Antifascisme

Ceci n’est pas un dialogue : une approche anarchiste de l’antifascisme aux Etat-Unis

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Ce texte est tiré et traduit du site Crimethinc, et développe une perspective anarchiste du mouvement antifasciste aux Etats-Unis, qui affronte actuellement le déferlement fasciste promu par l’administration Trump et son discours nationaliste. Il s’intéresse notamment aux problèmes posés par la liberté d’expression inconditionnelle qui existe aux Etats-Unis, que les fascistes brandissent comme argumentaire pour faire avancer leurs propos racistes et sexistes.

Texte original tiré de Crimethinc

Ceci n’est pas un dialogue

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Peut-être que vous l’avez loupé, mais vous n’êtes pas dans un dialogue. Vos opinions n’importent pas. Raisonnez et argumentez tant que vous voulez –vos adversaires sont heureu.ses.x de vous voir perdre votre souffle. Et c’est encore mieux si vous manifestez : iels préfèrent que vous portiez une banderole que de faire quoi que ce soit. Iels continueront de vous faire parler, juste pour vous fatiguer – pour qu’iels puissent gagner du temps.

Iels comptent vous imposer leur programme. Imposer leur programme par leurs armes, par la police, les drones et les caméras de surveillance, par le FBI, la CIA et la NSA, par toutes ces lois, ces tribunaux et ces ordres exécutifs. Par leur Eglise, par des mèmes racistes, par le harcèlement en ligne, par leur homophobie et par les incendies d’églises.

Ceci n’est pas un dialogue. Comment avez-vous pu être si naï.ves.fs ? Un dialogue –dont certain.e.s participant.e.s peuvent être expulsé.e.s à n’importe quel moment ? Un dialogue –dans lequel certain.e.s n’arrêtent pas d’incarcérer et de tirer sur les autres ? Un dialogue –dans lequel une minorité possède tous les réseaux et les stations radios et les presses d’imprimerie, alors que le reste doit se satisfaire de marqueurs et de panneaux en carton ? Un dialogue — sérieusement ?

Vous n’êtes pas dans un dialogue. Vous êtes dans un rapport de force. Tout ce qui compte, c’est les forces que vous pouvez rassembler contre vos adversaires pour vous défendre de leurs attaques. Si vous gagnez, vous pouvez être certain.e qu’iels vous accuseront d’avoir cassé la conversation, d’avoir violé leur liberté d’expression. Iels essayeront de vous faire revenir sournoisement dans le dialogue, en gagnant le temps nécessaire jusqu’à ce qu’iels n’aient plus besoin de stratagèmes pour vous garder passi.ves.fs pendant qu’iels mettent en place les pions pour avancer vers la tyrannie.

Ceci n’est pas un dialogue — c’est une guerre. Iels parient que vous ne vous en rendrez pas compte jusqu’à ce qu’il ne soit trop tard. Si la liberté vous est importante, si vous vous souciez de toutes ces personnes sélectionnées pour la mort et l’expulsion, prenez les mesures nécessaires et commencez à agir.

C’est exactement ce dont nous parlons.

Le texte suivant est une version mise à jour d’un article paru initialement dans le N°9 de Rolling Thunder. Vous pouvez imprimer une version flyer de la FAQ de la libre expression pour vos actions antifascistes.

Pas seulement la libre expression, mais la liberté elle-même

Les anarchistes ont défendu la liberté d’expression pendant des siècles. C’est important par principe : dans une vision anarchiste de la société, ni l’Etat ni aucune autre entité ne devrait être capable de déterminer ce que nous voulons ou ne voulons pas exprimer. C’est aussi important en pratique : en tant que minorité révolutionnaire fréquemment ciblée par la répression, nos discours, nos journaux, nos sites internet et nos manifestations ont été constamment attaqués.

Mais nous ne sommes pas les seul.e.s à avoir défendu la liberté d’expression. Récemment, la droite américaine a commencé à prétendre que les opinions conservatrices n’avaient pas le même traitement que les opinions libérales, et que cette défaillance supposée constituait une atteinte à leur liberté d’expression. En accusant les universités et les médias « libéraux » d’étouffer les opinions conservatrices — une imputation risible quand on voit la puissance et le financement des structures qui avancent ces propos — iels utilisent le discours du Premier Amendement (de la liberté d’expression, ndlr) pour promouvoir leurs programmes réactionnaires. Des universités supposément progressistes révèlent leurs vraies couleurs lorsqu’elles mobilisent les pouvoirs institutionnels pour défendre la droite dans l’espace des idées, en allant jusqu’à censurer et intimider l’opposition.

