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Réflexions sur la casse en manif et les évènements du 1er mai à Paris

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Voilà, on y est, tous les médias en parlent, les politiques de droite condamnent avec fermeté et demandent plus de répression, les politiques de gauche tentent de faire passer les « casseurs » pour de faux manifestants infiltrés pour décrédibiliser le mouvement social contre Macron. Les évènements du 1er mai à Paris sont à la une de tous les journaux, BFM & Co sont en boucle dessus et on a droit à la logorrhée habituelle sur les méchants-casseurs-vêtus-de-noir-mais-qui-sont-ils- ? Ces évènements du 1er mai à Paris donnent l’occasion de livrer quelques réflexions au sujet de la casse, de son traitement médiatique et politique, ainsi que du débat stratégique qu’elle ouvre nécessairement.

Tout d’abord, commençons par le commencement, qu’est-ce que la casse et qu’est-ce qu’un black bloc ?

Qu’est-ce que la casse ?

La casse est un mode d’action visant à détruire des biens matériels ciblés et identifiés comme ennemis. La casse vise donc des symboles de l’État, (commissariats de police, casernes de gendarmerie, véhicules des forces de l’ordre) des symboles du capitalisme, (banques, assurances, agences immobilières, chaînes de fast food, grandes surfaces, boutiques de luxe) ou encore des symboles de l’arrogance bourgeoise (voitures de luxe, hôtels particuliers). La casse est un mode d’action et non une fin en soi, les « casseurs » ne cassent pas pour casser, par plaisir malsain pour la destruction d’objets et si cette déviance existe parfois, elle est tout à fait minoritaire. Ce mode d’action s’appelle la « propagande par le fait ». C’est une méthode d’inspiration anarchiste visant à passer de l’affirmation, de la position de principe, à l’action. La casse est donc une méthode illégale et assumée comme telle. L’idée sous-jacente est le fait d’assumer une conflictualité avec l’État et le capitalisme mais aussi de sortir d’un cadre donné et autorisé par ce même État.

Qu’est-ce qu’un black bloc ?

Un black bloc est un ensemble de personnes habillées en noir, cagoulées de façon à ne pas être reconnaissables. Les personnes participant au black bloc ont différentes idéologies, certaines appartiennent à des partis politiques, d’autres non, certaines sont syndiquées, d’autres non. Contrairement à ce qu’affirment de nombreux politiques et médias, les black blocs ne sont pas « anarchistes » même si il y a bien évidemment des militants anarchistes en leur sein. Les black blocs naissent au cours d’une manifestation et disparaissent une fois la manifestation terminée, il n’y a pas de structuration pérenne du black bloc. Le black bloc est donc une tactique et non un groupe militant. En effet, la tactique du black bloc permet aux personnes en faisant partie d’être anonymes et de ne pas être identifiées par la police, les caméras de video-surveillance ou encore sur les photos publiées sur les réseaux sociaux. La tactique du black bloc laisse une liberté d’initiative aux manifestants en faisant partie, étant anonymes, ceux-ci peuvent casser des vitres, des distributeurs automatiques ou se défendre face aux agressions policières en minimisant les risques d’arrestation et d’identification.

Face aux évènements du 1er mai à Paris, politiques et médias nous font le coup de l’ennemi intérieur qui souhaite détruire la démocratie

Souvent, on entend comme critique des black blocs que les gens cagoulés n’ont pas le courage d’assumer ce qu’elles font. À cette critique, nous pouvons répondre que la politique n’est pas un jeu et l’affrontement avec l’État n’est pas un affrontement sans risque, de plus, cet affrontement ayant comme finalité la chute du capitalisme, il est évident que se mettre en danger au nom d’un principe absurde de « courage » dans la lutte n’a aucun sens tant les risques encourus sont grands, tant pénalement que sur le plan militant. Assumer une conflictualité avec l’État et le capitalisme à visage découvert, et pourquoi pas en montrant sa carte d’identité, c’est le meilleur moyen de finir en prison.
Face aux évènements du 1er mai à Paris, politiques et médias nous font le coup de l’ennemi intérieur qui souhaite détruire la démocratie en ne respectant pas le pacte républicain, cet ennemi intérieur qu’il faut dissocier des autres manifestants pacifistes et donc légitimes, acceptant le pacte républicain et faisant simplement valoir leur droit fondamental de manifester, droit reconnu par l’État et accepté par la bourgeoisie. Il y aurait donc ceux qui combattent la politique gouvernementale sans pour autant remettre en cause la légitimité de l’État à mener une politique favorable au capitalisme, ceux-là même avec qui le gouvernement doit faire mine de négocier pour finalement mieux « expliquer ses réformes » et les autres qui luttent non seulement contre la politique menée par Macron, mais aussi de manière générale contre le système capitaliste, contre le gouvernement, contre le pouvoir au service des classes dominantes dont impérialisme, répression et exploitation sont les sources de sa position de domination.

