Les groupes Medvedkine : quand le cinéma est militant

Retour sur les groupes Medvedkine, expérience sociale, militante et cinématographique (1967-1974).

Des ouvriers de Besançon et de Sochaux, formés au cinéma par une poignée de techniciens du cinéma et des cinéastes militants comme Chris Marker, Joris Ivens ou J-L Godard choisissent de s’associer librement sous le nom de groupes Medvedkine [1] et de consacrer du temps, de l’énergie, de la réflexion, à faire des films ensemble, à décrire les conditions de vie des ouvriers et leurs revendications.

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De cette expérience, restent quelques heures de films documentaire sur la fin d’une utopie prolétaire. Plus précisément, six heures de films et sept années où les travailleurs se réapproprient le cinéma, en le détournant de son instrumentalisation bourgeoise. D’un outil pour « abrutir les masses », les ouvriers le transforment en témoignages de leur vie.

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Regarder les films :

Besançon

À bientôt, j’espère (Chris Marker et Mario Marret, 1967-1968)

« Aux patrons, parce que la solidarité, vous savez pas ce que c’est, on vous aura et à bientôt j’espère. »

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Chris Marker filme la grève dans la filature de Rhodiaceta (groupe Rhônes-Poulenc) de Besançon en 1967, à la demande de Pol Cèbe, bibliothécaire de l’usine qui envisage un projet où les ouvriers pourraient prendre en main leur émancipation par la réappropriation d’une culture détenue par la bourgeoisie.

La Charnière (son seul, 1968)

« Une bande-son sans images. Cet enregistrement sonore restitue la réaction à chaud des ouvriers lors de la projection d’A bientôt j’espère de Chris Marker et Mario Marret. Le réalisateur recueille nombre de griefs. Le « film » s’ouvre sur un ouvrier criant au scandale : « Le réalisateur, c’est un incapable (…) c’est l’exploitation des travailleurs de Rhodia par des gens qui luttent contre le capitalisme ». Cette bande-son se termine par cette phrase de Mario Marret : « On n’a pas besoin de sortir de l’IDHEC ou de Vaugirard pour faire de l’audiovisuel ».

Classe de lutte (1968)

Le premier film réalisé par les ouvriers du Groupe Medvedkine. Il suit la création d’une section syndicale CGT dans une usine d’horlogerie par une ouvrière dont c’est le premier travail militant en 1968. Comment Suzanne réussit à mobiliser les autres femmes de l’entreprise, malgré la méfiance des autres dirigeants syndicaux et les intimidations du patronat ?

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Rhodia 4/8 (1969)

Colette Magny accompagne en chanson les images de ce film.

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L’expérience du travail est la même pour les ouvriers, embauchés à Kelton ou à Augé. Aux questions posées, les mêmes réponses et cet épuisement physique et moral.
"À quelle heure embauchez-vous ?", "à quelle heure rentrez-vous chez vous ?"… "5h00", "20h00" répondent-ils tous en chœur, "on bouffe et on va au lit".

Nouvelle société 5, « Kelton » (1969)
Les conditions de travail dans l’horlogerie Kelton-Timex : les ouvrières travaillant comme des marionnettes, les évanouissements, les accidents et en guise de prime de la « Nouvelle Société », Sylvie Vartan venant chanter à l’atelier…

Nouvelle société 6, « Biscuiterie Buhler » (1969)

Une petite fille dont la mère travaille à la biscuiterie Bulher et le père est routier, raconte sa vie. Une vie familiale désagrégée par le travail. Le monde des travailleurs vu à travers les yeux de leurs enfants.

Nouvelle société 7, « Augé découpage » (1970)

Dans une usine de contacteurs électroniques, les conséquences sur la vie des ouvriers, de la pression des grandes entreprises sur les petites : les cadences s’accélèrent, la tension monte, les accidents deviennent plus fréquents et plus graves ; un ouvrier perd sa main dans une presse.

Lettre à mon ami Pol Cèbe (Michel Desrois, 1971)

Le Traîneau-échelle (Jean-Pierre Thiébaud, 1971)

Poème accompagné de photos du réalisateur.

Sochaux

Sochaux, 11 juin 1968 (1970)

11 juin 68 !
22e jour de grève à Peugeot Sochaux, 4 heures du matin. Les ouvriers de grève qui viennent relever les piquets de grève trouvent leurs camarades matraqués. En une journée, 150 blessés, 2 morts.

Les Trois-quarts de la vie (1971)
Week-end à Sochaux (1971-1972)
Avec le sang des autres (Bruno Muel, 1974)

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Robert Peugeot, le château Peugeot, l’usine Peugeot… Peugeot est partout, Peugeot organise la région autour de l’usine, pas de villes mais ces cités dortoirs d’ouvriers. Une déshumanisation où les ouvriers isolés dans le Doubs par leurs travail à la chaîne ont cette sensation que Peugeot leur bouffe les mains. L’esclavage de la chaîne, au-delà du vol du travail, la spoliation de tous les aspects de la vie du travailleur, dans une ville, des magasins, des transports, des distractions qui tous appartenaient à l’empire Peugeot.

Septembre chilien (Bruno Muel et Théo Robichet, 1973)

En 1973, les réalisateurs se rendent à Santiago du Chili et filment la ville.
"J’ai appris la nouvelle du coup d’État par la radio, le matin du 12 septembre 1973, et j’ai pris la décision de partir filmer au Chili. J’ai appelé Théo Robichet, avec la certitude qu’il serait d’accord. Théo était preneur de son, j’étais preneur d’images. Nous étions à l’époque engagés dans l’aventure des groupes Medvedkine, lancée en 1967 à Besançon par Chris Marker et qui se poursuivait à Sochaux. Avec nos amis, ouvriers à la chaîne chez Peugeot, comme dans tous les groupes militants, nous parlions souvent du Chili. Ce qui se passait là-bas nous était proche." (Bruno Muel)

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En plus :
Un son de Arte radio sur les groupes Medvedkine http://www.arteradio.com/son/243/gr...

P.-S.

Les témoignages autour de l’expérience des groupes Medvedkine sont les bienvenus !
Si des témoins, acteurs, techniciens, cinéastes veulent raconter leur expérience, pratique autour de ces groupes, qu’ils/elles contactent par mail Paris-luttes :
paris-luttes-infos@riseup.net

Notes

[1(En 1932, le cinéaste Alexandre Medvedkine est celui qui a créé le cinéma-train, méthode qui consistait à prendre le train, et à filmer la population rencontrée sur le trajet ou / où les ouvriers, paysans et autres forces vives soviétiques visionnent le jour même le film tourné comme du cinéma direct.)

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