Les organisations fascistes et d’extrême-droite se sont également approprié le discours de la liberté d’expression. Les fascistes comptent sur l’Etat pour qu’il les défende, en affirmant que s’organiser contre les immigré.e.s, contre les gays et autour de propos racistes constitue une forme de discours légalement protégé. Les groupes fascistes qui sont empêchés de publier leur propos dans la plupart des démocraties industrialisées par des lois qui interdisent l’incitation à la haine le publient souvent aux Etats-Unis, où il n’existe pas de telles lois, et iels les distribuent mondialement à partir de là. En pratique, les Etats qui protègent le droit d’expression sans exception favorisent l’organisation des fascistes.

Si la défense de la liberté d’expression n’est devenue rien d’autre que promouvoir les politiciens de droite et permettre le recrutement fasciste, il est temps d’examiner ce qui se cache derrière ce principe.

Malgré les passés radicaux des organisations telles que la American Civil Liberties Union (ACLU, Union Américaine des Libertés Civiles, ndlr) qui militent pour la protection étatique de la liberté d’expression, cette forme de liberté civique vide la défense de la liberté de parole de tout discours radical, ce qui implique que seul l’Etat peut garantir notre capacité de s’exprimer librement, renforçant ainsi le pouvoir de l’Etat par-dessus le droit à la libre expression.

La rhétorique de la libre expression

Il semble y avoir un ample consensus dans le système politique américain en faveur de la liberté d’expression. Alors que ses détracteu.ses.rs ergotent autour des limites de cette liberté, les commentateurs de gauche comme de droite s’accordent sur l’idée que la libre parole est fondamentale pour la démocratie américaine.

Les recours à cette tradition de liberté inconditionnelle confèrent une légitimité aux groupes dont les opinions et propos sortent du « mainstream », et les fascistes comme les radica.les.ux en profitent. Souvent, les avocat.e.s défendent les activités anarchistes en faisant référence à la disposition du Premier Amendement qui empêche toute législation restreignant la liberté de la presse ou la liberté de réunion. Nous pouvons trouver des allié.e.s qui nous soutiendront dans des affaires de liberté d’expression qui ne partageront jamais notre vision d’action directe pour créer un monde sans hiérarchie. La rhétorique de la liberté d’expression et des droits du Premier Amendement nous donne un langage commun avec lequel élargir notre champ de soutien et avec lequel rendre plus compréhensible notre résistance aux potentiel.le.s allié.e.s, avec qui nous construirons des connections plus fortes avec le temps.

Mais à quel prix ? Ce discours basé sur les droits laisse entendre que l’Etat est indispensable pour nous protéger de lui-même, comme si c’était une sorte de personnalité multiple, tels Jekyll et Hyde, qui simultanément nous attaque avec ses lois, sa police et ses procureurs tout en nous défendant avec ses lois, ses procureurs et ses juges. Si nous acceptons cette métaphore, nous constaterons sans surprise que plus on essaye de renforcer le bras qui nous défend, plus fort sera le bras qui nous attaque.

Une fois la liberté définie comme un assortiment de droits garantis par l’Etat, c’est facile de perdre de vue la véritable liberté que ces droits sont censés protéger et de se focaliser uniquement sur ces droits — ce qui revient à accepter implicitement la légitimité de l’Etat. Ainsi, lorsque nous gagnons en visibilité et en soutien en utilisant cette rhétorique de droits, nous affaiblissons la possibilité que nous puissions résister à l’Etat. Nous ouvrons aussi la porte à ce que l’Etat nous impose d’autres « droits ».

La défense par les libertés civiques

Aux Etats-Unis, beaucoup considèrent comme allant de soi qu’il soit plus facile pour l’Etat de censurer et d’isoler les radica.les.ux dans les pays où la liberté d’expression n’est pas garantie. Si cela est vrai, qui ne voudrait pas renforcer les protections légales de la liberté d’expression ?

