ! plus personne n’y va »… Nous voilà donc rassuré.e.s.

En tout cas, tous et toutes affichent le même mépris des « idées » : eux sont des experts et les idées, chacun le sait, c’est bon pour les bolcheviques. D’ailleurs, s’il y a jamais eu le moindre souci avec le nucléaire, c’est parce que « les Russes ont travaillé comme des cochons ». Cqfd.

Contre la douce quiétude des nucléocrates : farine et vuvuzela !

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Leur logorrhée s’est trouvée opportunément interrompue par l’enfarinage très réussi de Pierre-Marie Abadie (et d’un hippie en sarouel présent sur place), lequel arrivait nonchalamment devant la porte de la librairie sans se douter une seconde qu’on viendrait lui chercher noise à plus de 250km de Bure… « De Bure à Paris, prends ta farine ! » Le groupe frappe, filme et se disperse instantanément tandis que le directeur de l’Andra, enfin blanchi de ses méfaits, demande un tract anti-Cigéo pour se donner une contenance. Mission accomplie.

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La conférence commencera donc en retard et ne se déroulera au premier étage de la libraire que dans la cacophonie des percussions, trompes et slogans anti-cigéo. Eh oui, autant que la dispersion, le groupe maîtrisait le rassemblement bruyamment intempestif ! Une banderole est déployée et la vitrine de la librairie redécorée de quelques autocollants jaunes contre la poubelle nucléaire.

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Nous n’avons peut-être pas assez pris le temps d’expliquer l’action à tou.te.s les passant.es, mais nous recevons quand même ici et là quelques questions intéressées et mots de sympathie, et le conducteur d’un scooter salue la banderole d’un coup de klaxon. A l’intérieur de l’immeuble, les nucléocrates enragent, et nous rions de les imaginer.

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De Paris à Bure : résistance, sabotages, enfarinages !

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