Retours sur les blocages : Renouer avec l’action directe

On bloque tout !
Article d’analyse sur la force des blocages et des structures interprofessionnelles dans la lutte contre la loi travail.

  • l’exemple de l’AG interpro de Saint Denis-.

Récit de l’action de blocage des dépôts RATP le 2 juin, jour du démarrage de la grève chez les travailleur-euses de la RATP.
 
6h30, 70 personnes sortent du métro et courent vers une petite rue qui fait l’angle d’une grande avenue. La rue atteinte, le barrage commence : les bus sont arrêtés et empêchés de rejoindre l’avenue. Le blocage du dépôt de bus RATP des quartiers nord de Paris vient de démarrer, rencontre chaleureuse avec les grévistes du site qui viennent de se lancer dans la grève. On est le 2 juin et trois autres blocages de dépôt se tiennent en même temps : au Pré-Saint-Gervais, à Nanterre et à Paris. « Ils vont pas nous faire chier tous les jeudis » écrase le commissaire à ses collègues. La presse relaie l’action, et les articles contre la grève à la RATP pleuvent. La grève , elle tient allant de 30 % de grévistes à 70 % sur certains sites au démarrage. C’est la deuxième fois qu’un dépôt est bloqué par l’AG interprofessionnelle de Saint Denis depuis le début du mouvement
 
· La force des travailleuse-eurs c’est la grève !

La destruction du code du travail et la volonté de briser la résistance syndicale ont eu l’effet d’un ressort sur l’ensemble des exploité-es après des années d’asservissement : écrasez-nous et on vous explosera à la figure . Pour menacer les patrons et l’État, c’est au porte-feuille qu’il faut s’en prendre. L’action directe a eu un rôle moteur dans ce mouvement social, l’un des plus long de l’histoire. « Toute personne qui a pensé, ne serait-ce qu’une fois dans sa vie avoir droit de protester et a pris son courage à deux mains pour le faire, toute personne qui a revendiqué un droit seul ou avec d’autres a pratiqué l’action directe … Ces actions résultent des efforts spontanés de ceux qui se sentent opprimés par une situation donnée...elles sont contre les autorités légalement constituées et contre le droit de propriété ». tonne l’anarchiste féministe Voltairine de Cleyre au début du XXe siècle, la pertinence du constat est aujourd’hui sans appel. Le regain de l’action directe se fait sentir alors même que la dictature patronale s’installe sans faille sous bonne protection de l’État.

Les pratiques de lutte interprofessionnelle, anti-autoritaires et horizontales, ont été le cœur de la multiplication d’actions directes (blocages d’axes de transport, blocage de lieux de production...).
À Saint-Denis, ville populaire de 120 000 habitant-e-s, l’assemblée interprofessionnelle, soutenue par les unions locales Sud-Solidaires et CGT, a battu le fer pendant ces quatre mois de lutte. Elle réunie les agentEs de la ville , les enseignantEs, les travailleurs-euses de la RATP, des hôpitaux, les chômeur-euses, les étudiantEs, et précaires de plusieurs secteurs du privé. Son objectif est d’organiser toujours plus les travailleurEuses de Saint-Denis, dont une grande majorité travaille dans des secteurs privés où l’on subit déjà la « loi travail » (commerces, nettoyage, restauration…) et la division raciste du travail, et où les conditions de travail vont encore plus se dégrader. L’AG interpro s’est organisée en trois temps :

  • appels à la grève et organisation de la grève (caisse de grève...)
  • actions pour généraliser la grève (diffusion de tracts aux heures d’embauche, action de piquets de grévistes volant de boîtes en boîtes)
  • actions de blocages économiques, organisées au moins une fois par semaine par la commission action sous mandat et contrôle de l’assemblée de grévistes.

 La bonne organisation de ces actions, la décentralisation et la volonté de se fédérer avec les autres mouvements de lutte (participation aux assemblées de lutte de la région, renforts des sites bloqués par les grévistes...), ont été les points d’appui de coordinations efficaces. Quand dans les assemblées s’organisent des actions pour soutenir la grève des agents RATP ou du centre de tri, quand une cinquantaine de membres de l’AG interpro participent à la grande manifestation des cheminots en grève de la gare de l’Est à gare Saint-Lazare et occupent les voies avec les grévistes, quand des zones logistiques du 77 sont bloquées en coordination avec la commission grève générale de Nuit Debout Paris et l’assemblée de lutte de la bourse du travail, quand l’AG interpro apporte son soutien aux grévistes de Franprix St-Denis et des travailleuses de l’EPAD en proie à la répression.…

