Pourquoi nous rejetons le citoyennisme

Que les choses soient claires, nous ne considérons pas notre positionnement sur cette question comme étant supérieur aux autres, ni comme le seul valable. Néanmoins, nous voulons apporter notre contribution au débat. Nous trouvons que la question du citoyennisme et des attitudes militantes qui s’y rapportent n’est pas, ou peu, posée frontalement (de même que d’autres questions, qui seront abordées dans de prochains textes), ceci sans doute par peur de faire tomber l’illusion de l’unité, et nous souhaitons faire la démonstration que la tendance hégémonique des discours emprunts de citoyennisme, loin de donner de la vigueur aux mouvements sociaux, les affaiblit considérablement.


Lorsqu’une association s’est cristallisée en société, elle a cessé d’être une association, vu que l’association est un acte continuel de réassociation. Elle est devenue une association à l’état d’arrêt, elle s’est figée. […] Elle n’est plus que le cadavre de l’association ; en un mot, elle est devenue société communauté.

Max Stirner, L’Unique et sa propriété, 1845

Nous entendons par « citoyennisme » la croyance selon laquelle on pourrait apprivoiser le capitalisme, par l’intermédiaire d’un État qui serait au service du « peuple » et qui serait susceptible – si on savait se doter de moyens de contrôles sur les « élus » – de venir à bout des diverses formes d’oppression découlant de l’activité capitaliste. Le plus souvent, comme source de tous nos maux, les discours citoyennistes ne mentionnent d’ailleurs que le « néo-libéralisme » ou « la finance » qui une fois maîtrisés (aux moyens de mesures d’État dont on aura préalablement repris les rênes) laisseraient place à une société « débarrassée du chômage » où s’épanouiraient des citoyens responsables, jouissant équitablement des bienfaits d’un capitalisme à visage humain. Au sein de cette vision du monde où la conscience de classe s’est éteinte, la démocratie, c’est-à-dire le régime politique le plus apte à la sauvegarde des intérêts bourgeois, est devenu le mode d’organisation indépassable des sociétés humaines. Des citoyens, toutes classes confondues battent le pavé unis par ce maître-mot, quand bien même un-e exploité-e aurait pour voisin-e de manif un cadre, un petit patron ou bien même son bailleur. Nul ne discerne plus les points d’émergences des rapports de domination. « Démocratie », ce mot résonne aux oreilles du citoyen comme la promesse de l’âge d’or du progrès social – moyennant quelque ajustement de formes . Et dans le temps où les citoyens négocient avec les pouvoirs publics telle ou telle revendication, l’État qui a réussi à se fondre en eux et à les assimiler au point de leur faire dire « l’État c’est nous », poursuit son rôle de courroie de transmission du capital et de fructification des intérêts bourgeois.

Les outils utilisés par les diverses organisations et individus propageant le citoyennisme sont, parmi d’autres, les manifestations « à slogans », les actions symboliques (ATTAC utilisant beaucoup ce genre d’action, ainsi que Nuit Debout, comme on a pu le voir ces derniers mois), les pétitions (dont certains sites comme Change.org ont fait un véritable business en revendant les informations des pétitionnaires à d’autres entreprises) et de manière générale, toute action favorisant la négociation avec l’État afin de satisfaire tout ou partie des revendications.

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