Que se passe-t-il à la RATP ?

Les usagers des transports en commun constatent une évidente dégradation de la qualité de ces services en échange de tarifs toujours plus élevés. Pour vous rendre compte de la situation, il suffit de discuter un peu avec les salariés (à moins de tomber sur le chef, qui vous dira que tout va bien). Ils seront ravis de rencontrer des voyageurs qui s’intéressent à leurs conditions de travail.

Texte distribué dans le métro parisien depuis plusieurs mois.

Nous l’avons fait, et il en ressort ceci : La RATP est un véritable laboratoire où s’expérimentent les pires techniques de management, dont certaines sont imitées dans d’autres secteurs d’activité, publics et privés. Les objectifs imposés deviennent carrément irréalistes à mesure que les moyens d’y parvenir diminuent, et la pression s’abat, par voie de hiérarchie, sur les plus bas échelons, ces milliers d’exploités qui tentent de faire fonctionner les transports en commun. Car le véritable but de la direction de la RATP n’est pas le bon fonctionnement des transports en commun, mais leur rentabilité. Il s’agit d’utiliser le matériel jusqu’à la dangerosité, ne pas embaucher le personnel nécessaire à son fonctionnement. Il faut sans cesse oppresser les employés pour obtenir toujours plus de travail dans le même temps et pour le même salaire. Tout est fait pour les démoraliser, les atomiser, les isoler de leurs collègues afin de limiter les contacts entre eux, éviter qu’ils ne discutent de ce qui déconne dans cette boite. Le seul rapport entre collègues qui soit encouragé, c’est la délation. La RATP possède un service à part entière dont la mission est de fliquer les employés (BSP). En plus de ça, elle trouve les moyens pour payer des entreprises privées qui envoient de faux voyageurs espionner les salariés. Comme quoi, après avoir distribué plusieurs centaines de milliers d’euros par an à ceux qui se hissent au rang de directeur de ligne, il reste encore de l’argent à dépenser. Mais au fait, d’où vient cet argent ? De la vente des titres de transport ? Cette dernière suffit à peine à financer le contrôle (tourniquets, portillons, contrôleurs, administration des amendes...). La publicité ? Elle rapporte des fortunes aux annonceurs, mais représente moins de 2% du budget du STIF.

En réalité, les transports en commun sont principalement financés par le conseil régional d’IdF et les conseils généraux des départements, c’est à dire avec nos impôts, même si vous ne prenez pas les transports en commun. Mais les transports payants justifient la banalisation du consommateur comme la présence massive d’une surveillance tant matérielle que policière en permettant de traiter un voyageur sans ticket comme un suspect, et donc le contrôler, l’interroger, le fouiller. Cet alibi est aussi très utile à la police dans sa traque aux sans-papiers, avec le concours, toujours dévoué, des contrôleurs et autres GPSR. Voilà à quoi ressemble la RATP aujourd’hui. D’un coté des travailleurs exploités, privés d’outil de travail en bon état et d’organisation efficace, donc épuisés physiquement et moralement, et de l’autre un prolétariat transporté et pacifié que l’on flatte maintenant du doux nom de « clients », car il ne s’agit plus d’un service rendu mais d’une marchandise vendue. Et tout ceci sous la surveillance acerbe d’un dispositif de contrôle qui devient un des principaux postes de dépense, au détriment de la qualité des transports.

Voilà quelle évolution de la société est ici testée, et sera approuvée si les salariés et les voyageurs ne prennent rapidement conscience que l’enfer qu’ils subissent au quotidien est le même et qu’ils doivent par conséquent s’unir dans un même combat. Dans le cas contraire, notre absence de réaction sera interprétée comme un accord tacite, l’expérience considérée comme concluante, et ce projet de société sera entériné, développé, et même perfectionné.

Pourquoi nous, les voyageurs, n’avons jamais entendu parler de tout cela ?

Quand le personnel entre dans un rapport de force avec la direction pour alerter la population sur cette situation inacceptable, les médias de masse présentent systématiquement les grèvistes comme des « privilégiés » (comme si les prolétaires pouvaient croire que l’exploitation est un privilège !) et les voyageurs comme des « otages » victimes de l’égoïsme des grévistes. Cette mauvaise foi éhontée permet d’empêcher toute solidarité qui pourrait inverser le rapport de force en faveur des travailleurs. La prétendue « sécurité de l’emploi » dont ils sont censés profiter est un mythe, la menace de licenciement est omniprésente, et s’abat sur eux sans aucune pitié, à la moindre occasion, souvent pour de fausses raisons. Car même le code du travail qui est censé les protéger est en fait très peu respecté à la RATP. Mais ça, les médias n’en parleront jamais, ils vont plutôt insister sur la galère de ce pauvre voyageur qui a loupé son train à cause de la grève. Comme si le reste du temps les transports fonctionnaient très bien ! Il faut croire que les journalistes prennent rarement le métro ! A moins qu’ils ne relaient la propagande officielle visant à criminaliser le gréviste.

Les syndicats omettent aussi systématiquement de s’adresser aux voyageurs lors des conflits sociaux, pour s’assurer de garder le contrôle de ces luttes, et conserver leur statut de « partenaires sociaux » du patronat. Il faut dire que la plupart de ces mesures répressives contre les salariés ont été mises en place avec leur aval, donc une victoire de ces salariés ne serait pas dans leur intérêt. Ils préfèrent donc, main dans la main avec les médias, empêcher toute convergence des luttes entre les différents services, et entre grévistes et voyageurs, faisant preuve d’un corporatisme obtus qui a mené toutes les dernières luttes des travailleurs à l’échec. Ces défaites retombent aussi sur les voyageurs qui voient se dégrader les transports à mesure que les conditions de travail qui y règnent se détériorent elles aussi.

À nous de décider si nous acceptons cet état de fait, ou si nous faisons en sorte d’inverser la vapeur en opposant aux intérêts capitalistes la solidarité des prolétaires, qu’ils soient exploités par la RATP, ou qu’ils utilisent la RATP pour aller se faire exploiter ailleurs.

S’organiser et se coordonner sur des plateformes de luttes communes.
Briser l’opposition artificielle usagers/agents publics.
Réactiver la solidarité de classe.

en colère...des usagers et des agents en colère... des usagers et des agents en colère...des usagers

contact : antivoyageurmystere [a] laposte.net

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