La lutte continue : solidarités, mobilisations contre les violences d’État et policières au service du patronat

Samedi 28 janvier 2017, la manifestation de condamnation des violences policières, injustices et de revendications des alternatives autogestionnaires, squat, ZADs a réuni 750 personnes approximativement à Paris. Impressions, paroles recueillies lors de la manif.

Le défilé du cortège de la place la République jusqu’à la place du Châtelet a été précédé par une heure de prises de paroles éloquentes à République par certains représentants du mouvement social : Urgence Notre Police Assassine (Unpa), les résidents expulsés de Salamatane à Montreuil, la coordination contre les violences policières, Nuit Debout, les ZAD, les arts vivants et leur promotion par la Compagnie Jolie Môme...
Le cortège s’est vu opposer le barrage du pont vers la Cité par un blocage de camions de CRS et s’est dispersé dans le plus grand calme vers 16h.

Lors de la manifestation, les échanges avec les manifestantes et manifestants revendicatifs ont permis de recueillir trois témoignages relativement évocateurs.
Environ vingt ans, Noémie [les prénoms ont été changés] a tout d’abord tenu à exprimer « le désolement » général quand on doit déplorer « comment la police nous traite », les contestataires innovateurs du social et sociétal. Elle a poursuivi en faisant le constat « d’une violence disproportionnée, la violence d’État légale ». À l’attention du corps de la police nationale, elle entend déclarer « qu’il faut qu’ils fassent attention ». Elle a évoqué la mémoire d’Adama Traoré, en mettant en avant le harcèlement policier et judiciaire contre sa famille, organisé « par une justice corrompue », recevant très certainement « des pots de vin ». Dans ce sens elle rappelle la tutelle de la Cour de Cassation imposée par le pouvoir exécutif, signifiée « par la récente lettre du ministère de la justice à la Cour de Cassation signifiant les devoirs » de cette dernière à l’égard du gouvernement. Ceci « porte atteinte à l’intégrité de la justice », alors que les financements de l’État par la corruption du patronat imposent la clairvoyance de considérer les collusions entre « la justice et le patronat ». Elle fait le parallèle « tout comme il y a une inégalité devant l’impôt, il y a une inégalité devant la justice » au prix de « la vérité ». Elle conclut « on ne pourra jamais savoir la vérité ».

Homme d’un peu moins de quarante ans, Charles, exprime « son appréhension vis à vis de la police », mais selon lui « distingue les différentes polices entre les hargneux déchaînés de la bac et la police municipale ». Il s’interroge pour savoir si « elles sont toutes condamnables ». En revanche il dénonce les discriminations permanentes des polices selon les personnes à qui elles s’adressent. De même que leur déploiement « est trop nombreux pendant les manifestations ». Lors de celles-ci il évoque le déséquilibre entre « plaintes de la police [pour un jour d’interruption du temps de travail par exemple] les décisions de justice qui font suite et [le déferlement] de violences que les manifestants subissent » impunément. « Ils font à la manière de mater la lutte ». Il insiste en disant que « les policiers doivent garder leur sang froid ».

Toute personne n’est pas encore parvenue à détester l’institution policière. Aurélie, étudiante en cinéma pratique esthétique à Paris, affirme sa déception « par rapport à la justice ». Elle tranche « j’ai fait un peu de droit quand j’étais au lycée et ce n’est jamais la même justice pour tous ». Toutefois elle nuance, avançant qu’elle n’est « pas tout à fait d’accord avec les slogans »tout le monde déteste la police«  ». En effet en tant qu’administrée, elle a eu besoin de recourir aux services de la police dans le cadre d’un vol. Même si elle reconnaît que cette affaire aussi « a peut être été plus simple » à cause de sa couleur de peau.

Les combats de fond

Un peu plus tôt les portes-paroles des luttes dont la marche a été une des convergence se sont passés le relais sur la place de la République.

Tout d’abord la place a été faite à l’analyse de la misère, par le premier orateur, Toni, un des piliers de la coordination anti-répression, organisatrice de la manifestation du jour. « C’est la misère qu’on condamne. C’est la misère qui est dans les prisons. Camarades ». Et la justice a un prix à la misère : « la justice ça coûte cher, un appel un témoin 200 euros ».

Poursuivant, par une autre voix, celle d’une oratrice communicative, significative, un peu plus de 50 ans d’histoire, vêtue de noir, Fatima : « les violences policières qu’on commet dans les quartiers populaires depuis longtemps. 15 morts [innocentes] assassinés par la police par an [impunément]. Un œil crevé, une mutilation. Il ne faut pas faire de déni de certaines oppressions, du racisme. L’assassinat d’Adama Traoré est raciste. Il faut relaxer tous ceux qui dans les quartiers populaires sont condamnés pour »outrages et rébellions« tous les jours. »
L’oratrice apprend des chiffres éloquents au sujet « des femmes de Fleury Mérogis, la prison, payées 45 euros par mois pour un travail de 5 heures par jours. 5 euros la demie journée de travail. »
Aussi l’oratrice a continué, se référant « à la loi passée la nuit de mercredi dernier. Le permis de tuer accordé à la police, pour les mettre à égalité avec la gendarmerie par la redéfinition de la légitime défense. »
Et un des orateurs suivants, Gérôme, casquette grise XIXe siècle ouvrier vissée sur la tête, de décliner les morts les plus récentes : « Un mort dans un commissariat. La mort d’une personne qui se serait suicidée dans un camion de gendarmes ». La catégorie de ces morts doit être qualifiée « de meurtres policiers », « la répression raciste ». Il prévient : « la campagne présidentielle est pavée de racisme et d’islamophobie ».

