Ce qu’il en coûte de répandre de la farine sur une urne électorale le jour des élections présidentielles

Garde à vue – 52 heures pour la mère – 21h pour les enfants
Ce qu’il en coûte de répandre de la farine sur l’urne électorale dans un bureau de vote le jour du second tour des élections présidentielles, 7 mai 2017, par une ingouvernable.
Initialement publié sur lundimatin.

11h30 : je me présente au bureau de vote, accompagnée de mes deux enfants, 19 ans et 15 ans. Je pointe, ne cherchant pas à cacher mon identité, je prends en main l’enveloppe permettant de voter ainsi que les bulletins des deux candidats. Je me déleste de mon manteau, j’enfile une perruque hirsute, place en bouche des dents en plastique farces et attrapes, particulièrement moches, voulant par là me donner une contenance de femme préhistorique. Ces élections en effet sont une mascarade et sont proprement anhistoriques – préhistoriques. Accoutrée de la sorte, poussant des grognements grotesques et sautillant, je me place au centre du bureau de vote, jette en l’air les bulletins des candidats, me saisis de pq placé dans la poche arrière de mon jean et en garnis l’enveloppe électorale. Enfin, je me dirige vers l’urne, bien décidée à y déposer dessus, à défaut d’y mettre dedans, mon enveloppe fourrée de pq. Un assesseur s’interpose, m’enjoignant de partir, je parviens néanmoins à jeter mon enveloppe sur l’urne en criant : “j’ai voté, j’ai voté”. Je me saisis ensuite du sac plastique contenant de la farine (une dizaine de cuillères à soupe) qui est resté dans mon manteau et, me dirigeant de nouveau vers l’urne, je le déchire au-dessus de celle-ci, la farine se répandant généreusement sur l’urne, (maculant aussi le sol et très certainement les assesseurs, mais je ne suis pas attentive à cela ; je suis moi-même un peu enfarinée et suppose donc qu’il en est de même des assesseurs assis/debout derrière l’urne électorale) Mes enfants, postés de part et d’autre de la salle, filment. La comédie finie, nous repartons du bureau de vote sans difficulté aux cris de : “nique les élections pièges à cons”, “à mort le fascisme”, “ni Le Pen ni Macron”, etc.

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De retour dans la cour de mon immeuble, je réalise subitement que ma carte d’identité n’est plus dans la poche arrière de mon jean où je l’avais replacée après vérification de mon identité et de la présence de mon nom sur les listes électorales. Accompagnée de mes enfants, je retourne donc immédiatement “sur les lieux du crime” qui contient alors une dizaine de citoyens s’apprêtant à voter et je réclame à cor et à cri que ma carte d’identité me soit restituée, clamant que de toute façon on connaît mon identité. Refus évidemment de la part des assesseurs, dont une me lance : “si vous effacez vos films, OK !”. Un homme, un citoyen, assez jeune, de grande taille, s’apprêtant à voter, se jette alors sur moi, me pousse très violemment en me disant que je suis piégée et que je ne sortirai pas d’ici avant que la police, qui a été appelée, ne vienne m’interpeller. Je lui demande qui il est pour me parler et me pousser ainsi : “policier en civil” me dit-il. Je lui demande de me présenter sa carte, ce qu’il ne fait pas, n’étant pas ce qu’il prétend être. Il me pousse de nouveau, mon fils s’interpose : “touche pas à ma mère”. Par miracle, nous parvenons tout de même à nous extraire du bureau de vote et à regagner notre logement.
Nous déjeunons, je prends un bain, au terme duquel je me vêts d’un pyjama avec lequel je passerai les 52 heures de ma GAV, le chef des baceux ayant refusé que je me vêtisse d’autre chose lors de notre interpellation à domicile.

