L’abordage n’a pas eu lieu : erreurs et leçons d’une action ratée

Un retour critique sur la manif d’À l’abordage ! contre les primaires des LR, dimanche 27 novembre

Le dimanche 27 décembre, à l’appel du collectif À l’abordage ! Paris et Banlieue, se sont réunis environ 80 personnes (à vue d’œil) aux alentours du siège des Républicains, dans le 15e arrondissement, pour lancer "le premier acte de notre assaut contre la présidentielle, le prologue de notre affirmation commune" en même temps que Les Républicains annonçaient la victoire de François Fillon aux primaires de droite. Cette soirée a été un échec clair et net pour tou.te.s les participant.e.s, mais, étant le mouvement constructif et solidaire que nous sommes, il faut savoir analyser nos erreurs et en tirer les leçons.

Malgré un dispositif policier impressionnant qui entourait le siège, avec des CRS armés de fusils d’assaut HK G36, avec les contrôles d’identité et fouilles au corps de tout.e jeune "suspect.e", bref avec toutes les mesures prises par la Préfecture pour empêcher ce rassemblement d’avoir lieu, un groupe déterminé se retrouve au métro Convention, à 500 mètres du lieu de rendez-vous initial. À Convention, l’idée circule de se rendre à la Maison de la Chimie, au cœur du 7e arrondissement, là où Fillon allait faire son grand discours de victoire. On bouge tou.te.s ensemble vers la Maison de la Chimie en métro. Une fois arrivé à une rue du QG de Fillon, qui n’était gardé que par un petit nombre de CRS et d’agents de la BAC, le groupe devient indécis, ne sachant pas vraiment quoi faire. Une dizaine de CRS charge, ce qui suffit pour nous disperser. On perd une banderole dans la course. Le groupe se sépare et se morcelle, et il faudra au moins 20 minutes pour que tout le monde se retrouve. Ensuite, la manifestation tombe dans l’absurde, et le groupe est pris d’une incapacité d’agir et d’une indécision paralysante. Partagé.e.s entre l’idée d’aller affronter la police devant la Maison de la Chimie, ou plutôt de partir de l’autre côté en manif sauvage, notre groupe va tourner autour du Square Samuel Rousseau et de la Basilique Sainte-Clotilde pendant une bonne demi-heure, offrant tout le temps nécessaire à la police pour organiser leur descente et l’interpellation massive des militants. Le groupe se réduit peu à peu, et lorsqu’on est plus qu’une trentaine de personnes, que le groupe commence à sonner la dispersion, et que le quartier grouille de flics, tout le monde part chacun de son côté en courant. La police, qui s’organise tranquillement dans leur quartier de prédilection, où ils quadrillent parfaitement les rues pour défendre les ministères, interpellent les militant.e.s dans les rues désertes.

- 1ère erreur : être parti de la zone prévue pour la manif
Pourquoi est-on parti de la rue Vaugirard ? Il y avait bien sûr un dispositif policier impressionnant, mais il y avait aussi tou.te.s celles et ceux qui étaient venu.e.s pour l’action, qui étaient éparpillé.e.s dans les rues avoisinantes en attendant qu’un rassemblement se lance. On aurait pu faire une manif sauvage ou un rassemblement dans le quartier, pour réunir tout le monde et être en nombre plus important. Partir dans le métro dès qu’on forme un groupe de 80 est arrogant, ridicule et inefficace. Le flic qui m’a interpellé m’a dit en toute tranquillité : « vous êtes en infériorité numérique ce soir, les gars, rentrez vous coucher, vous avez perdu. » Il avait entièrement raison. Il ne faut pas se surestimer et se lancer dans des actions pour lesquelles on n’est clairement pas assez. Gardons un œil critique et stratégique lorsqu’on prépare nos actions !

- 2e erreur : aller dans un quartier de flics, de fafs, et de ministères
Pourquoi est-ce qu’on s’aventure dans le 15e et le 7e, surtout rue de Vaugirard, repère du GUD, et au siège des Républicains, à deux pas d’un énorme hôtel de police, puis dans le 7e où se trouvent tous les ministères et l’Assemblée nationale ? Ce quartier hyper quadrillé et sécurisé, sans piétons (surtout à 22h), est à notre désavantage. La police a su couper toutes les rues de sortie en un temps record. Même si les cibles (siège de LR, Maison de la Chimie) sont belles, nos actions sont vouées à l’échec. Faisons nos manifs dans les quartiers populaires, où on connaît les rues, et où notre ligne politique parlera beaucoup plus qu’aux bourges du 7e.

- 3e erreur : se disperser à la première charge de 10 flics
Nos tactiques de manif se sont perfectionnées pendant le mouvement contre la loi « Travaille ! » du printemps dernier, et pourtant on s’est dispersé dès qu’une dizaine de CRS ont chargé. Il faut garder notre sang froid, ne pas se perdre dans des rues qu’on ne connaît pas, et surtout savoir résister aux charges. Il faut le rappeler : quand la police charge, ce n’est jamais au-delà de 50 mètres, et c’est inutile de se taper un sprint sur des centaines de mètres.
(Une courte vidéo de la charge)

- 4e erreur : poireauter pendant 30 min en face des flics
Peut-être la pire erreur a été de rester 30 minutes aux alentours de la Maison de la Chimie, laissant aux flics tout le temps nécessaire pour organiser leur descente. Une fois qu’on s’est retrouvé, il faut prendre des décisions rapides : ne pas retourner s’affronter à un dispositif policier qui nous déborderait en deux secondes, mais plutôt essayer de partir en manif sauvage ailleurs. Il faut rester ensemble, car on est beaucoup plus vulnérable quand on est tout.e seul.e.

- 5e erreur : ne pas retrouver des personnes après s’être fait contrôler
Une petite erreur qui a été faite : au métro, alors qu’un groupe de potes se fait interpeller, un autre groupe reste à l’écart, en essayant de se fondre dans le décor. Lorsque les flics terminent la fouille et le contrôle d’identités, le groupe interpellé se rapproche de l’autre groupe, et les flics remarquent qu’ils n’ont pas interpellé tout le monde. Du coup, évitez d’inculper involontairement les personnes que vous connaissez après avoir été repéré.e.s par la police !

- 6e erreur : le message politique
Repose dans cette erreur une critique plus politique de cette action. De plus en plus de gens trouvent que ces élections sont une mascarade réactionnaire et le concours du plus raciste et du plus islamophobe. Les lignes politiques d’À l’abordage ! parlent énormément aux militant.e.s convaincu.e.s, mais peinent à résonner au-delà de l’entre-soi anar. Comme ça a été proposé sur Blocus Paris, il faudrait se réunir pour offrir quelque chose de plus parlant aux électeurs et électrices désillusionné.e.s, quelque chose de plus concret et positif que les affirmations abstraites qui ont tourné jusqu’ici. Organisons-nous en amont des présidentielles pour rester vraiment ingouvernables, pour porter des critiques basées sur des propositions tangibles.

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