Les sdf de plus en plus victimes de violences policières à Paris

En solidarité, le tour de parole a permis un témoignage d’un SDF, David, manifestant la morsure du froid hivernal, à la veste bleue portant les marques du sommeil à même le sol. Il raconte l’injustice fréquente qu’il vient de subir : « J’étais en train de dormir. Deux policiers sont arrivés et ont commencé à me donner des coups de pieds pour me réveiller. Et ce qui devait arriver arriva : un des deux chiens qui dormaient aussi dans le duvet s’est échappé et a mordu le doigt d’un des policiers. Pour me défendre ! Mes deux chiens ont été euthanasiés ».

La convergence des luttes : se mobiliser

Des luttes essentielles à la société et la construction du futur à venir sont appelées à être rejointes : la ZAD évidemment, et dans le même esprit de défense du patrimoine mondial planétaire de l’humanité la convergence vers le site de la forêt de Bure en Lorraine. Il faut empêcher l’enfouissement irresponsable et inconscient des déchets nucléaires à la durée de nocivité et de pollution à la toxicité irréversible et incommensurable pendant 200 millions d’années. Le théâtre de ce combat se joue à deux centaines de kilomètres du bassin francilien.

Plusieurs dates d’appel au rassemblement en célébration de la convergence des luttes ont été lancées. La prochaine est ce samedi 4 février 2017 devant la mairie de Montreuil à 14h30 en soutien aux travailleurs immigrés sans papiers victimes de harcèlements notamment policiers.
Les travailleurs du chantier Vinci des Halles, des ressortissants polonais, sont exposés à l’amiante, vivent des conditions de travail déplorables et ne sont pas payés depuis des mois, comme l’a relayé une militante d’une cinquantaine d’années, Patricia, déterminée a faire valoir l’intérêt « de visiter et saluer ces travailleurs [sur leur piquet de grève] pour exprimer la solidarité. »

La solidarité importe énormément également dans la vallée de la Roya dans le sud de la France pour interdire les velléités de la Justice de mettre en place « un délit de solidarité » envers ces personnes par la procédure d’incrimination de Cédric Herrou. Son combat est mené « par des justes » dans toute la France, par exemple près de Dunkerque, a informé un des orateurs, Antony, par ailleurs guitariste de renom du mouvement social. Sa conclusion a été : « il ne faut pas se décourager la résistance, gagne toujours ».

D’autres dates ont été lancées : le 5 mars, mouvement national de mobilisation du secteur professionnel sanitaire et social, dont le porte-parole, Gérard, a dépeint le triste sort réservé aux usagers. C’est à dire tous les citoyennes et citoyens. « On démantèle le secteur au nom de l’austérité. Et on ne peut rien dire parce que derrière tout de suite il y a la police. [Le 15 septembre 2016 lors de la dernière manifestation contre la loi travail] un copain [du sanitaire et social] a perdu un œil crevé un peu plus loin [sur la place de la République par la police] » Il a félicité ses collègues « de refuser de participer au fichage » policier.

Les luttes en instance sont présentées d’une part par les résidents et animateurs du squat Salamatane à Montreuil expulsés des locaux de la mairie où ils étaient installés. Romuald, un jeune d’un peu plus de trente ans, combattif, à la barbe clairsemée, explique que l’expulsion a été décidée par la mairie en dépit de la tolérance habituelle de la trêve hivernale pour les squatteurs, laissant une vingtaine de personnes à la rue.

Les dates suivantes sont le 10 févier à midi devant le Palais de Justice de Paris en soutien aux intermittents du spectacle, uniques vainqueurs du mouvement social de 2016 avec ceux de la SNCF. Puis l’organisation doit tenir le 19 mars 2017, le 31,32,33 mars organisée par Nuit Debout.

La bonne nouvelle conclusive et annonciatrice de victoires salvatrices futures a été émise par un tenant de Nuit Debout, Dani, « contre la répression économique de l’État qui fait le choix, [qui] met à la rue des personnes alors qu’il y a des logements vides. Un centre d’hébergement vient d’être ouvert à l’hôtel Dieu [sur l’île de la cité en face de la préfecture de police] ». 300 personnes mobilisées par l’association Droit Au Logement ont réussi à obtenir un hébergement provisoire dans ce bâtiment, à défaut de faire appliquer la loi de réquisition des logements vides toujours valables en France depuis 1945. L’événement le plus proche pouvant être l’occasion de se rassembler et de célébrer s’est tenu le vendredi 3 février 2017 au Shakirail à Paris, 18e arrondissement en soutien « aux invités du Medef » (une des personnes de la Compagnie Jolie Môme est en procès suite à une visite au siège du Médef).

Montbobier Guillaume

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