À ceux qui veulent nous faire voter Macron

Si vous aviez dépensé autant d’énergie à combattre le FN que vous en avez dépensé à essayer de nous convaincre de voter Macron, on en serait certainement pas là.

Il y a une semaine, je publiais sur mon compte Facebook mais aussi sur ce site un texte intitulé « je ne voterai pas Macron » dans lequel j’expliquais pourquoi je refusais de choisir entre l’ultra libéralisme de Macron et le fascisme de Le Pen.
J’ai depuis reçu un certain nombre de messages, lu un certain nombre d’articles, de statuts Facebook, discuté avec un certain nombre de proches qui ont pour beaucoup essayé de me convaincre de voter Macron.

Lorsque j’ai écrit mon texte, j’hésitais encore entre le vote blanc, le vote nul et l’abstention.
Aujourd’hui, j’ai fait mon choix, ce sera l’abstention. En effet, on parle beaucoup de l’abstention mais très peu des votes blancs et nuls, choisir l’abstention, c’est refuser de légitimer celui ou celle qui sera élu(e) dimanche, c’est affaiblir le prochain ou la prochaine Président(e). Avec un fort taux d’abstention, la personne qui sera désignée Présidente à l’issue du scrutin n’aura de légitimité que celle donnée par les personne ayant choisi de voter pour lui ou elle, soit une minorité.

On me dit que si je ne vais pas voter, je n’ai pas le droit de me plaindre. Qu’est-ce donc que ce pays dans lequel celui qui ne va pas voter, par conviction, par absence d’intérêt ou par dégoût, n’a pas le droit de s’exprimer à l’issu du scrutin ? Voter, c’est accepter les règles du jeu, ne pas voter, c’est refuser de les légitimer, en ce sens, celui qui ne vote pas est d’autant plus légitime à contester la politique menée par le vainqueur des élections.

Depuis le premier tour, beaucoup de gens affirment publiquement leur volonté de ne pas voter Macron, la plupart du temps sans culpabiliser celles et ceux qui préfèrent, face au péril fasciste, faire le choix du vote pour le moins pire. Si de la part des abstentionniste, il n’y a pas de culpabilisation des votants, ce n’est pas vrai dans l’autre sens.
Ainsi, depuis le premier tour, les discours culpabilisant les abstentionnistes sont devenus monnaie courante, nous, abstentionnistes, serions responsables de la montée du FN, nous, abstentionnistes, serions responsables d’une potentielle élection de Marine Le Pen.

Mais est-ce nous, les abstentionnistes, qui avons mené des politiques précarisant les populations les plus pauvres, démantelé le code du travail, aggravé les crises, surfé sur les thèses d’extrême droite, banalisé le FN, polémiqué sur le Burkini, mis en place l’état d’urgence, proposé la déchéance de nationalité ? Est-ce nous, les abstentionnistes, qui invitons quotidiennement Florian Philippot, David Racheline, Marine Le Pen, Marion-Maréchal Le Pen et autres membres du FN sur des plateaux télé ou à la radio ? Est-ce nous, les abstentionnistes, qui avons donné la parole à Eric Zemmour pendant des années à une heure de grande écoute ? Enfin, est-ce nous, les abstentionnistes, qui votons FN ?

Non, ce n’est pas nous, ce n’est pas nous qui faisons monter le Front National, ce n’est pas nous qui sommes responsables de la crise, de la pauvreté, de la misère, du racisme.
Pourtant, nous sommes les cibles toutes trouvées, les responsables identifiés d’une potentielle victoire du fascisme aux élections présidentielles. Il est tellement plus facile de s’en prendre à son voisin abstentionniste par conviction qu’à des politiciens racistes par opportunisme.

Ainsi, depuis quelques temps, vous, antifascistes des urnes, vous qui combattez le fascisme une fois tous les cinq ans en glissant un morceau de papier dans une enveloppe, vous nous accusez, quotidiennement. Vous nous accusez d’ambiguïtés à l’égard du Front National dont nous combattons les idées au quotidien, vous nous accusez de tolérer ses idées fascistes que nous combattons dans la rue, dans nos facs, dans nos entreprises, dans nos lycées, dans nos quartiers. Vous nous accusez de faire le jeu du FN alors que le candidat pour qui vous vous apprêtez à voter va passer cinq ans à préparer le terrain pour le FN.

Vous, qui ne sortez de votre coma politique que lorsqu’il y a des élections et qui allez y replonger une fois les législatives de juin passées, vous vous permettez de nous culpabiliser, de nous faire porter sur les épaules la responsabilité des échecs de ceux pour qui vous votez, élections après élections et qui mènent inlassablement des politiques libérales, autoritaires, austéritaires qui ne cessent de faire monter le FN.

Avez-vous entendu un abstentionniste culpabiliser un votant ? Avez vous entendu une personne refusant de voter Macron s’en prendre à une personne qui a prévu de le faire ?
Non, pour ma part, tout ce que j’ai entendu, ce sont des votants s’en prendre avec une extrême violence à des abstentionnistes, les accusant de tout et n’importe quoi.

Vous dépensez une énergie folle à essayer de nous convaincre de voter Macron pour faire barrage au FN, nous dépensons une énergie folle à combattre le FN dans la rue, dans les idées, par le débat, par des manifs, par des actions, par des textes argumentés.
Toute cette énergie que vous dépensez nous serait d’une utilité précieuse si seulement vous ne l’utilisiez pas à vous en prendre à nous dont vous partagez certaines des convictions. Au lieu d’essayer de nous convaincre de voter Macron, allez plutôt convaincre les électeurs de Le Pen de renoncer à leur volonté de voter FN, allez discuter avec eux, allez argumenter, allez démonter leurs discours, et vous savez bien que c’est possible, vous savez bien que le FN n’est qu’une mascarade, que sa posture de parti qui prend soin des plus pauvres n’est qu’une façade derrière laquelle se cache un parti fasciste méprisant l’ensemble de la population et dont les membres sont d’un racisme, d’une xénophobie, d’une homophobie, d’un antisémitisme et d’un sexisme qu’il est primordial de combattre.

Nous culpabiliser de ne pas voter Macron n’a aucune espèce d’utilité, allez convaincre les frontistes de renoncer à voter Le Pen est vital. Ne vous trompez pas de cible, nous ne sommes pas vos ennemis.

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