Récit du Bastille-Bastille et de la manif sauvage partie sur l’avenue Daumesnil jeudi 23 juin

Le 23 juin contre la loi Travail et son monde était plutôt mal parti, focalisé sur un bras de fer entre la CGT et le gouvernement pour savoir si on allait manifester ou non, pour finir par se mettre d’accord sur une fausse manif... Le récit "Turn around" raconte bien l’ambiance de cette non-manif Bastille-Bastille, et un autre récit montre avec précision qu’à travers deux belles manifs sauvages cette journée ne se résume pas une simple défaite. Ici, nous revenons sur ce qui s’est passé à Bastille et juste après en direction de la gare de Lyon...

C’était l’état de siège dans le quartier de Bastille, pour la parodie de manif contre la loi Travail.

À 13h, le quartier de Bastille était déjà sous contrôle, la station de métro fermée. Un dispositif-traquenard était en place à Richard-Lenoir, où devait se trouver le RDV des comités d’action pour rejoindre Bastille à 14h ou partir en manif sauvage... Conséquence : RDV annulé. Trop de flics partout. Des contrôles à tous les coins de rue, c’est ambiance occupation policière totale, on savait déjà que ça serait différent des autres manifs, mais à ce point-là...

Sur le parcours de la "manif" et tout autour de la place de la Bastille, il y a bien sûr plein de flics anti-émeutes partout, à tous les croisements, et des grilles de police un peu partout aussi.

Le ridicule parcours autour du bassin de l’Arsenal est noir de monde, mais à quoi bon ? On était 20 000 selon les flics, 60 000 ou 65 000 selon FO ou la CGT... Dans le fond peu importe, on était sous contrôle.

Un petit groupe en noir réussit à enchaîner quelques tags au sein de la manif ("L’État n’est rien sans ses flics...", "État de siège ? Même pas peur ! La lutte continue !", "Nous sommes tous des hors-la-loi-travail", etc.) mais c’est clair que l’ambiance n’a rien à voir avec les manifs qu’on a connu depuis le début du mouvement.

Parmi les slogans chantés, on entend les bizarroïdes "Ou alors ça va péter, ça va péter !" par des cortèges où ça pète jamais rien même quand pas loin ça pète allègrement... Fatigant. On entend quand même quelques slogans plus (im)pertinents, du genre "État d’urgence, État policier, on ne nous empêchera pas de manifester", ou encore "Tout le monde déteste le PS".

Mais sans la configuration habituelle, c’est trop saoûlant de se retrouver dans les camions sono avec slogans à la con et pétage d’oreilles (y’en a qui ne pètent que ça : nos oreilles, et qui ne cassent que nos pieds...). Bref, cortège autonome de tête, steuplé, reviens vite !

Au final, Cazeneuve parlera de "conditions optimales" pour une manifestation. Haha, de son point de vue, c’est guère étonnant. Des interdictions de manif par dizaines, environ 100 arrestations dans la rue avant même la manif, une omniprésence policière encore jamais vue dans ce mouvement et des flics qui se lâchent ici et là... Bonjour les "conditions optimales" et la gueule de votre démocratie !

À l’arrivée, ou plutôt, de retour au point de départ, ça se frictionne un peu avec les flics anti-émeute du côté de la rue de Lyon, à la sortie de la place de la Bastille. Sur le trottoir à gauche, plusieurs personnes réussissent à passer le cordon de flics. Puis les flics resserrent les rangs pour empêcher tous les autres de passer. Parmi les gens qui ont réussi à passer, ça crie "manif sauvage", ça fait des signes aux autres d’avancer, ça pousse un peu mais pas trop. Toujours du côté gauche, ça force un peu plus, et les flics finissent pas se regrouper du côté droit, laissant passer un flot conséquent de gens (peut-être 500 à 800).

Il y a là pas mal de gens différents, des "autonomes", des sans-étiquette et des syndicalistes (Sud/Solidaires, notamment). Quand on se regroupe, les cris de joie résonnent, on lève les bras et on avance. C’est parti pour la manif sauvage, on ne perd pas de temps.

On prend à gauche sur l’avenue Daumesnil, trois ou quatre banderoles se placent en tête de cortège, on est enfin libres de manifester, et d’aller où on veut. Ouf !

Quelques slogans sont entonnés, dont un relativement agaçant "C’est qui les casseurs ? C’est eux les casseurs ! C’est qui la racaille ? C’est eux la racaille !" Mais c’est quoi ces termes, des insultes ? Y’a pas de honte à être considéré comme de la racaille par Sarkozy ou comme un casseur par Valls ! On les emmerde, et comme le disait un tag inscrit pendant la manif sauvage : "Nous sommes tous des casseurs". D’autres tags apparaissent au fil du parcours : "Flics, hors de nos vies", "Aux chiottes les flics" sur des toilettes publiques, "Pubs, hors de nos vies" sur des panneaux de pubs, "Hors la loi Travail" sur un bus, etc.

On continue d’avancer, jusqu’au comico central du XIIe. Là, on s’arrête. Quelqu’un explique au mégaphone que des syndicalistes (et d’autres...) ont été arrêtés et que ça peut être cool de s’arrêter devant le comico, en soutien. Et c’est vrai que ça a du sens. Mais en face et derrière, y’a du condé en nombre, et traîner là en mode statique à quelques centaines n’est sûrement pas la meilleure idée à avoir... En voyant les flics arriver devant, plusieurs dizaines de personnes commencent à bifurquer sur la gauche dans la rue de Rambouillet, mais le temps que ça se décide, pas mal de flics anti-émeute se mettent à courir pour doubler les manifestants et les nasser. Une quarantaine de personnes les esquivent, mais les autres restent bloqués sur l’avenue Daumesnil. Assez vite, d’autres trouvent un accès sur la droite et partent bloquer les voies ferrées de la gare de Lyon !

Alors que plusieurs trains étaient annoncés avec du retard, les flics ont fini par faire dégager les gens des voies à coups de lacrymo, puis tout un groupe a été nassé avant d’être éloigné puis relâché au fur et à mesure.

Malgré l’enthousiasme de cette manif sauvage, on a fini par manquer de mobilité. On a senti que tout le monde n’avait pas l’habitude de ce genre de moments... Pas grave, toutes les manifs sauvages sont différentes, en rythme, en intensité, en tout. Ce qui est sûr, c’est que ces moments-là sont à multiplier, à 100 ou à 100 000, la rue est à nous !

On se voit le 28, hein ? Et avant aussi, et après, tout le temps !

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