·  Bloquer le capitalisme

Le pouvoir des travailleuse-eurs réside dans leur capacité à paralyser la production pour stopper le rouleau compresseur capitaliste. Les actions de blocages de l’Ag interprofessionnelle dionysienne se sont resserrées autour des cibles patronales locales et régionales, des lieux de production et de circulation des richesse, comme autant de manières de marquer les consciences, de désigner directement qui sont les responsables, l’illégitimité de leur pouvoir sur leurs salarié-es, et le bloquer les gros flux de production.
C’est nous qui travaillons alors c’est nous qui décidons.
L’accès au port de Paris (à Genevilliers où transite 1 % du PIB national) a été bloqué a deux reprises directement et indirectement (blocage d’un pont d’accès). Tôt le matin, à l’heure d’embauche, le site du gros patrons local, Dubrac, qui concentre entre ses mains tous les marchés du BTP municipaux en même temps qu’il dirige le Medef 93 et 95, est bloqué et le principal accès barré de plusieurs banderoles.
Braquer Dubrac et tous les autres : l’hôtel 4 étoiles construit à l’occasion de l’Euro 2016, a été occupé et un pique-nique partagé entre tou-te-s les grévistes. Des piquets ont été organisés devant les gros sièges sociaux qui pullulent dans la Plaine. Ces actions de blocage ont aiguisé et renforcé la conscience de classe des travailleur-euses, et la causse anticapitaliste, en même temps qu’elles en ont amplifié le rapport de force.
Force vive de la lutte, ces actions ont mis en mouvement les structures intersyndicales départementales et régionales, qui ont pris en charge l’organisation et l’appel à blocage seulement dans la deuxième partie du mouvement. L’exemple du blocage de l’aéroport du Bourget à la fin du mois de juin, haut lieu des déplacements des élites capitalistes et politiciennes, puisqu’en moyenne navigue 1,5 voyageur par avion, à l’appel de l’intersyndicale CGT-SUD Solidaires-FO en est une belle illustration. « Dix, vingt ou trente personnes, qui s’entendent bien, qui sont bien organisées, qui savent où elles vont, peuvent en entraîner facilement cent, deux cent ou même plus » disait Bakounine. Dans la région parisienne, la combativité et la détermination de l’AG interpofessionnelle de St-Denis, a donné du courage à de nombreux collectifs de lutte.

Au-delà des actions de blocages, l’AG interpro a appelé à la grève en dehors des journées intersyndicales, dans le but d’accroître le mouvement et de populariser la grève. Des pratiques horizontales se sont installées et s’expérimentent. Pour chaque actions, des camarades référent-es s’activent pour assurer la bonne efficacité (avec les usager-es, les travailleur-euses non grévistes) et pour la sécurité face à la répression qui dès la deuxième action a tapé en plein cœur l’AG interpro avec l’arrestation de 140 personnes et la garde-à-vue de deux personnes blessées, dont l’un est en procès en automne.
 
·  Ni spontanéité, ni relâchement

L’expérience des pratiques anti-autoritaires, l’action directe par et dans la grève, ont façonné le pouvoir populaire. Celui-ci est la capacité du peuple (à savoir les travailleur-euses) d’agir sans hiérarchie, par l’autogestion dans la recherche de l’émancipation et pour atteindre des objectifs de lutte contre leurs exploiteurs. La culture de mobilisation interpro, contre les corporatismes ou les chapelles syndicales, et l’unité des luttes locales dans ce combat global ont été les ferments de la mobilisation. Les luttes dionysiennes des années passées ont agit comme une « gymnastique » (Malatesta), et entraîné la résistance, donnant des bases solides à l’AG interpro. D’année en années, les luttes s’accélèrent : l’année passée, tout Saint-Denis a été traversée du Nord au Sud par une lutte des écoles pour les moyens et le droit à éducation. Les 25 classes sans instit’ à la rentrée 2014 ont agit comme un feu de poudre tant sur les enseignantEs que sur les parents : grève reconductible, actions de blocages d’autoroute, occupation du lycée de la légion d’honneur et de l’inspection, séquestrations d’inspecteurs. Le mouvement local contre la loi « travail », s’est ainsi largement inspiré de ces modes d’actions directs. Celles et ceux des parents et instits qui luttaient hier ont relevé les manches au printemps. « À travers l’association, ils-elles apprennent à s’aider eux-même, à se connaître, à s’entraider les un-es les autres et finalement à créer une force plus redoutable que celle de toutes les bourgeoisies capitalistes et de tous les pouvoirs politiques réunis » (Bakounine).
 
·  La force du syndicalisme libertaire

De nombreux syndicalistes libertaires ont eu un rôle moteur dans l’AG interprofessionnelle dionysienne. La tradition syndicaliste libertaire a permis la mise en avant de l’action directe comme arme dans le rapport de force face au pouvoir patronal. Dès ses débuts, l’intervention des anarchistes dans les luttes syndicales et le mouvement ouvrier ont été décisives : création des bourses du travail, défense d’un syndicalisme d’industrie et du confédéralisme contre la verticalité et la hiérarchie, défense de la grève générale et de l’action directe. Cette empreinte majeure est présente jusqu’à maintenant : dans les statuts et pratiques confédérales de nombreux syndicats (CGT - même si depuis une15aines d’années c’est remis en cause –, dans la CNT..) , dans la dynamique des unions locales et les assemblées interprofessionnelles. L’appel « on bloque tout », à l’initiative de syndicalistes libertaires et auquel des militant-es de la CGA ont pris part, se veut le relais de cette défense de l’action directe. Nos regards et nos déterminations sont maintenant tournés vers la rentrée et ne s’étonnent pas que, et cela est inédit, le combat rejaillissent après le temps d’arrêt estival.

TouTEs en grève le 15 septembre, dans la rue et dans les AG de lutte !
 
Des syndicalistes libertaires de la CGA – Région parisienne

Pour une analyse plus poussée des luttes dans le monde du travail, voir notre motion :

http://www.c-g-a.org/content/quelle-est-notre-position-sur-les-syndicats

P.-S.

Nous contacter : region-parisienne@c-g-a.org

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et sur notre site : www.cga-rp.org

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