En fait, dans les pays où la liberté d’expression n’est pas légalement protégée, les radica.les.ux ne sont pas toujours plus isolé.e.s — bien au contraire, la personne lambda est parfois plus compréhensive avec celles et ceux en conflit avec l’Etat, car il est plus difficile pour l’Etat de se positionner légitimement en tant que défenseur des libertés. Les lois ne contraignent pas autant l’Etat que l’opposition publique ; étant donné le choix entre les droits légalement garantis et le soutien populaire, nous nous en sortons beaucoup mieux avec ce dernier.

Un certain dictionnaire définit la liberté civique comme étant « l’état d’être soumis aux seules lois établies pour le bien de la communauté ». Cela parait idéal pour celles et ceux qui croient que les lois imposées par le pouvoir hiérarchique peuvent servir le « bien de la communauté » — mais qui définit « la communauté », et ce qui lui est bon, sinon ceux et celles au pouvoir ? En pratique, ce discours de libertés civiques permet à l’Etat de marginaliser ses ennemis : s’il y a un médium légitime pour communiquer tout type d’opinion, celles et ceux qui refusent de jouer les règles du jeu sont clairement illégitimes. Nous pouvons ainsi lire cette définition dans le sens contraire : sous l’égide des « libertés civiques », toutes les lois sont bonnes pour la communauté, et tou.te.s celles et ceux qui les remettent en cause sont contre la communauté.

En se focalisant sur le droit à la libre expression, nous dégageons deux entités : l’individu et l’Etat. Plutôt que de nous laisser traîner dans le débat de ce que l’Etat devrait permettre, les anarchistes devraient se concentrer sur la troisième entité : le grand public. Nous gagnons ou perdons notre lutte en fonction de la quantité de pouvoir que la population est prête à saisir des mains de l’Etat, en fonction de la quantité d’ingérence qu’elle est prête à tolérer. Si nous devons parler de droits, plutôt que de chercher à expliquer que nous possédons le droit à la libre expression, mieux vaut affirmer que l’Etat n’a en aucun cas le droit de nous réprimer. Mieux encore, développons un autre langage, un autre argumentaire à part entière.

La liberté d’expression et la démocratie…

Le discours de la liberté d’expression en démocratie considère qu’il n’y a pas de déséquilibre significatif de pouvoir, et que la discussion rationnelle est le premier moteur du changement. En fait, une élite capitaliste contrôle la plupart des ressources, et le pouvoir se cristallise vers le haut en suivant de nombreux axes d’oppression. Pour contrer cette configuration, il nous faut beaucoup plus qu’une simple discussion pour ouvrir la possibilité du changement social.

Il ne peut y avoir de liberté d’expression qu’entre éga.les.ux — entre des partis qui sont non seulement égaux devant la loi, mais qui ont un accès comparable aux ressources et qui possèdent une voix qui repose sur un pied d’égalité. Un.e salarié.e peut-iel s’exprimer aussi librement que son patron, si ce dernier peut lui ôter ses moyens de subsistance ? Deux individus sont-ils également libres d’exprimer leurs opinions lorsque l’un possède une chaîne d’infos et l’autre ne peut même pas se permettre de payer pour des tracts à la photocopieuse ? Aux Etats-Unis, où les dons aux candidats politique sont légalement considérés comme étant une forme d’expression, plus vous être, riche plus vous pouvez exercer votre « libre parole ». Rappelons le dicton : « freedom isn’t free » — la liberté n’est pas gratuite, et ça ne peut pas être plus clair que dans le cas de la liberté d’expression.

Contrairement à la propagande de la démocratie, les idées seules n’ont pas de force intrinsèque. Notre capacité d’agir selon nos croyances, et non pas seulement de les exprimer, détermine la quantité de pouvoir que nous possédons. Si nous suivons ce raisonnement, la métaphore du « marché des idées » est parfaitement approprié : il faut du capital pour y participer, et plus vous en détenez, plus grande sera votre capacité d’implémenter les idées dans lesquelles vous investissez. Tout comme le succès de certain.e.s entrepreneu.ses.rs et superstars est utilisé comme preuve que la libre concurrence récompense le travail et l’ingéniosité, le mythe du marché des idées suggère que le système capitaliste persiste car tout le monde, les millionnaires comme les précaires, s’accordent à penser que c’est la meilleure idée.