13h40 : on sonne à la porte. Quatre baceux se présentent : “vous êtes contents de ce que vous avez fait”. Ils fouillent, farfouillent, se saisissent de la caméra qui est en charge, des ordinateurs, celui de mon fils en particulier, la caméra se trouvant dans sa chambre. Mais seule la caméra sera finalement emportée, lors de notre départ, comme pièce à conviction. Un des baceux déclare à mon fils : “c’est étrange, en général les gens comme vous ce sont ceux qu’on protège, pas ceux qu’on embarque” (tout est dit...). Un autre me glisse à l’oreille, parlant à voix basse : “si ça ne tenait qu’à moi, je ne serais pas venu”. On nous signifie, qu’au nom du procureur de la République, nous sommes en GAV à compter de 14h05. On nous menotte dans le dos et nous partons en direction du commissariat du 19ème arrondissement. Mon fils dans un véhicule avec deux des flics. Ma fille et moi dans un autre avec les deux autres : “alors ça vous amuse ce que vous avez fait” nous disent-ils, “vous voulez rigoler” dit le chef, “voir ce que c’est”. Il place alors le gyrophare, tout en roulant, actionne la sirène et se met à circuler comme un dératé, voulant par là nous impressionner et nous faire éprouver quelques sensations fortes.

14h15 : arrivée au commissariat du 19ème. On nous dépouille de nos affaires : lacets, ceintures, lunettes, téléphones, clés, etc, bref tout ce que contiennent nos poches... Puis nous montons au 3ème étage pour y être auditionnés. Attente dans le couloir, attente qui sera permanente pour tout, tout du long de nos gardes à vue. De nombreux flics nous font face, nous questionnent, nous sermonnent, moi l’exécrable mère en particulier. On me demande aussi mon métier et j’ai droit, de nouveau, à une couche supplémentaire d’admonestations, moi professeur, moi fonctionnaire, moi chargée de l’éducation des générations futures. On ne manque pas de me dire que je risque d’être radiée de l’éducation nationale, qu’on le souhaite ardemment en tous cas.

1er interrogatoire. On me signifie mes droits. Je donne le nom d’un avocat que je verrai vers 16h30 pour une durée de 30mn, je passe un coup de fil à mon frère. On m’informe des charges qui sont retenues contre moi : blocage d’un bureau de vote par le jet de farine, interruption par ma faute du processus électoral pour une durée de 20mn, souillure de l’urne électorale. Fausseté de la deuxième accusation, puisque de retour dans le bureau de vote quelques minutes seulement après ma comédie, comme expliqué plus haut, j’ai pu, de mes yeux vu, constater que les gens présents dans le bureau de vote y votaient normalement. On me demande si j’ai un pseudo, un/des profils sur internet, si je fais partie d’une organisation... je comprendrai plus tard qu’on cherche à savoir si je suis affiliée à un quelconque groupuscule, si j’ai des complices, si, allons-y, j’appartiens à quelque mouvance terroriste, comme si les terroristes jetaient de la farine, accompagnés de leurs enfants... On m’interroge : “pourquoi avez-vous fait cela ? quelles sont vos motivations ? comment expliquez-vous votre acte ?” Ce à quoi je réponds que, entre autres, la une du journal Libération : “Faites ce que vous voulez mais votez Macron”, m’a passablement énervée et mise en colère. J’explique aussi que cette élection est une mascarade et que par mon spectacle j’ai voulu témoigner de ce fait. Je déclare également que le choix merdique qui nous est proposé n’en est pas un et autres déclarations de même farine (c’est le cas de le dire !). Mes enfants, ensuite, sont eux aussi interrogés, tour à tour. On prend enfin nos empreintes et nous sommes placés en cellule, moi et ma fille dans la même, mon fils dans la cellule adjacente.

