Nouvelle vague raciste et islamophobe en France [MAJ 19/11]

Mise à jour 19/11

Nous refusons que la solidarité avec les victimes des attentats et leurs proches soit le prétexte à des actes racistes et islamophobes, comme cela avait déjà été le cas après les attentats à Charlie Hebdo [1]
Nous condamnons l’amalgame entre terroristes et migrants ou réfugiés, encouragé par les mesures démagogiques de l’Etat (comme le contrôle des frontières) tout comme la récupération politique de ces événements tragiques pour effectuer un nouveau tour de vis sécuritaire (loi renseignement bis après janvier, état d’urgence aujourd’hui).
Nous ne nous reconnaissons pas dans l’union sacrée, les discours va-t-en-guerre, et le regain de nationalisme sur lequel surfent les grands groupes de communication (ainsi la déferlante de profils "bleu-blanc-rouge" encouragée par Facebook).
Car ces idées patriotes, islamophobes ou plus largement xénophobes, agitées depuis des mois par la classe politique ont des conséquences qui se traduisent en actes de violence sur le terrain.

En région parisienne :
Tandis que de nombreux propos islamophobes sont rapportés ou lus sur les réseaux sociaux [2], ainsi que de nombreuses menaces, lettres haineuses, dénonciations calomnieuses à la police, insultes, etc. certains passent à l’acte :

  • A Ermont, des individus ont cherché à mettre le feu à la mosquée Arrahma dans la nuit de mardi 17 à mercredi 18. Ils ont transporté une poubelle jusqu’à l’un des portails d’entrée du lieu de culte et l’ont ensuite incendiée entre trois et quatre heures du matin. Le conteneur a été entièrement détruit et les flammes ont endommagé la grille donnant accès à l’arrière de la mosquée. Le compteur gaz, tout proche, a heureusement résisté. Dans le même temps, le mur d’enceinte a été couvert, sur une quarantaine de mètres, d’inscriptions islamophobes et de croix gammées. Les fidèles ont découvert avec effroi ces dégradations à l’occasion de la première prière du matin. [3]
  • A Créteil, « une dizaine de croix et marques réalisées à la peinture rouge sang ont été découvertes ce samedi matin (14 novembre), à 5 h 30, par les fidèles musulmans qui se rendaient à la première prière dans la mosquée Sahaba, située à l’angle de la rue Jean-Gabin et de la voie d’accès à la route de Choisy. Apposées sur le sol, les murs, les panneaux d’indication, le menu du restaurant de la mosquée ou encore le parking adjacent, ces croix et marques rouges dégoulinantes n’étaient pas encore sèches lorsque les premiers fidèles sont arrivés à l’aube. » [4]
  • A noter aussi qu’à Aubervilliers, la porte de la mosquée a été cassée, des meubles renversés, des livres piétinés... par la police. D’aucuns diront que cette violence est normale eu égard aux modalités de perquisition permises par l’état d’urgence, reste quand même une question autour du fait que les responsables de la mosquée avaient proposé à la police de se servir des clés. [5]

Ailleurs en France :
De nombreux actes racistes ont été remontés, certains seulement sous la forme de témoignages bruts (comme au Mans ou à Bordeaux). Nous nous tenons ici au recensement de ceux pour lesquels l’information est vérifiée et mentionnée par la presse locale, en gardant à l’esprit que de nombreuses personnes choisissent de ne pas diffuser l’information ou de ne pas porter plainte auprès de la police :

  • A Cambrai, dans le Nord, le conducteur d’une voiture a tiré sur un homme d’origine turque, parce qu’il "avait une couleur de peau qui ne convenait pas au tireur", a indiqué le parquet. [6]
  • A Toulouse, en Haute-Garonne, une jeune femme musulmane, coiffée d’un foulard et enceinte de huit mois, a été violemment agressée mardi à Toulouse. Son agresseur lui a reproché de porter un hidjab cachant ses cheveux, a tiré sur son voile, l’a agrippée par les cheveux pour la jeter au sol, et il l’a frappée plusieurs fois. Il a été retenu au moment où il sortait un couteau. [7]
  • A Barantin, en Seine-Maritime, un kebab a été vandalisé et des pierres ont été jetées sur la voiture de livraison et la vitrine. [8]
  • A Blaye, en Gironde, une bande d’au moins cinq hommes ont attaqué le kebab "La Médina" dimanche 15 novembre. Vers 21 h 30, ces hommes sont arrivés en voiture et on proféré des menaces de mort et des insultes racistes envers le gérant et son épouse, ils ont crié à plusieurs reprises "sales arabes" et "terroristes". Ils étaient munis de plusieurs armes : batte de baseball, couteau, armes de poing et un ou plusieurs fusils, avec lesquels ils ont tiré sur la façade du restaurant. [9]
  • A Lyon, en Rhônes-Alpes, un jeune musulman a été agressé violemment par une dizaine d’individus issus d’un groupuscule radical identitaire. Le jeune Jassim, à peine 17 ans, a été lynché au sol pendant que les agresseurs se sont mis à lui crier « Islam hors de France ». C’est grâce à l’intervention d’un passant qui a dû lâcher son chien pour faire fuir les agresseurs que la vie de Jassim a été épargnée, il s’en sort avec des vertèbres brisées, des contusions et des hématomes et 30 jours d’ITT [10].
  • A Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, une femme musulmane s’est fait agresser à la sortie du métro Castellane, dans le centre-ville. Un homme âgé d’une vingtaine d’années se serait jeté sur elle, faisant le lien entre le voile qu’elle portait -un hijab, laissant le visage apparent- et les attentats de Paris avant de lui donner un coup de poing et un coup de cutter au thorax. La jeune femme a été conduite à l’hôpital. [11]

