Rassemblement place de la République en solidarité aux étudiants mexicains disparus

Des centaines de personnes se sont rassemblées hier soir, jeudi 20 novembre, à l’appel de plusieurs organisations pour réclamer justice pour les étudiants disparus à Iguala dans l’État du Guerrero et pour dénoncer les liens entre le gouvernement et les cartels de drogues.

Le 26 septembre dernier, 43 étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa dans l’État du Guerrero étaient portés disparus. L’enquête pour tenter de les retrouver a permis de découvrir d’innombrables fosses communes autour de la ville d’Iguala mais les étudiants sont pour le moment introuvables. Une mobilisation sans précédent secoue le pays depuis plusieurs semaines et ces mouvements trouvent des échos parmi la diaspora mexicaine un peu partout dans le Monde.

“Ayotzinapa vive, la lucha sigue !” C’est sur ces cris que débute le rassemblement à Paris, place de la République, en soutien aux étudiants mexicains disparus de l’école normale rurale d’Ayotzinapa.

Rassemblement pour réclamer justice pour les étudiants disparus à Iguala, jeudi 20 novembre, Paris

De nombreux drapeaux mexicains flottent sur la place rassemblant vers 18h plusieurs centaines de personnes désireuses d’exprimer leur soutien et leur solidarité avec les familles des étudiants disparus qui manifestaient le jour même à Mexico.

Rassemblement pour réclamer justice pour les étudiants disparus à Iguala, jeudi 20 novembre, Paris

Des pancartes dénonçant le laxisme du gouvernement ou rappelant que la guerre contre le narco-trafic lancée en 2006 par le président Calderón a causé plus de 100 000 victimes dans tout le pays sont brandis. Des portraits des étudiants sont distribués et leurs noms sont scandés afin “d’honorer leur mémoire, ils sont les martyrs de notre société gangrenée par la corruption et la violence” nous confie Gianella, binationale comme la majorité des personnes rassemblées ce soir.

Rassemblement pour réclamer justice pour les étudiants disparus à Iguala, jeudi 20 novembre, Paris

Jusqu’à 21 h, des dizaines de personnes se succéderont au micro pour dénoncer les liens entre les narco-trafiquants et le pouvoir politique en place, la violence policière et la corruption. Des proches des familles des victimes, écoutée religieusement par l’assemblée, témoigneront de leur détresse face à ces horreurs. Mais c’est avec un message d’espoir et de lutte repris par tous les participants qu’ils concluront leur intervention : “Vivos se los llevaron, vivos los queremos !”

Alors que le président mexicain Enrique Peña Nieto est au plus bas dans les sondages, plusieurs manifestants se sont inquiétés du silence des médias français ainsi que de François Hollande concernant la disparition des étudiants : “Les mass medias ne sont pas dans l’analyse... Ils prennent pour argent comptant la version officielle et ne voient pas le ras le bol des mexicains” déclare Juanito un expatrié mexicain très énervé contre “la sphère médiatique à la solde des gouvernements”.

Il est vrai qu’hormis une pétition lancé à l’initiative de quelques députés européens dont José Bové pour réclamer le respect des droits de l’homme au Mexique, aucune analyse en profondeur n’a émergé des principaux journaux français sur les faits qui agitent le Mexique depuis presque deux mois. Le gouvernement français ne s’est pas non plus positionné sur le sujet, empêtré qu’il est dans l’affaire Remi Fraisse.

“Les mouvements sociaux engendrés par le massacre des étudiants d’Ayotzinapa s’inscrit dans une longue tradition de revendication sociale et de lutte de l’État du Guerrero” nous explique Irma Sandoval, sociologue à l’UNAM. En effet, dans les années 60, la ville de Chilpancingo, capitale du Guerrero, était alors le théâtre de nombreuses lutte sociales et un véritable laboratoire de la pensée progressiste. Ces mouvements furent à l’origine des manifestations de mai 68, durement réprimées à l’époque. “Le Guerrero a toujours été une boussole pour le pays” conclut Irma.

A Mexico, une grève générale a été suivie par des dizaines de milliers de personnes empêchant les commémorations du 104 ème anniversaire de la révolution mexicaine d’avoir lieu. La mobilisation est donc très forte et n’est pas prêt de faiblir : dans 5 mois, le gouvernement mexicain doit officiellement ouvrir le capital de PEMEX, entreprise publique d’exploitation pétrolière, aux capitaux étrangers. “Nous ne laisserons pas ce gouvernement vendre notre pays et ses ressources naturelles à des entreprises privées” nous affirme Juanito.

Localisation : 10e arrondissement

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