Le degré d’insalubrité de la cellule est innommable ! Traces de merde sur les murs, odeurs de pisse suffocantes, sol ultra collant, résidus de nourriture, etc. La température qui y règne est tropicale, l’air raréfié, la luminosité peu élevée... Pour pisser ou chier, on a tout intérêt à anticiper. L’attente, en effet, est longue, 20mn au mieux, jusqu’à 40mn parfois. On me dit, pour ce faire, d’agiter les bras devant la vidéo-surveillance fixée au plafond mais par ce biais, jamais personne ne se déplace. Le plus efficace est de s’abaisser en dessous des vitres, au niveau du sol, des grilles à moucharabieh et de tâcher d’interpeller quelques flics dont on entend les voix, les discussions même, qui se déroulent dans la plus parfaite bonne humeur, la gent policière rigole bien au comico du 19ème ! Nous sommes dimanche, veille d’un jour férié de plus, le pq est inexistant, en raison de ce calendrier me dit-on, il faut mendier pour en obtenir un menu morceau que les flics vont chercher dans d’autres toilettes, les leurs peut-être. Les chiottes sont elles aussi répugnantes, la porte doit rester entrebâillée, mais si on y passe “trop” de temps, on se fait engueuler au motif que : “nous travaillons, nous n’avons pas que cela à faire”.

Vers 15h30 : deux flics me demandent de les suivre. Nous devons retourner chez moi pour saisir ma perruque qui sera la seconde pièce à conviction. Je ne peux m’empêcher de sourire. Un flic exalté claironne : “je l’ai vu la perruque, je l’ai vue, elle est sur le canapé”. Eh hop, un aller-retour à mon domicile. Sous mes yeux ébahis, plus tard, ma perruque sera mise sous scellé et l’on me fera signer moult papiers concernant ces deux pièces à conviction que sont cette perruque et la caméra ayant filmé mon forfait.

Vers 16h30, entrevue avec l’avocate : plutôt stupéfaite, elle affirme qu’il n’y a rien dans mon dossier et que vraisemblablement je partirai libre avant la fin des 24 heures de GAV, à condition que le Procureur de la République soit joignable d’ici le terme de sa journée de travail, ce qui ne sera pas le cas. Que mes enfants, qui n’ont fait que filmer, soient eux aussi en GAV, l’étonne davantage encore, qu’ils soient considérés comme complices et que pèsent sur eux quasi les mêmes charges que celles retenues contre moi : entrave au droit de vote, interruption du processus électoral...

Vers 20h, dîner, riz méditerranéen surgelé, pas d’eau, gobelets interdits en cellule, bien que, le lendemain, on m’en donnera un qui me sera par la suite confisqué, le flic me l’ayant donné étant fautif d’après celui qui me le ravit.
Nous apprenons, sans surprise, par des bruits de couloir, la victoire de Macron. Nous saurons un peu plus tard ce qu’il en est des pourcentages qui ne nous étonneront pas non plus.
Les cellules font face à l’endroit où sont prises les empreintes, durant toute la durée de ma GAV, je verrai donc défiler de nombreux individus, tous sans exception noirs et arabes, soumis également (mais ni moi ni mes enfants), via l’introduction d’un long coton tige dans la bouche, au prélèvement ADN. Mon fils passera une partie de la soirée à discuter avec un jeune black en GAV pour vol de téléphone portable, jeune de 15 ans qui en est à sa 7ème GAV.
1ère nuit : dormir sur du béton est cuisant, à même le sol collant, en ce qui me concerne, puant de plus la pisse comme expliqué plus haut, ma fille dormant sur le banc bétonné, tout aussi dur et répugnant. Nous réclamons des couvertures qui permettraient d’adoucir nos os endoloris, mais toutes sont déjà utilisées par d’autres gardés à vue.

Vers 9h, le 8 mai : petit déjeuner fort frugal : 2 gâteaux secs de quelques millimètres d’épaisseur, une petite brique de jus d’orange.
Vers 11h : mes enfants sont libérés, moi non. On m’apprend que d’autres et nouvelles charges sont retenues contre moi mais sans m’en dire plus pour le moment, malgré mes sollicitations.
Vers 11h30 : une femme de ménage balaie devant ma cellule. Je me demande quand les cellules sont nettoyées sachant qu’elles sont continuellement occupées...
Vers 12h : déjeuner, riz méditerranéen surgelé, un gobelet que je remplis d’eau aux toilettes, le fameux gobelet qui sera plus tard confisqué.
Vers 13h : on m’annonce que le Procureur a demandé une expertise psychiatrique me concernant et que je vais bientôt devoir me rendre à l’Hôtel-Dieu.