Déjà samedi 14 novembre, en marge des rassemblements en hommage aux victimes des attentats de Paris, avaient été repéré plusieurs perturbations dues à des groupuscules identitaires qui cherchent à exploiter le deuil pour exister politiquement.

  • A Lille, dans le Nord-Pas-de-Calais, où 500 personnes défilaient, une quinzaine de militants du Front national, portant des drapeaux tricolores, ont scandé : "Expulsons les islamistes" et fait éclater des pétards. Plusieurs manifestants les ont alors repoussés, en criant "Dehors les fachos", et les ont hués, avant qu’une quinzaine de CRS s’interposent en formant un cordon de sécurité, selon l’AFP [12].
  • A Pontivy, dans le Morbihan, le parti d’extrême droite breton Adsav a manifesté contre les migrants, réunissant 150 personnes au cri de « Breton, ouvre les yeux, ferme ta frontière ! » Un passant d’origine maghrébine a été frappé au sol par un groupe de militants d’extrême-droite. [13]
  • A Metz, en Moselle, une dizaine de militants identitaires ont perturbé le recueillement d’un demi-millier de personnes devant le monument aux morts avec des pétards, des fumigènes et une banderole proclamant "Expulsons les islamistes" [14].
  • A Reims, dans la Marne, un groupe d’une dizaine de personnes a perturbé l’hommage aux victimes. Il s’est positionné devant la cathédrale avec une grande banderole sur laquelle on pouvait lire : « On est chez nous islamisation hors de notre nation » en criant et en faisant des saluts nazis. [15]

On recense aussi un peu partout en France de nombreux tags islamophobes, et les cas de plusieurs mosquées vandalisées ont été remontés :

  • A Aubagne, près de Marseille, une tête de sanglier a été accrochée sur les grilles de la mosquée de la ville [16].
  • A Oloron, dans les Pyrénées-Atlantiques, des tags d’extrême droite faisant référence à la LVF [17], un groupe militaire collaborationniste de la seconde guerre mondiale, ont été écrits sur une boucherie halal et la mosquée de la ville.
  • A Pontarlier, en Franche-Comté, une croix gammée, et des tags « La France aux Français » et « Libéré la Gaule » ont été découverts sur les murs de la mosquée de la ville, déjà vandalisée à plusieurs reprises dans le passé. Du jambon a aussi été déposé devant le lieu de culte [18].
  • A Brest, dans le Finistère, dans la nuit de dimanche à lundi, deux coups de feux ont été entendus à proximité de la mosquée du quartier de Pontanezen, rapporte France Bleu Bretagne, citant la police. [19]
  • A Evreux, en Haute-Normandie, ville qui ne dispose pas de mosquée, des tags racistes « Mort aux musulmans », « la valise ou le cercueil » ont été inscrits sur la façade de la mairie et en différents endroits de la ville, a rapporté la municipalité samedi 14 novembre [20]

Ailleurs dans le monde :

  • Aux Pays-Bas, plusieurs mosquées ont également été la cible d’actes de malveillance, comme à Bergen-op-Zoom et Rosendael. [21]
  • En Allemagne, un centre d’hébergement pour réfugiés qui devaient ouvrir jeudi a été incendié [22].
  • En Angleterre, on rapporte plusieurs cas d’agressions racistes ou islamophobes dans le métro de Londres. [23]
  • A Peterborough, au Canada (Ontario), la mosquée de la ville a été touchée par un incendie, vraisemblablement d’origine criminelle [24]

Sources : Le Monde, Le Parisien, France Bleu, Rebellyon, le Midi Libre, le Républicain Lorrain, l’Est Républicain, Ostsee Zeitung, Confisionnisme.info, Europe 1, France 3, L’Express, The Telegraph, l’Union, le Nouvel Obs...

