Briseurs de vies : Lettre ouverte à la direction de la CGT

A ceux qui ont failli m’enlever ma Mère. Harcèlement moral, à la CGT aussi.

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Cet article est une lettre envoyée par ma mère en 2009 au siège social de la CGT, à l’attention du Directeur des ressources humaines. Cette lettre restera sans réponse.

ASUL
263 rue de Paris
93100 MONTREUIL
Le 20 Novembre 2009

« A l’attention du Directeur des ressources humaines »

« Ce qui ne peut pas se dire, il ne faut surtout pas le taire, mais l’écrire » (Jacques DERRIDA)

Monsieur,

J’ai travaillé en tant qu’infirmière pendant trois ans, à la CGT. (en tant qu’infirmière du travail au siège social de la CGT à Montreuil) A l’époque, F.B était directeur de la SCER et D.R, DRH.

Le sens de ma démarche aujourd’hui, est en rapport avec la souffrance au travail dont on ne parlait pas à l’époque ainsi que de la vague de suicides à France Télécom et ailleurs.

Je peux le dire maintenant : j’ai voulu me suicider sur mon lieu de travail. Pour une infirmière, il n’est pas difficile de se procurer les produits pour l’injection létale et de se l’auto-administrer. Mais au moment de le faire, j’ai pensé à mon fils qui n’avait alors que quatre ans et dans un instinct de survie, j’ai jeté l’injection dans la poubelle.

Je me suis rendue en urgence chez mon psychiatre qui, sans hésiter, m’a faite hospitaliser dans son service, afin de me protéger de moi-même et de me soustraire provisoirement à des conditions professionnelles pathogènes.

Lorsque la direction de l’époque a reçu mon arrêt de travail sur papier à en-tête « hôpital spécialisé », j’ai eu droit à quelques sarcasmes. Quant à moi, la maladie ne m’a jamais fait rire, même si par ailleurs, je suis capable de pratiquer l’autodérision. Mais dans mon geste désespéré, il n’y avait plus de place pour l’autodérision.

Il est vrai que j’ai très souvent eu recours aux arrêts de maladie. Mais comme le dit Marie PEZE, qui avec Christophe DEJOURS, est une éminente spécialiste de la souffrance au travail, « Depuis des années, les pathologies du travail augmentent en gravité et l’arrêt maladie est la seule arme du médecin généraliste pour sortir un salarié au bord du suicide, de sa situation de travail ».

Je travaillais seule, sans contact avec les autres salariés, avec lesquels j’aurais pu créer des liens de solidarité et, de plus, mon rôle était dévalorisé. En effet, malgré mon diplôme de niveau Bac + 3, je n’avais pas un statut de cadre. D’autres, moins diplômés que moi, avait ce statut.

Plus grave encore, il m’a été dit de façon ironique, que je n’avais pas à subir les rythmes hospitaliers et l’on m’a demandé si dans mon infirmerie, je faisais du tricot. Quant au DRH de l’époque, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne faisait pas dans la dentelle !

S’il est exact que la pénibilité physique n’était pas comparable avec celle de l’hôpital, on ne peut pas en dire autant de la pénibilité psychique. Être seule face à l’urgence, être confrontée à la souffrance des autres, sont une source de stress important. De plus, j’appartenais à une catégorie particulièrement vulnérable, celle des femmes élevant seules leur enfant.

Autre exemple : chacun, sur la porte de son bureau et sur sa corbeille à courrier portait son nom. Sur les miennes, il était inscrit « infirmerie ». Bien qu’ayant changé de nom depuis, je ne me suis jamais appelée « Madame infirmerie ». Réduire un salarié à sa fonction, c’est le dépersonnaliser.

J’aurais souhaité un peu plus de respect, ce dont je n’ai jamais manqué à l’hôpital, que ce soit de la part de mes collègues infirmier(ère) ou de mes collègues médecins. Au lieu de cela, j’ai eu à subir une forme de harcèlement moral.

Heureusement, J.V, -médecin du travail-, était présente deux jours par semaine. Durant ces trois années, elle fût ma bouffée d’oxygène et c’est elle qui m’a aidée à me tenir la tête hors de l’eau. Elle était la seule personne à la CGT, à être courant de mes difficultés. De loin la plus humaine, elle était capable d’entendre sans juger et de plus, était tenue au secret médical. Aujourd’hui encore, je lui en suis infiniment reconnaissante.

Cependant, j’ai toujours appartenu à la CGT ; c’est le syndicat dans lequel je me retrouve le plus (retrouvais plutôt, si les choses étaient à refaire aujourd’hui je ne me serais certainement pas syndiquée à la CGT) et je défends le syndicalisme car c’est le seul outil des travailleurs pour se faire entendre. D’ailleurs, au moment des grandes grèves des infirmier(ères), j’étais dans la rue, même si, avec mes collègues, nous assurions un service minimum auprès des malades.

Donc, ne vous méprenez pas sur le sens de cette lettre : ce n’est pas la CGT dans son ensemble que je remets en cause, mais les agissements de deux ou trois personnes qui exerçaient un pouvoir despotique sur les salariés.

Je regrette profondément que cela se soit passé à la CGT dont le rôle est de défendre les travailleurs, à commencer par leurs propres salariés. Lorsque de telles pressions ont lieu dans des entreprises privées, vous êtes les premiers à les dénoncer. Or, vous pratiquez les mêmes méthodes et je le déplore.

Par exemple, lorsque j’avais cinq minutes de retard, on m’en faisait reproche . De même, ayant eu à passer un examen médical (sur certificat de mon médecin), il m’a été imposé de prendre sur mes jours de congés pour justifier mon absence.
Aujourd’hui, je fais le constat amer que votre comportement était celui d’un patron vis-à-vis de ses employés.

J’espère que vous lirez jusqu’au bout cette lettre un peu longue et que j’obtiendrai une réponse de votre part.

Je souhaiterais aussi que vous la fassiez parvenir à F.B et D.R.

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