Vers 14h : menottée dans le dos, je pars en direction de l’Hôtel-Dieu dans une fourgonnette sans autres gardés à vue mais dûment accompagnée de 5 flics pour moi seule. Deux assis auprès du conducteur. Deux à l’arrière avec moi : un jeune homme, une jeune fille qui ne sont guère causants, l’homme joue à un jeu vidéo sur son téléphone, la fille mâche du chewing-gum. Le trajet dure 50mn environ, il y a en effet des embouteillages, dus peut-être à la manifestation contre l’élection de Macron qui a lieu place de la République. Arrivée à l’Hôtel-Dieu, j’attends dans une nouvelle cellule immaculée, de grande dimension. J’en profite pour marcher, en long, en large, en travers. Je pratique quelques postures de yoga. Après environ une demi heure d’attente, je suis reçue par un médecin généraliste qui me prend ma tension et m’ausculte rapidement. A ma demande il me procure un doliprane, mon coccyx me faisant souffrir suite aux deux nuits passées à dormir à même le sol. Je retourne ensuite dans la cellule d’une blancheur angoissante en attendant que le psychiatre me voie.
Entrevue avec la psychiatre aussi aimable qu’une porte de prison et qui aurait pu jouer dans Vol au-dessus d’un nid de coucou. Lunettes fumées, coupe au carré, cheveux parfaitement lissés, pas un ne dépasse. L’entrevue ne dure pas plus de 15mn. “Ai-je déjà vu un psychiatre ? Ai-je été internée ? Est-ce que je prends ou ai pris des psychotropes ? Est-ce que je me rends compte de la gravité de mon acte et de son caractère exceptionnel ?” Ce à quoi je réponds que je ne vois pas bien en quoi il est exceptionnel sachant que l’enfarinage, l’entartage, le jet d’œufs sont plutôt en vogue par les temps qui courent. La psychiatre me déclare que l’entretien est terminé, elle ouvre la porte derrière laquelle se trouvent les flics et leur déclare sans ménagement, sans me regarder, tête baissée, chaque syllabe considérablement articulée : “elle est compatible !” Pas un au revoir et je suis de nouveau enfermée dans la cellule en attendant que les papiers soient rédigées, signés et remis aux flics.

17h environ : retour au commissariat du 19ème, après un trajet de nouveau long en raison d’une circulation dense, où je retrouve ma cellule répugnante. Puisque j’en ai le droit, je demande à voir un médecin, que je verrai en effet à minuit. Je rêve qu’un somnifère me soit administré, ce qui, contre toute attente, sera effectivement le cas. Le retour de mon avocat est également imminent, je le verrai vers 20h, après m’être délectée de riz méditerranéen surgelé et avant que les flics ne procèdent à un nouvel interrogatoire. On me signifie le contenu des nouvelles charges qui sont retenues contre moi : entrave aux prérogatives d’un assesseur et violence envers un délégué d’un bureau de vote ! ce qui est tout à fait fallacieux. Mon avocat me recommande de garder le silence durant l’interrogatoire à venir, de m’en tenir à mes déclarations de la veille, j’obtempère. L’interrogatoire dure néanmoins assez longtemps, malgré mes silences réitérés comme réponse aux questions qui me sont posées. L’avocat pose in fine quelques questions concernant mon appréhension de la GAV et demande à ce que mes réponses soient consignées dans le procès-verbal. Je précise que suis très fatiguée et que j’ai peur de craquer...

Nuit du 8 au 9 mai : je dors grâce à l’effet du somnifère. Vers 5h du matin, une femme SDF, malodorante, sous l’emprise de quelque drogue prend place dans la cellule que j’occupe. Elle se présente, m’explique qu’elle a été appréhendée dans une autolib’ en laquelle elle dormait mais qu’elle n’a pas fracturée, elle me précise l’avoir trouvée ouverte. Au milieu d’une phrase, assise au sol, sa tête choque le mur, elle s’endort et je ne l’entendrai plus jusqu’à ce qu’elle soit emmenée vers 8h du matin, heure à laquelle on m’apportera mon frugal petit déjeuner. On m’annonce ensuite que je vais bientôt être déférée au palais de justice pour y être présentée à un juge.