…tant que vous n’agissez pas

Mais si, malgré ce terrain de jeu déséquilibré, quelqu’un parvenait à prononcer quelque chose qui menaçait de déstabiliser les structures de pouvoir ? Si nous nous fions à l’histoire, il devient rapidement évident que malgré tout, la liberté d’expression n’est pas un droit si sacro-saint. En pratique, nous sommes autorisé.e.s à exercer la libre parole tant qu’exprimer nos opinions ne change rien de concret. La prémisse que la seule parole soit inoffensive implique que la parole est précisément ce qui est inefficace : tout ce qui pourrait être efficace n’est pas inclus dans nos droits.

Pendant la Première guerre mondiale, le « Espionage Act » criminalisa toute tentative de « incitation à l’insubordination, de déloyauté, de mutinerie, de refus d’accomplir ses obligations » ou d’obstruer de quelconque manière le recrutement militaire. Le président Woodrow Wilson encouragea l’adoption de cette loi car il croyait que les activités anti-guerre pouvaient déstabiliser l’effort de guerre américain. Alexander Berkman et Emma Goldman furent arrêté.e.s sous le coup de cette loi car iels imprimaient de la littérature anarchiste contre la guerre. Pareillement, le « Anarchist Exclusion Act » et postérieurement le « Immigrant Act  » furent utilisés pour expulser de ou refuser l’entrée du territoire à tout.e migrant.e « qui ne croît pas ou qui s’oppose à tout gouvernement organisé ». Berkman, Goldman et des centaines d’autres anarchistes furent déporté.e.s suite à ces actes. Il existe de nombreux autres exemples qui démontrent que lorsque la parole peut menacer les fondations du pouvoir de l’Etat, même le gouvernement le plus démocratique n’hésite pas à la réprimer.

Ainsi, lorsque l’Etat se présente comme étant le défenseur de la liberté d’expression, nous pouvons être certain.e.s que nos dirigeant.e.s croient que permettre le développement de critiques renforcera davantage leur position que s’iels le réprimaient. Thomas Emerson, philosophe libéral et membre de l’ACLU, percevait que la liberté de parole « pouvait servir comme une sorte de ‘soupape de sécurité’ pour relâcher la pression lorsque la population pouvait songer à la révolution ». Voilà le véritable objectif du droit de libre expression aux Etats-Unis.

Pas la liberté d’expression, mais la liberté elle-même

Evidemment, les anarchistes ne devraient pas se mobiliser contre la liberté d’expression. Mais la mainmise de l’Etat sur le discours de la liberté d’expression semble avoir établi les termes du débat : soit nous cautionnons la censure, soit nous cautionnons la protection étatique de nos ennemis et leur droit de s’organiser contre nous et contre d’autres. Ce qui résulte en une série de paradoxes, où les radica.les.ux sont accusé.e.s de s’opposer à la liberté d’expression pour avoir fait barrage à un conférencier fasciste.

Contrairement à la protection étatique de manifestations du KKK ou autres, il existe des modèles de libre expression qui ne dépendent pas de la défense de ces droits par le haut et ne valident pas des attitudes oppressives. Les anarchistes ne jugent pas le discours comme étant fondamentalement différent de l’action ; le discours est plutôt une forme d’action. Lorsque le discours blesse d’autres personnes, lorsqu’il renforce des hiérarchies et des injustices, nous nous y opposons de la même façon que l’on s’oppose à toute autre forme d’abus et d’oppression. C’est tout simplement de l’auto-défense.

Quand un.e politicien.ne xénophobe vient parler dans une université publique, les frais de conférence sont payés avec l’argent des impôts qui a été extorqué aux travailleu.ses.rs puis distribué aux universités pour qu’il reste dans la boucle fermée des riches et des puissants. Indépendamment des pleurnicheries de droite par rapport à la marginalisation des opinions conservatrices, le fait qu’iel soit assez puissant.e pour donner des allocutions bien payées nous indique que ses opinions sont loin d’être réprimées. En tant que citoyen.ne blanc.he et riche et en tant que personnalité publique, les possibilités qu’iel a pour s’exprimer ne peuvent être raisonnablement comparées avec les possibilités qu’ont les migrant.e.s qu’iel cible. Si leurs voix et leur influence étaient sur un pied d’égalité, le.a politicien.ne pourrait dire ce qu’iel voudrait, mais serait incapable de mettre en œuvre ses desseins.