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Il est ici comique de constater le double jeu mené par les grands médias. En effet, le mardi 1er mai dans la matinée, avant donc la manifestation parisienne, BFM TV parlait de « démonstration de faiblesse » de la part des syndicats afin évidemment de délégitimer auprès de l’opinion publique les forces qui tentent de lutter contre la politique de Macron.
Quelques heures plus tard, changement total de discours et cette fois il y avait d’un côté les gentils manifestants de la CGT et autres syndicats qui manifestent pacifiquement, comme ils ont le droit de le faire et de l’autre les méchants casseurs radicalisés qui n’ont aucune légitimité.

Mais qu’en est-il justement de cette légitimité ? Comment nous positionner face au « pacte républicain » qui nous donne le droit de manifester ?

Il y a ici deux légitimités qui doivent être étudiées distinctement. Il y a premièrement la légitimité vis à vis des ennemis que nous combattons et deuxièmement la légitimité vis à vis de nos potentiels alliés.

Ici, le gouvernement et les médias en traitant les « casseurs » comme des ennemis intérieurs sortis du pacte républicain ne font en réalité qu’essayer de casser la légitimité de ceux qui luttent contre le capitalisme et la forme actuelle de l’État auprès de la majorité de la population. L’idée ici est de dire que l’État est légitime, le gouvernement aussi car il a été élu, la République est légitime car elle est une sorte de pacte social entre le peuple et l’État et le capitalisme ne saurait être remis en question car il est juste. Ces idées doivent toutes être combattues. L’État dans sa forme actuelle est un organe profondément contre révolutionnaire, il est au service d’une classe sociale, la bourgeoisie, le gouvernement, en servant les intérêts des plus riches assure totalement cette fonction de l’État. La République n’est que la forme de l’État mais son histoire est celle de la colonisation, du massacre des communards et de l’impérialisme. Enfin, le capitalisme dont les mécanismes ont été analysés par Karl Marx dans Le Capital est un mode d’organisation de la production dans lequel les moyens de production appartiennent à des personnes privées dont l’intérêt direct est la recherche du profit. Dans le système capitaliste, celui qui ne possède pas son outil de production vend sa force de travail à un détenteur d’un moyen de production, c’est à dire à un bourgeois. Le bourgeois emploie alors le travailleur, celui-ci produit des marchandises, matérielles ou immatérielles, le bourgeois vend ensuite ces marchandises et rémunère le travailleur en dessous du prix de la vente de la marchandise que le travailleur a produite. C’est donc le travailleur qui produit tout et permet à la société de fonctionner, mais c’est le bourgeois, du simple fait qu’il possède l’outil de production qui détermine comment est organisée la production et capte la sur-valeur produite par le travailleur. Ce système, intrinsèquement injuste car basé uniquement sur l’inégalité de capital, est celui qui régie la production de la majorité des pays du Monde. Pour continuer à régir la production, le système capitaliste a besoin d’un État à son service. Cet État, par la répression policière et judiciaire des travailleurs tentant de se révolter contre le système capitaliste, est ainsi au service du capitalisme et donc d’un ordre profondément injuste. La violence de la répression est aujourd’hui un principe étatique car l’État s’est auto-octroyé le monopole de la violence physique légitime à travers le mythe du contrat social.
Outre la violence répressive visant ceux qui luttent contre le capitalisme, le système capitaliste s’accompagne nécessairement d’un ensemble de phénomènes de violence extrême qui brise des vies. La violence du capitalisme c’est les licenciements abusifs qui laissent des familles entières sur la paille. La violence du capitalisme c’est les expulsions de logement à 6h du matin car des familles n’arrivent plus à payer leur loyer. La violence du capitalisme c’est des étudiants qui sont obligés de renoncer à un diplôme car ils n’arrivent pas à cumuler un emploi et le fait d’étudier. La violence du capitalisme c’est les personnes sans papier qui font des jobs de merde pour un salaire de misère et vivent en permanence avec la peur de se faire expulser vers un pays où elles sont en danger. La violence du capitalisme c’est 7 millions de morts de la pollution atmosphérique chaque année. La violence du capitalisme c’est les femmes deux fois plus exploitées que les hommes, les mères célibataires obligées de cumuler deux emplois précaires pour subvenir aux besoins de leurs enfants. La violence du capitalisme c’est se faire refuser un logement ou un emploi car on est noir ou arabe. La violence du capitalisme c’est des millions de morts chaque année de maladies dont on sait pourtant comment les éradiquer, maladies qui n’existent d’ailleurs plus dans les pays « riches ». La violence du capitalisme c’est les guerres aux quatre coins du Monde entre des grandes puissances qui se disputent des matières premières. La violence du capitalisme c’est des salariés qui font un burn out voir se suicident à cause des pressions de leur hiérarchie.

