Renommer les rues de Paris pour la Marche des solidarités

A l’occasion de la Marche des Solidarités des rues ont été rebaptisées en mémoire des victimes de la violence d’État et des soulèvements en réponse à celle-ci. Des plaques commémoratives ont été bétonnées à cet effet sur tout le parcours de la manifestation.

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« Dès que le cœur d’un grand Homme s’arrête,
Paris donne son nom à une artère,
Moi j’suis pour qu’le boulevard d’la Villette,
Soit rebaptisé Bouna & Zyed »
-Médine : "Grand Paris"

Place Napoléon III (10e), Rue Bonaparte (6e), Rue Faidherbe (11e), l’aéroport Charles de Gaulle… Notre répertoire urbain est, comme on nous le rappelle si souvent, un ensemble de monuments érigés à la gloire de l’empire et du colonialisme français. Alors que la France intervient encore et toujours dans l’arène internationale en tant que force néocoloniale, avec en moyenne une intervention militaire par an en Afrique depuis la guerre d’Algérie ; alors que les institutions répressives de l’État (la police, l’armée, la justice...) continuent d’appliquer des logiques de domination coloniale à l’intérieur du territoire, dans les banlieues et autres quartiers populaires ; alors qu’une dérive sécuritaire et néolibérale s’installe doucement sous l’égide de la « révolution macroniste », nous avons décidé, pendant un bout de temps, de nous réapproprier les rues de la ville à l’occasion de la Marche des Solidarités.

Sur tout le parcours de la manifestation, des rues ont été rebaptisées en mémoire des victimes de la violence d’État, et des soulèvements en réponse à celle-ci. Des plaques commémoratives ont été bétonnées à cet effet.

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Ainsi Paris aura pour la première fois, entre autres, un Boulevard Zyed et Bouna, un Boulevard Malik Oussekine, une Rue des 33000 morts en Méditerranée (1990-2018), une Rue des 206 éxilé.e.s mort.e.s à Calais (1999-2017), un Boulevard du Déporté (étouffé dans un vol d’Air France en novembre 2017), mais aussi une Rue des révoltes de 2005, un Boulevard Frantz Fanon, et un Boulevard de Mai 67 (révoltes en Guadeloupe fortement réprimées par la police).

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Pour info, le Guide du Paris colonial et des banlieues (janvier 2018, éditions Syllepses) a repéré plus de 200 rues arborant les noms de colonisateurs et autres impérialistes français et européens. En voici quelques-uns pour vous donner une petite idée :
  • Avenue Bugeaud (16e ) : Thomas Robert Bugeaud (1784-1849) était le premier Gouverneur-général de l’Algérie, responsable de la colonisation du pays au 19e siècle, qui a mené une politique de la terre brûlée consistant à incendier les champs, détruire les villages, et massacrer les populations locales.
  • Rue Clauzel (9e) : Bertrand Clauzel (1772-1842) était Maréchal de France, et a mené des expéditions dans les Caraïbes pour rétablir l’esclavage. Il a également dirigé une plantation esclavagiste en Alabama, et a pris part à la colonisation de l’Algérie.
  • Rue Colbert (2e) : Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), le ministre des finances de Louis XIV, a écrit le Code Noir qui a posé les bases légales de l’esclavage dans les colonies françaises.
  • Avenue du Maréchal Gallieni (7e) : Joseph Gallieni (1849-1916) était un commandant militaire et un administrateur français en Afrique, aux Caraïbes et en Indochine. Il a brutalement réprimé les soulèvements des populations colonisées.
  • Avenue Leopold II (16e) : Le roi Leopold II de Belgique (1835-1909), jaloux des empires français et anglais, a colonisé le Congo, pillant l’ivoire et le caoutchouc. On estime que 10 millions de personnes sont mortes entre 1885 et 1908, sous son joug.

Face au colonialisme et au racisme d’État, solidarités et résistances !

De la part de la brigade nocturne de la Mairie du Grand Paris

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