Quand nous l’attaquons directement au lieu de gentiment exprimer notre désaccord, nous n’attaquons pas son droit d’exprimer ses opinions. Nous attaquons les avantages particuliers qui lui ont été accordés : l’argent des impôts, la protection de la police, et une tribune exclusive. Nous attaquons le pouvoir qu’iels détiennent sur nos vies à travers les institutions construites sur la violence, un pouvoir qu’iels comptent étendre en utilisant ces conférences comme autant de tribunes pour accumuler des richesses, de la légitimité et pour recruter à des fins racistes. Les attaquer est une pratique politique qui ne réduit pas la liberté aux droits, mais remet en cause les privilèges de l’Etat. Sans rentrer dans une fausse dichotomie entre parole et action ; jugeons-les plutôt avec les mêmes critères — ceux qui ne permettent pas à l’Etat de se poser en tant que défenseur de la libre expression, mais affirment que nous sommes les seul.e.s qui peuvent défendre et étendre notre propre liberté.

Moins de civique, plus de liberté !

Appendice : FAQ de la liberté d’expression

Empêcher les fascistes de parler, c’est vous abaisser à leur niveau.

Vous pourriez tout aussi facilement dire que ne pas empêcher les fascistes de parler vous abaisse à leur niveau, car ça leur donne l’opportunité de s’organiser pour nous imposer leur programme. Si vous êtes attaché.e à la liberté, ne restez pas les bras croisés tandis que des blancs se mobilisent pour vous l’ôter.

Ne devrions-nous pas les ignorer ? Iels veulent de l’attention, et si nous leur en donnons, nous les laissons gagner.

En général, les fascistes n’aiment pas être au centre de l’attention pendant qu’iels s’organisent ; iels préfèrent le faire en cachette par peur qu’un public outré les en empêche. Iels n’organisent des évènements publics que pour montrer leur pouvoir aux potentielles recrues, et pour essayer de faire légitimer leurs propos. En s’opposant publiquement aux fascistes, nous leur montrons clairement — et surtout aux personnes intéressées par l’idée de les rejoindre — qu’iels ne pourront consolider leur pouvoir sans un combat. Ignorer les fascistes leur permet de s’organiser sans problèmes, et l’histoire nous démontre à quel point cela peut être dangereux. Mieux vaut les faire taire une fois pour toutes.

La meilleure façon de combattre le fascisme, c’est de les laisser exprimer leurs opinions pour que tout le monde puisse voir à quel point iels sont ignorant.e.s. Nous pouvons les réfuter plus efficacement avec les idées qu’avec la force.

Les personnes ne deviennent pas fascistes parce qu’elles trouvent que leurs idées sont convaincantes ; elles deviennent fascistes pour les mêmes raisons que certain.e.s deviennent policiers ou politiciens : pour exercer un pouvoir sur d’autres. C’est à nous de montrer que l’organisation fasciste ne leur permettra pas d’obtenir ce pouvoir, mais ne résultera qu’en une humiliation publique. C’est la seule façon de couper leur accès aux potentielles recrues.

L’histoire nous enseigne que le fascisme ne peut être vaincu seulement par les idées, mais par l’auto-défense populaire. On nous dit que si toutes les idées sont ouvertement débattues, la meilleure gagnera ; mais cela ne prend pas en compte la réalité des inégalités. Les fascistes peuvent être très utiles aux personnes détentrices de pouvoir et de privilèges, qui les soutiennent souvent généreusement. S’iels peuvent assurer plus de temps de diffusion et de visibilité pour leurs idées que nous, nous serions bien naï.ves.fs de nous limiter à ce terrain de jeu déséquilibré. Nous pouvons débattre de leurs idées toute la journée, mais ça n’aura aucune importance si nous ne pouvons pas les empêcher de les mettre à l’œuvre.

Les néo-nazis sont insignifiants ; le racisme institutionnalisé représente la vraie menace aujourd’hui, pas ces extrémistes de la marge.

Certes, la majorité des actes racistes sont du racisme ordinaire. Mais la visibilité des fascistes permet à d’autres groupes de droite de se présenter comme modérés, ce qui les aide à légitimer les sous-entendus racistes et xénophobes de leurs propos et des systèmes de pouvoir et de privilège qu’iels défendent. Prendre position contre les fascistes est un pas essentiel vers la délégitimisation des structures et des valeurs qui sont les bases du racisme institutionnalisé.

