Que s’est-il passé dans la rue Lauriston à Paris ce samedi 9 février, lors de l’acte XIII des Gilets Jaunes ?

Plusieurs témoignages convergent : hier samedi 9 février, vers 17h30, lors de l’acte XIII se sont produits des faits d’une grande violence rue Lauriston, à proximité de la place de l’Étoile à Paris.

  • Acte XIII : sur la souricière de la rue Lauriston et les tabassages policiers

    Nouvelle série de témoignages dans cet article :

    Merci aux personnes qui ont envoyé ces nombreux témoignages de la violence des flics, et se tiennent à la disposition des personnes blessées rue Lauriston.
    N’hésitez pas à nous faire parvenir d’autres témoignages et à vous mettre en contact, victime ou témoin, avec la coordination anti-répression Île de France :
    stoprepression@riseup.net
    Ielles organisent d’ailleurs un appel à dons et un repas de soutien dimanche 17 février à midi, c’est une bonne occasion de les rencontrer. Il est aussi possible de se rendre à leur réunion hebdomadaire, la prochaine aura lieu mardi 19 février à 18h30 à la Bourse du Travail de Paris (3 rue du château d’eau, métro République).

  • Nouveau témoignage d’une personne dans le Franprix de la rue Lauriston samedi.

    Avant les événements du Franprix nous avons été nassés dans la rue puis poussés dans l’impasse Victor Hugo. Je crois. Ensuite, impossible de bouger. Repoussés dans la rue Lauriston, il y avait quelques énervés qui ont jeté des plantes, alors les gendarmes ont chargés sans discernement. J’ai réussi avec quelques autres personnes à entrer dans le Franprix le vigile fermait les portes quand trois gendarmes mobiles ont forcé la porte. Ils étaient très menaçants, ils ont bousculé des étagères. Je me suis précipité vers le fond du magasin en poussant trois gamins d’une quinzaine d’années pour les protéger avant qu’ils les voient. J’ai entendu une femme crier « laissez-le, laissez-nous ». Ils voulaient les sortir du magasin. C’était très violent. J’ai conseillé à une femme avec un GJ et une pancarte de tout retirer pour ne pas se faire frapper. Il me semble qu’ils ont réussi à traîner quelqu’un dehors.

  • Nouveau témoignage reçu

    Un nouveau témoignage sur les événements de la rue Lauriston reçu par mail :

    Je me trouvais samedi dans cette rue, les gens se sont mis a courir, j’ai couru, pas assez vite il faut croire, j’ai été matraqué plusieurs fois dans le dos, les épaules, et à la tête.
    Les gens qui se trouvaient à côté de moi ont tous subi le même sort, mon père de 69 ans (moins bête que moi) s’est protégé la tête avec les mains, il a donc pris plusieurs coups sur les doigt, un ami a aussi pris un coup à la tête ; il n’y a donc aucun doute, ils visaient les têtes !
    Ensuite c’est un peu flou, quand on a arrêté de courir je me rappelle avoir vu mes mains pleine de sang, j’ai du tomber dans les pommes, quand je me suis réveillée des gens me portaient et couraient, on m’a couché au sol, j’ai vomi, on était encore sous les gaz, on a sûrement du être chargé de nouveau car les street medic (qui sont des amours) se sont couchés sur moi un moment, et finalement une ambulance est arrivée pour m’emmener a l’hôpital Pompidou.
    J’y suis restée 12h car il était débordé, j’ai passé scanner radio et prise de sang, finalement « tout va bien » je n’ai qu’un trauma crânien et une plaie qui a mérité 5 agrafes, ils ne m’ont rien cassé.
    Depuis que je suis sortie, je cherche des infos, des images, sur ce qu’il s’est passé rue Lauriston, et là, à ma grande surprise... Rien
    Rien, jusqu’à votre article, c’est peut-être bête, mais ça me donne l’impression que quelqu’un reconnait ce qu’il nous est arrivé.
    Alors pour ça , un grand MERCI

Plusieurs témoignages convergent : hier samedi 9 février, vers 17h30, lors de l’acte XIII des Gilets Jaunes se sont produits des faits d’une grande violence rue Lauriston, à proximité de la place de l’Étoile à Paris.