Vers 9h30 : départ pour le palais de justice. Menottée, évidemment, je prends place dans un véhicule, accompagnée de trois flics dont deux sont antillais. Nous parlons politique, le conducteur, filloniste, défends ce pauvre Fillon et sa femme, victimes selon lui d’une véritable cabale, il ne tarit pas de lamentations concernant ce couple irréprochable ! Quant aux deux flics antillais qui ont voté Le Pen, ils sortent de leurs gonds lorsque je leur demande si cela ne leur pose pas de problèmes de voter pour une candidate raciste, voire fasciste : “ Marine fasciste !? Que nenni ! Quelle folie de penser cela de Marine, elle qui s’est brouillée avec son père, qui a pris de si grandes distances avec les idées nauséabondes du FN, qui propose enfin de redresser la France !”

Vers 10h : arrivée au palais de justice, au dépôt. Fouille, consignation de mes effets personnels, qui ont été transportés depuis le comico, restitution de mes lunettes ! Papiers à signer, encore et encore. On m’enferme dans une cellule qui comporte un lit avec un matelas plastifié, un point d’eau, des chiottes ! J’y resterai de 10h15 à 14h environ. La chasse d’eau ne peut être activée que de l’extérieur par le flic chargé des rondes dans les couloirs. Malgré mes demandes, après avoir chié vers 11h, la chasse ne sera pas tirée jusqu’à mon départ et je déjeunerai donc vers 12h (du riz méditerranéen surgelé...) dans l’odeur de merde, la mienne ! Il fait froid, je demande une couverture lors de l’ouverture de la trappe pour y passer mon déjeuner, mais on me répond que les couvertures ne sont autorisées que le soir... Je ne profite guère du matelas car je n’ai plus sommeil, la cellule est suffisamment grande pour y faire de la marche, j’en mesure la longueur et je la parcourrai pour une distance d’un kilomètre, je fais aussi des abdos, du yoga, je chante du Boby Lapointe et du Boris Vian, je récite des poèmes, comme je l’avais déjà fait au comico du 19ème, quel bonheur de connaître quelques poèmes, ça occupe bien le cerveau !

