Projection / discussion : sabotage, occupation et séquestration de patron

Projection de « Coup pour coup » (1972, 1h25) suivie d’une discussion jeudi 15 octobre à Publico à 19h30.

Dans une usine textile en France, des ouvrières se révoltent contre leurs conditions de travail en recourant à diverses stratégies comme le sabotage des machines ou le débrayage, ce qui va entraîner le licenciement de deux d’entre elles. Pour les réintégrer, en dépit des pressions et menaces, leurs collègues décident d’occuper l’usine et de sequestrer le patron.

Outre la lutte des classes, sont également abordés le sexisme, les trahisons syndicales...

Film de fiction réalisé par Marin Karmitz avec une centaine d’ouvrières.

Librairie Publico, 145 rue Amelot, 75011 Paris
M° République, Oberkampf ou Filles du Calvaire

Le sabotage, par Emile Pouget (extraits) :

Dès qu’un homme a eu la criminelle ingéniosité de tirer profit du travail de son semblable, de ce jour, l’exploité a, d’instinct, cherché à donner moins que n’exigeait son patron.

En fait d’armes révolutionnaires on n’a jusqu’ici préconisé que la grève et c’est d’elle dont on a usé et dont on use journellement. Outre la grève, nous pensons qu’il y a d’autres moyens à employer qui peuvent dans une certaine mesure, tenir les capitalistes en échec.

nous n’avons qu’à rappeler l’émotion produite dans le monde bourgeois quand on sut que les employés de chemin de fer pouvaient, avec deux sous d’un certain ingrédient, mettre une locomotive dans l’impossibilité de fonctionner.

...

C’est au nom des prescriptions de cette morale spéciale que les ouvriers doivent trimer dur et sans trêve au profit de leurs patrons et que tout relâchement de leur part, dans l’effort de production, tout ce qui tend à réduire le bénéfice escompté par l’exploiteur, est qualifié d’action immorale.

Par contre, c’est toujours en excipant de cette morale de classe que sont glorifiés le dévouement aux intérêts patronaux, l’assiduité aux besognes les plus fastidieuses et les moins rémunératrices, les scrupules niais qui créent « l’honnête ouvrier », en un mot toutes les chaînes idéologiques et sentimentales qui rivent le salarié au carcan du capital, mieux et plus sûrement que des maillons de fer forgé.

Pour compléter l’oeuvre d’asservissement, il est fait appel à la vanité humaine : toutes les qualités du bon esclave sont exaltées, magnifiées et on a même imaginé de distribuer des récompenses — la médaille du travail ! — aux ouvriers-caniches qui se sont distingués par la souplesse de leur épine dorsale, leur esprit de résignation et leur fidélité au maître.

De cette morale scélérate la classe ouvrière est donc saturée jusqu’à profusion.

Depuis sa naissance, jusqu’à la mort, le prolétaire en est englué : il suce cette morale avec le lait plus ou moins falsifié du biberon qui, pour lui, remplace trop souvent le sein maternel ; plus tard, à la « laïque », on la lui inculque encore, en un dosage savant, et l’imprégnation se continue, par mille et mille procédés, jusqu’à ce que, couché dans la fosse commune, il dorme de son éternel sommeil.

Un exemple de l’efficacité du sabotage est l’application méthodique qu’en ont faite les coiffeurs parisiens :

Habitués à frictionner les têtes, ils se sont avisés d’étendre le système du shampooing aux devantures patronales. C’est au point que, pour les patrons coiffeurs, la crainte du badigeonnage est devenue la plus convaincante des sanctions.

C’est grâce au badigeonnage — pratiqué principalement de 1902 à 1906 — que les ouvriers coiffeurs ont obtenu la fermeture des salons à des heures moins tardives et c’est aussi la crainte du badigeonnage qui leur a permis d’obtenir, très rapidement (avant le vote de la loi sur le repos hebdomadaire) la généralisation de la fermeture des boutiques, un jour par semaine.

Voici en quoi consiste le badigeonnage : en un récipient quelconque, tel un oeuf préalablement vidé, le "badigeonneur" enferme un produit caustique ; puis, à l’heure propice, il s’en va lancer contenant et contenu sur la devanture du patron réfractaire.

Ce "shampooing" endolorit la peinture de la boutique et le patron profitant de la leçon reçue devient plus accomodant.

Il y a environ 2300 boutiques de coiffeurs à Paris, sur lesquelles, durant la campagne de badigeonnage, 2000 au moins ont été badigeonnées une fois... sinon plusieurs. "L’Ouvrier coiffeur", l’organe syndical de la Fédération des coiffeurs a estimé approximativement à 200.000 francs les pertes financières occasionnées aux patrons par le procédé du badigeonnage.

Les ouvriers coiffeurs sont enchantés de leur méthode et ils ne sont nullement disposés à l’abandonner. Elle a fait ses preuves, disent-ils, et ils lui attribuent une valeur moralisatrice qu’ils affirment supérieure à toute sanction légale.

Mots-clefs : sabotage | séquestration
Localisation : 11e arrondissement

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