Notes

[2Voir aussi cette vidéo dans le RER.

[3Voir Le Parisien.

[4Ces actes d’intimidation ont des conséquences, l’article du Parisien précise : "Les activités cultuelles ont été préservées, mais les activités secondaires, comme les cours d’arabe ou de soutien, sont annulés jusqu’à nouvel ordre."

[5Voir France 24.

[6Voir l’Express qui publiait aussi cet article sur la montée de l’islamophobie post-Charlie.

[7Voir le Figaro.

[8Lu sur Normandie Actu

[9Voir France Bleu.

[10Interruption Temporaire de Travail. Voir bladi.net et Rebellyon.

[11Voir Libération qui renvoie dos-à-dos la xénophobie contre les musulmans et celle contre les juifs, un professeur d’histoire d’une école juive ayant également été agressé dans la rue. Si cette brève est consacrée à une veille plus spécifique sur les actes qui chercheraient à faire l’amalgame envers des musulmans ou des personnes d’origine maghrébine, nous condamnons évidemment tout aussi fortement les actes antisémites que les actes islamophobes.

[12Le dimanche 8 novembre, une manifestation anti-migrants avait déjà eu lieu à Calais, avec drapeaux bleu-blanc-rouge, banderole "non à l’islam", slogans xénophobes et insultes racites envers les passants.

[13Des voisins en ont témoigné sur France Bleu, comme cette commerçante située à proximité des lieux du drame : « non loin de notre magasin, un monsieur d’origine maghrébine a été pris par le col. six personnes l’ont mis à terre. C’était un défoulement sur lui. C’était déchirant, on ne pouvait pas lui porter assistance. Plus loin c’était exactement pareil. C’était de la violence et de la haine. On voyait qu’on était cerné dans la rue principale. Tous les magasins se sont fermés au fur et à mesure. On avait l’impression qu’on était en état de siège. C’était terrible, terrible… C’est une haine, une haine… Il y avait des jeunes mais aussi des quadragénaires. Ils disaient à la police et à la gendarmerie « on va les tuer, ils n’ont rien à faire ici ». Vraiment c’est la haine. » Un autre habitant a témoigné du désarroi des passants et du climat de terreur qui a régné hier dans la petite ville bretonne : « Les gens couraient, les gens criaient, c’était la panique. »

[14Voir les photos 14 à 25 sur la page du Républicain lorrain.

[15Voir l’Union.

[16Voir le Midi Libre, à noter que dans la nuit de dimanche à lundi, des individus ont tenté de mettre le feu à la mosquée de Lédignan, dans le Gard.

[17La Légion des volontaires français contre le bolchévisme (dite Légion des volontaires français ou LVF) est créée le 8 juillet 1941, 15 jours après le déclenchement de l’opération Barbarossa (l’invasion de l’URSS par l’Allemagne). Cette naissance est portée par une galaxie de partis collaborationnistes (notamment le RNP de Marcel Déat, le PPF de Jacques Doriot, et le MSR d’Eugène Deloncle). Elle est transformée un an plus tard en Légion tricolore. En 1944 elle est principalement intégrée à la Division SS Charlemagne. La LVF utilisait comme étendard le drapeau tricolore français.

[19Voir Libération, à noter aussi cet autre incident, moins grave. touchant la même mosquée, sachant qu’une association de riverains cherchent en parallèle à attaquer en justice le permis de construire de la mosquée et que la question doit être tranchée cette semaine.

[20Voir le Nouvel Obs.

[21Information reprise par Le Monde.

[22Voir le Ostsee Zeitung, en allemand.

[23Voir par exemple, The Telegraph, en anglais.

[24A noter aussi cette agression à Toronto où une mère de famille attendait près de l’école lorsque deux individus se sont approchés d’elle, les deux agresseurs ont commencé à insulter la femme voilée en la traitant de terroriste et l’ont sommée de « retourner dans son pays ». Les deux individus ont ensuite déchiré son hijab avant de lui prendre son argent et son téléphone portable et de prendre la fuite. La victime a quant à elle été transportée à l’hôpital pour des blessures mineures. Parallèlement à cette agression islamophobe, dans le même quartier, des graffitis ont été inscrits à l’entrée d’un immeuble où réside une famille musulmane. On pouvait y lire « Musulmans, retournez dans votre pays, on ne veut pas de vous ici ».

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