Vers 14h : départ du dépôt pour la cellule des déférés via la souricière. Menottée, les mains devant et cette fois tenue en laisse ! Ma nouvelle cellule ne fait pas plus de 2 mètres de long sur 1,5 m de large à tout casser, le banc qui s’y trouve est si étroit qu’il est impossible de s’y coucher, on peut tout juste s’y asseoir, grillage de tous côtés, une vraie cage. Surprise générale lorsque j’arrive : “Qu’est-ce que vous faites là ? Vous êtes blanche !” me disent les mecs qui occupent les deux cages attenantes. Que des noirs et des arabes, à l’exception d’un sdf blanc à la rue depuis 13 ans qui a giflé un pompier qui voulait le déloger de la place de la République où il dormait paisiblement : “fais chier, je dormais comme un bébé, le pompier m’a réveillé en hurlant, alors je l’ai insulté, il m’a filé une claque, eh bien je lui ai rendue. Quand je pense que tout l’hiver j’ai rêvé d’aller en taule et maintenant qu’il fait beau et chaud, on va m’y envoyer, fais chier !”. On me demande ce que j’ai fait, j’explique : jet de farine sur l’urne électorale. Hilarité générale : “T’inquiète ! Tu vas très vite partir” dit l’un, “ Non, c’est super grave ce que t’as fait” dit l’autre, “ c’est comme si t’avais chié sur le drapeau français !” Un jeune français d’origine comorienne, inscrit en L2 lettres modernes à la Sorbonne (c’est d’ailleurs le jour de ses partiels, se lamente-t-il), m’explique qu’il a été interpellé avec un taser dont il était en possession pour se défendre dans sa cité contre des mecs l’ayant agressé, lui et ses potes. Il me raconte aussi son expérience comme AED dans un lycée privé catholique et la maltraitance dont il a fait l’objet, de la part des élèves, mais aussi de la direction : “vous parlez français”, lui demande-t-on souvent, “vous êtes français, malgré la couleur de votre peau ?”. Il est bientôt sorti de la cage pour être présenté au juge, alors qu’il n’est pas là depuis longtemps. Les autres râlent, un mec en particulier qui est enfermé depuis 8h du matin et qui commence à péter les plombs : “Yo ! La Sorbonne part plus vite que nous tous. Moi, demain, je m’inscris à la Sorbonne, c’est trop cool, ça accélère les procédures !”. Pas d’eau, un connaisseur m’apprend qu’on peut rester jusqu’à huit heures, huit heures durant dans cette cage, sans boire ni manger. Quand on va aux toilettes, il est éventuellement possible de boire, si le flic qui accompagne est sympa, en effet le point d’eau ne se trouve pas dans les toilettes mais à l’extérieur, il dépend donc du bon plaisir du flic de pouvoir ou non s’y désaltérer. Un type, qui ne parle pas français mais seulement arabe et qui baragouine un peu d’anglais, réclame à cor et à cri de l’eau. Comme je suis la seule à parler un peu anglais, je lui explique qu’il doit plutôt interpeller les flics au motif de vouloir pisser et qu’il pourra alors peut-être boire si le flic qui l’accompagne est bien luné. Je suis sortie de la cage par deux fois pour rencontrer mes avocats. Ils cherchent la faille, continuent à penser qu’il n’y a rien dans mon dossier, malgré son épaisseur, que nulle infraction ne peut être retenue contre moi. Ils m’expliquent que le fait que je sois blanche, d’un certain âge (49 ans), intégrée dans la société, fonctionnaire, prof (de philosophie), mère de famille, locataire (donc pas SDF), sans casier... que tout cela est considéré par le juge comme circonstances aggravantes d’où la proposition de peine démesurée – 3 mois avec sursis – du juge qui semble adepte d’une justice de classes, à l’envers...

Vers 18h : on m’annonce que je suis libre ! Sans passer par la case : confrontation avec le juge. Mon avocat a semble-t-il prouvé au juge que je suis détenue abusivement et que les charges qui pèsent contre moi sont nulles et non avenues. De plus, j’aurais dû être libérée dès 8h du matin. Un procès aura bien lieu, mais je pourrai attaquer la justice pour détention abusive, privation inique de liberté, et chefs d’accusation infondés ! Je traverse en sens inverse la souricière pour rejoindre le dépôt et y récupérer mes effets. Attente encore, je piaffe, je sautille : “je suis victime d’une erreur judiciaire, victime d’une erreur judiciaire” dis-je à chaque flic auquel j’ai à faire. Les flics prennent leur temps pour me restituer mes affaires. J’ironise : “alors, vous allez mettre une heure à me rendre mes affaires ?”, “p’t-être bien qu’oui” me rétorque-t-on, “nous avons tout notre temps...”. Après une longue attente on me restitue mes affaires contenues dans un sac poubelle, j’en vérifie le contenu, comme demandé, je signe encore moult papiers, je pose sur le banc que j’occupe le sac poubelle délesté de mes biens et me dirige vers la sortie, accompagnée d’un flic. On m’interpelle alors, je dois mettre le sac dans la poubelle, on me demande donc de le ramasser et de l’y placer, ultime humiliation, je m’exécute. Me voilà dans la rue, hagarde, en pyjama, tennis délacés, sans argent, sans pass navigo, la lumière du soleil me fait souffrir. Je passe un coup de fil, on vient me chercher, ça serait trop con de prendre le métro sans ticket et de me faire embarquer ! Je bois un café en terrasse, place du Châtelet, le café le plus délicieux de toute mon existence. Je médite : “si un journal de l’établissement comme Libération peut se permettre de transgresser la loi interdisant toute propagande le week-end du vote sans que ses confrères ni les autorités ne s’en offusquent, pourquoi une citoyenne ordinaire devrait être, elle, poursuivie et mise en garde à vue durant 52 h pour jet de farine ?...”

J’attends le courrier pour mon procès et ne manquerai pas de vous le raconter !

ACAB

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