Lorsque les « casseurs » attaquent un McDo, symbole s’il en est du système capitaliste, c’est une réponse légitime et symbolique à toutes les violences du capitalisme

La violence du capitalisme c’est 2 millions de morts d’accidents du travail dans le Monde chaque année. La violence du capitalisme c’est voir son voisin fils de PDG partir en vacances dans un hôtel de luxe pendant qu’on passe son été à trimer pour espérer ne plus être à découvert un jour. La violence du capitalisme c’est voir les fils de riche aller dans des écoles de commerce à 8000€ l’année où se reproduit l’élite économique pendant que les enfants de pauvres entrent dans le monde du travail à 17 ans, voir plus tôt, et enchaînent les petits boulots précaires.

Cette violence là est celle d’un système économique, elle est subie par la majeure partie de l’humanité d’une manière ou d’une autre. Cette violence découle en premier lieu d’un système de production basé sur les inégalités de capital, un système économique créant de fait des inégalités desquelles découlent d’autres inégalités.

Lorsque les « casseurs » attaquent un McDo, symbole s’il en est du système capitaliste, c’est une réponse légitime et symbolique à toutes les violences du capitalisme qui brise des vies, mais c’est surtout un acte de lutte visant à assumer une conflictualité avec l’État et le système capitaliste. Lorsqu’on est déterminé à lutter contre le capitalisme dans l’espoir de lui substituer un système plus juste dans lequel chaque individu trouverait sa place et dans lequel les violences mentionnées précédemment n’existeraient plus, il est évidemment nécessaire d’assumer ne pas être légitime aux yeux de l’État, des médias et de la bourgeoisie. Nous ne pouvons nous résoudre à demander à un État que nous combattons de nous reconnaître comme légitimes, nous ne pouvons nous résoudre à considérer les lois de l’État que nous combattons comme étant toutes légitimes et devant être respectées. Par ailleurs, les quelques droits que nous avons aujourd’hui et qui nous permettent de vivre dans de meilleures conditions qu’il y a 100 ans, nous les avons gagnés par la lutte, et notamment par des méthodes illégales et violentes. Ces acquis ne sont pas des cadeaux de l’État, ce sont des acquis de lutte ayant permis aux travailleurs de ne plus crever de faim dans des bidonvilles en travaillant 14h par jour sans jamais pouvoir partir en vacances. Mais que les choses soient claires, la situation aujourd’hui n’est pas pour autant optimale. Les inégalités découlant de la possession ou non du capital existent toujours et la violence qui en découle est toujours vivace, il faut donc attaquer le problème à la racine, c’est à dire attaquer le capitalisme en tant que système de gestion de la production.

Oui, nous devons gagner la légitimité aux yeux de ces personnes, ce ne sont pas nos ennemis, les travailleurs, les chômeurs, la majorité des étudiants et des retraités

Dans ce contexte, la tactique du black bloc et les actions de casse sont tout à fait légitime pour celles et ceux qui luttent contre l’État et le capitalisme, ces actions, contrairement à ce que disent les médias et les politiques, ne constituent pas une horrible violence qu’il faut à tout prix dénoncer, elles constituent juste une réponse symbolique à une violence sociale bien réelle. Et si les mouvements révolutionnaires, en rupture avec le capitalisme ne doivent en aucun cas rechercher la légitimité des forces qu’ils combattent, il en est autrement quant aux potentiels alliés dont nous avons besoin pour faire tomber le capitalisme, c’est à dire la majorité de la population, celles et ceux qui subissent quotidiennement la violence du capitalisme mais qui ne luttent pas encore ou au contraire n’ont plus la force de lutter. Oui, nous devons gagner la légitimité aux yeux de ces personnes, ce ne sont pas nos ennemis, les travailleurs, les chômeurs, la majorité des étudiants et des retraités ne luttant pas ou plus sont objectivement les alliés des travailleurs, chômeurs, étudiants et retraités qui luttent, y compris par l’illégalité. Il est donc absolument nécessaire d’attirer ces gens vers nous, vers la lutte révolutionnaire, si nous souhaitons un jour être en mesure de renverser le capitalisme.

C’est donc ici que doit intervenir le débat sur la casse et la tactique du black bloc, le débat ne porte pas sur le fait que ce soit bien ou mal de casser des vitrines, ce ne sont que des vitrines, le débat doit porter sur la stratégie à mener pour gagner à court terme contre des réformes odieuses et à long terme contre le système capitaliste. Si la casse et le black bloc permettent d’obtenir des victoires ou présentent de grands avantages lors d’une manifestation particulière, alors ils doivent être utilisés et sont naturellement légitimes car ils s’inscrivent dans une lutte légitime. Si en revanche la casse et le black bloc, lors d’une manifestation donnée, ont un impact plus négatif que positif pour des raisons quelconques, alors il convient de ne pas les utiliser, car ces méthodes ne sont pas des fins en soi mais bien des moyens.

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