Ici et partout, les fascistes terrorisent et assassinent des personnes du fait de leur race, leur religion et leur sexe. C’est à la fois naïf et irrespectueux pour leurs victimes que de gloser sur les réalités passées et présentes de la violence fasciste. C’est exactement parce que les fascistes croient à la mise en œuvre de leur programme par l’action directe, plutôt que de se limiter à la machinerie alambiquée qu’est la démocratie représentative qu’iels sont plus dangereu.ses.x par rapport à leur nombre que d’autres bigots. S’occuper des fascistes est donc une priorité particulièrement urgente.

La liberté d’expression signifie protéger le droit de chacun.e à la parole, dont les personnes avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord. Comment est-ce que vous vous sentiriez si vous aviez une opinion impopulaire et que d’autres essayaient de vous faire taire ?

Nous nous opposons aux fascistes pour ce qu’iels font, pas pour ce qu’iels disent. Nous ne nous opposons pas à la liberté d’expression ; nous nous opposons au fait qu’iels développent un agenda de haine et de terreur. Nous n’avons pas le pouvoir de les censurer ; grâce à la « neutralité » du marché capitaliste, iels continuent de publier une littérature haineuse sur internet et sur papier. Mais nous ne les laisserons pas entrer dans nos communautés pour construire le pouvoir nécessaire à installer leur haine.

Le gouvernement et la police n’ont jamais protégé la liberté d’expression de tout le monde de façon égale, et ne le feront jamais. C’est dans leur intérêt de réprimer les opinions et les actions qui remettent en question les inégalités de pouvoir. Iels dépenseront des centaines de milliers de dollars issus des impôts pour la police anti-émeute, les hélicoptères, et les snipers pour défendre une rencontre du KKK, mais si c’est une manifestation anarchiste, cette même police sera là pour la réprimer, et non pour la protéger.

Les anarchistes n’apprécient pas de se faire réprimer par l’Etat — mais nous ne voulons pas que l’Etat définisse et gère notre liberté non plus. Contrairement à l’ACLU, dont la supposée défense de la « liberté » les conduit à soutenir le KKK et bien d’autres, nous encourageons l’auto-défense et l’auto-détermination. Quel est le but de la liberté d’expression, si ce n’est promouvoir un monde libre de l’oppression ? Les fascistes s’opposent à cette vision ; et nous nous opposons donc au fascisme par tous les moyens nécessaires.

Si les fascistes n’ont pas une plateforme pour exprimer leurs opinions pacifiquement, ça les conduira vers des formes d’expression de plus en plus violentes.

Les fascistes tentent seulement d’exprimer leurs opinions « pacifiquement » pour poser des bases pour ensuite agir violemment. Les fascistes ont besoin d’une certaine légitimité sociale pour pouvoir mettre en œuvre leur programme, et donc leur donner une tribune pour s’exprimer leur ouvre la porte à l’action violente. Les discours publics qui promeuvent des idéologies de haine complémentent et sont toujours corrélés à des actions violentes. En s’associant aux mouvements et aux idéologies basés sur l’oppression et le génocide, les fascistes montrent leur intention de remettre en marche leur héritage de violences — mais si et seulement si iels parviennent à développer une base de soutien.

Essayer de réprimer leurs voix produira l’effet inverse, en générant de l’intérêt pour leurs causes.

La résistance au fascisme n’augmente pas l’intérêt pour les opinions fascistes. Les libéra.les.ux qui se mobilisent pour défendre des fascistes sur la base de la liberté d’expression leur confèrent une certaine légitimité, renforçant l’intérêt porté à leurs opinions. C’est rentrer dans leur jeu, en leur permettant de diviser leurs opposants grâce à cet écran de fumée qu’est la liberté d’expression. En tolérant le racisme, l’homophobie, l’antisémitisme, et la xénophobie, les défendeu.ses.rs du soi-disant droit à la liberté d’expression sont implicitement complices des actes de terreur que l’organisation de fascistes rend possible.

Iels ont des droits comme tout le monde.

Personne n’a le droit d’organiser la violence contre nos communautés. Pareillement, nous rejetons le « droit » du gouvernement et de la police — qui ont plus en commun avec les fascistes qu’iels ont avec nous — de décider à notre place quand les fascistes ont franchi la ligne entre s’exprimer et constituer une menace claire. Nous n’abdiquerons pas notre liberté de juger quand et comment nous devons nous défendre.

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