Cédric* raconte ainsi qu’"un groupe important de gilets jaunes (une centaine de personnes) remontaient la rue Lauriston dans le 16e arrondissement afin de se diriger vers la place de l’Étoile." Rien ne laissait présager les événements qui devaient survenir quelques minutes plus tard : "Je prenais des photos en tête de ce cortège lorsque, passant devant un Franprix ouvert (au 37 rue Lauriston), j’y suis entré pour acheter de l’eau. Le temps de faire le tour du magasin et de revenir aux caisses avec une bouteille, une bonne dizaine de Gilets Jaunes étaient entrés, une longue queue a commencé à se former aux caisses alors que les Gilets Jaunes achetaient des denrées diverses. L’ambiance était détendue, et nous faisions même des manières pour laisser passer en caisses ceux qui attendaient depuis plus longtemps, dans un esprit de grande camaraderie".

Les événements se sont ensuite très rapidement enchaînés : "Une femme est entrée soudainement dans le Franprix pour nous dire : "Restez ici, ils sont en train de nettoyer la rue !". C’est alors que 3 CRS et, je crois un membre de la BAC, sont entrés avec fracas dans le magasin, frappant un homme au passage, détruisant les étalages de l’entrée sous les yeux d’une personne qui était visiblement le gérant de la boutique (présent depuis le début, il parlait aux vendeuses, habillé en costard, et semblait ravagé par la vision de sa boutique détruite par des CRS). Les CRS ont investi les lieux, me donnant au passage un coup de bouclier en criant "Dégagez, dégagez !". C’est alors que les gilets jaunes ont commencé à répondre que nous étions en train de faire nos courses pacifiquement. S’en sont suivis des échanges houleux et tendus avant qu’un supérieur ne vienne dire à ses hommes de nous laisser sortir." Juan*, dans le Franprix au même moment, précise qu’un CRS a lors de cet épisode "roué de coups une personne à terre"dans le magasin.

Dehors la rue était calme, des CRS venaient de nasser les manifestants au niveau du croisement de la rue Lauriston et de la rue du Dôme. Cédric raconte ainsi : "Je me suis alors dirigé vers la nasse afin de voir ce qu’il s’y passait. Là j’ai entendu les CRS indiquant dans leurs talkie walkie que les manifestants étaient nassés et qu’ils devraient tenter une extraction par la rue Lauriston, c’est à dire, d’où nous venions. J’ai pu apercevoir un CRS préparer une grenade lacrymogène pour la lancer dans cette foule compacte d’une centaine de personnes et sans issue".

Les manifestants hors de la nasse durent donc faire marche arrière, face à des CRS pointant vers eux leurs LBD. Les CRS en queue de cortège, et qui formaient la nasse de la rue du dôme et du bas de la rue Lauriston, vers l’étoile, se sont alors mis à charger, bousculant tout sur leur passage. "Là, un couple à été pris à partie par une dizaine de CRS, brutalement frappés à coups de matraque et de genoux devant la vitrine du Pizza Hut faisant l’angle. Des clients étaient présents dans le restaurant".

Eric*, qui se trouvait également dans ce Franprix au même moment, explique avoir subi une charge de CRS en sortant du magasin, alors qu’il prenait la rue Lauriston dans le sens opposé de la nasse qui s’était formée dans la même rue. Lui s’est pris un coup de matraque en pleine tête, décrivant cette scène comme un vrai moment de folie. Autour de lui, plusieurs personnes ont subi des violences similaires, avec des conséquences bien plus graves : une jeune femme a été attaquée à la tête, un coup de matraque dans le crâne. Médiapart relate des faits similaires :

Rue Lauriston, une unité de compagnie d’intervention (CI) fonce sur des manifestants à coups de matraque. « Accident grave ! » lance un policier en civil. Une chaîne de gilets jaunes protège une blessée. « Ils étaient une quinzaine à donner des coups de tonfas sur nous, témoigne Jean-Philippe. Ils s’y donnaient à cœur joie. La jeune femme a pris un coup à l’arrière du crâne. » « La blessée a été prise de nausées et de vomissements, ça pourrait être mauvais signe », s’inquiète un « medic ». Elle a été prise en charge par les pompiers.

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Adèle*, arrivée vers 17h45 avec un groupe d’amis sur les lieux où venaient de se produire des charges, raconte que s’y trouvait alors un homme à terre. Les pompiers étaient en train de le prendre en charge : "La personne avait littéralement la peau grise, non loin de lui on voyait des traces de sang au sol". Des personnes présentes sur place expliquent que la personne s’était avant cela également pris des coups de matraque en pleine tête, et avait ensuite eu des convulsions.

À l’heure actuelle, les témoins n’ont pas eu de nouvelles des manifestants blessés sur place et emmenés par les pompiers.

*Les prénoms ont été modifiés.

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