70 000 coups de poignard !

Bientôt 70 000 personnes retenues en otages par l’État dans ses infâmes geôles. Comme une nouvelle parmi d’autres dans la cascade d’horreurs qu’on nous déverse au quotidien, afin de mieux nous écraser sous le poids de la réalité, chiffrée et statistiquée. Extrait de Lucioles n°17, bulletin anarchiste de Paris et sa région, mai 2014.

Et voilà qu’on pourrait s’embarquer indéfiniment avec l’ennemi dans une danse macabre des chiffres, en faire le décompte pour bien montrer combien la « population carcérale » a littéralement explosé lors des cinquante dernières années. S’attarder sur les moindres aspects de cette réalité : quel pourcentage de surpopulation, combien dormant sur des matelas à même le sol, plus ou moins de « suicides » derrière les murs d’une année à l’autre, comparer avec d’autres pays voisins, etc...

Si ce fait nous prend aux tripes, car nous ne sommes décidément pas des autruches enfonçant leur cou sous terre pour ne rien voir autour, nous n’allons pas ici donner place aux divers « arguments » qui ont cours chaque fois que la démocratie fait ses comptes et se demande comment faire mieux la prochaine fois. Comprendre : comment enfermer mieux, comment mieux dresser, comment mieux « remettre sur le Droit chemin », comment mieux « réinsérer », comment mieux empêcher la récidive, comment « améliorer » les conditions de détention, comment mieux mater ceux et celles qui continuent de garder la rébellion vissée au corps. Comment faire en sorte que la prison continue de faire peur à tous ceux qui se croient libres dehors.

Réforme pénale ou pas, il est une vérité qui ne changera pas, qui n’est pas réformable d’ailleurs : les puissants et les riches haïssent les pauvres et les insoumis, ils ne les aiment qu’au boulot, serviles, morts ou derrière des barreaux plutôt que courant dans les rues. Car c’est bien l’unique sens des dernières évolutions en la matière, si jamais elles se concrétisent : tenus à la cheville par une laisse électronique ou enfermés entre quatre murs, suivis de près par le service d’insertion et de probation ou par le brutal maton, pointage au comico ou zonzon, enfermés dehors, enfermés dedans. Leur projet n’est pas de vider les prisons, bien sûr, mais de les garder bien pleines d’une part, et d’autre part étendre toujours plus la chaîne du contrôle « hors les murs », à de plus en plus de personnes définies comme indésirables ou nuisibles à la bonne marche de cette société. La prison ne concerne pas les seuls détenus, aussi vrai que le pouvoir ne veut pas uniquement garder la main sur ces derniers, mais sur l’ensemble des individus jugés à risque.

D’où la militarisation de certains quartiers tumultueux, la prolifération des caméras de surveillance, la multiplication des contrôles dans la rue et les transports, l’architecture et l’urbanisme toujours plus adaptés aux besoins de la police et des riches, la mise en place des Zones de Sécurité Prioritaires (ZSP) se traduisant par la présence de brigades de choc (type BST) assistées par d’autres troupes para-policières (pensons aux Correspondants de Nuit ou aux dispositifs type « Voisins vigilants »).
D’où l’obligation de médication en extérieur en appoint à la camisole psychiatrique pour de plus en plus de monde. D’où le maintien également, en période d’austérité, des budgets de trois ministères qui sont autant de piliers du pouvoir : l’Education, la Justice et la Police.

D’où des projets parlant très clairement comme le futur palais de Justice et siège de la police judiciaire parisienne (Porte de Clichy, dans le XVIIème), ou encore la future antenne de la police scientifique, couplée à un nouveau commissariat, à Saint-Denis (93).

Pour l’Etat, la question ne se pose pas dans les termes « prison ou liberté surveillée », ni dans le dilemme « 30 000 places de prison supplémentaires ou mesures alternatives » mais dans la formule « plus de prisons et plus de liberté surveillée ». En ce sens, le bracelet électronique et l’assignation à domicile avec travail obligatoire sont bien le maximum que leur humanisme de bourgeois démocrates peut contenir, et comme pour le reste de leurs projets pour nous, comme pour tous les faux choix qu’ils nous offrent, nous crachons dessus.

Et quelque chose nous dit qu’en ce domaine nous ne sommes pas seuls... Le fait que leurs taules mêmes modernisées n’en finissent pas, pour de nombreux détenus et révoltés à l’extérieur, d’être tenues pour ce qu’elles sont : des infamies à détruire sans rien attendre. Les multiples mutineries, saccages, évasions (réussies ou avortées) et actes de résistance face aux matons qui ont eu lieu ces derniers mois parlent clairement dans ce sens.

Quelque chose nous dit qu’à l’heure où ce monde dans son intégralité devient de plus en plus intolérable aux yeux et aux cœurs de millions d’entre nous, il n’y a pas de raison que la prison, qui n’est que le gris reflet de la société, reste à l’abri quand la poudrière explose.

Qu’à l’heure où il n’y a plus rien à demander au pouvoir, surtout pas une cage repeinte ou une chaîne plus longue, il ne reste qu’à trancher.

Extrait de Lucioles n°17, bulletin anarchiste de Paris et sa région, mai 2014.

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