Contrôle social

Pourquoi s’organiser politiquement sur Facebook n’est pas une bonne idée

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Boudé il y a quelques années par les milieux militants, les réseaux sociaux et particulièrement Facebook sont aujourd’hui utilisés sans aucune retenue ni questionnement. Facebook c’est peut-être pratique pour sa fluidité, ses buzz, son côté populaire, bien que cette impression soit largement surestimée. Mais en tant que militant.e.s, activistes ou révolutionnaires il est grand temps de questionner notre usage exclusif ou notre dépendance aux réseaux sociaux. C’est ce que propose cet article.

Avant tout Facebook est quand même pensé pour absorber de la donnée et donc par définition fliquer ses utilisateurs et utilisatrices. Pour des militant.es et des activistes ce n’est pas forcément judicieux de laisser traîner des informations sensibles ou non sur soi et ses proches.

De plus, bien que cela puisse paraître étrange pour certain-e-s d’entre nous, en 2017, tout le monde n’utilise pas FB ! Tout le monde n’a pas de compte. Quelques personnes n’en veulent pas, d’autres ferment les leurs. Ou certaines encore ont des comptes actifs mais ne veulent pas associer leur « vie politique » à leur « vie publique ». Ces personnes n’ont pas tort. Quand un groupe décide de communiquer uniquement via cette plateforme il force la mains aux non utilisateurs et les entraîne dans le monde de Facebook ou, s’ils refusent, les prive purement et simplement d’informations.

Et pourtant de plus en plus de collectifs n’utilisent exclusivement plus que Facebook pour communiquer, s’organiser, discuter, ou proposer un événement. Il n’y a parfois même plus d’adresse e-mail pour contacter un collectif et de moins en moins de blogs ou de sites internet ! On peut imaginer que c’est le manque de temps de réflexion sur la question, pour parer au plus pressé, ou la facilité d’ouvrir une page FB qui encourage cette pratique.

Le résultat c’est qu’on se met collectivement en danger et qu’on laisse une part importante de notre stratégie de communication numérique à une multinationale. Pour qui souhaite un changement de société profond ça ne paraît pas très sérieux.

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Facebook ton meilleur ami !

Un flicage minutieux

Facebook nous flique avant tout pour des fins commerciales. Il vend des espaces publicitaires ciblés et va proposer aux entreprises d’afficher des pubs lorsque les utilisateurs sont susceptibles d’en avoir besoin.
Bref Facebook fait du business mais ça tout le monde le sait.

Mais tu penses peut-être savoir gérer tes infos et tes données personnelles sur ce réseau ? Pourtant même quand on pense avoir la main sur ses paramètres de confidentialité, ceux-ci changent régulièrement sans que l’on s’en rende compte.
Pour ceux d’entre nous qui ont installé le réseau social sur leur téléphone, c’est pire.
Ainsi vous avez déjà autorisé cette entreprise à avoir accès aux données de votre smartphone (photos, géolocalisations, etc.)

Vous ne vous en doutez peut être pas mais on travaille toutes et tous gratuitement pour FB ! Nos données produites par notre profil, toutes nos visites, les « j’aime », la géolocalisation, etc. sont revendues. Ainsi chaque utilisateur de FB génère de l’argent pour cette multinationale.
On est les mineurs de nos propres données personnelles (les datas c’est la matière première des GAFAM) [1].
Aux USA on appelle cela le « digital labour ». Que nos luttes et activités engraissent la Silicon Valley semble être une grosse contradiction.

Pour ceux et celles qui voudraient rester « anonymes » sur Facebook, cela devient très difficile. FB traque les « faux comptes ».
Il y a des demandes de plus en plus pressantes pour justifier de son identité (demande de CNI, de photos, de numéro de tel, etc.) Facebook se prend de plus en plus pour un flic !
Il est donc plus dur de tenir une page sans devoir justifier de son identité et donc « personnifier » aux yeux de l’entreprise (et des autorités si nécessaire) un collectif ou un mouvement. Si vous refusez, votre compte est bloqué.
Par ailleurs Facebook peut décider, sans prévenir, de supprimer un poste comme c’est déjà arrivé à Paris-luttes.info par exemple.

Facebook peut aussi simplement décider de fermer votre compte à tout moment. Cela arrive de plus en plus souvent. Dernièrement le compte de Urgence notre police assassine (environ 65 000 likes quand même) a été fermé.

Bien sûr, on peut supposer que les réseaux sociaux travaillent main dans la main avec les services de renseignements de plusieurs pays.
Par exemple, FB développe un algorithme pour détecter des publications « à caractère terroriste », cet algorithme peut facilement s’étendre à d’autres types de contenus. Les contenus sont effacés avant même d’être publiés.

En dernier recours, il est techniquement possible de couper purement et simplement les réseaux sociaux par les autorités en cas de « risque » pour l’État.
Par exemple, en Turquie lors du coup d’état du 15 juillet 2016, où les réseaux sociaux après avoir sauvé le « trône » de M. Erdogan ont vite été repris en main par les autorités pour... les bloquer.
FB a par ailleurs annoncé son intention de se plier aux lois nationales. C’est à dire que si un pays exige au nom de la « lutte contre le terrorisme » des infos privées sur les utilisateurs, FB les fournira.

On voit qu’il y a un danger structurel à laisser reposer nos stratégies de communications et d’information dans les mains de grandes multinationales.

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Les réseaux sociaux, un espace d’ouverture. Vraiment ?

Les réseaux sociaux et la réalité de leur impact

Après ce tour incomplet des inconvénients majeurs de Facebook, nous aimerions tordre le coup à quelques idées reçues.
On a toutes et tous pu constater des différences énormes entre le nombre de participants qui dit être intéressé par un événement Facebook (une manif par exemple) et la réalité des personnes physiquement présentes, souvent bien moins nombreuses...

1 like ne fait pas un manifestant
1 follower ne fait pas un militant

Il ne faudrait pas croire ou se faire croire qu’avec disons 5000 likes on touche 5000 personnes. Ça ne fonctionne pas comme ça.
D’une part car sur internet les usagers sont très « volatiles ». C’est à dire qu’ils likent une page mais n’y reviendront pas forcément. C’est bien moins engageant que de sortir IRL [2] dans la rue.

D’autre part, Facebook opère un choix, à travers un algorithme, et une hiérarchie dans ce que les utilisateurs et utilisatrices reçoivent sur leur « fil ».
Pour faire court : ce n’est pas parce que vous postez un article sur Facebook que l’ensemble des personnes qui vous suivent le reçoivent.
Loin de là. Et il semblerait que les idées contestataires n’aient pas forcément la cote pour cette entreprise.

Se donner rendez-vous sur FB pour lutter contre le système, c’est comme se donner rendez-vous à KFC sous une caméra en laissant sa carte d’identité au vigile avant de comploter contre ce monde.
Tout cela serait justifié car « il y a beaucoup de monde à KFC »...

Mais enfin, nous direz-vous, je reçois beaucoup d’infos via FB et de nombreuses personnes autour de moi semblent s’emparer de cet espace pour communiquer et s’organiser.
On rencontre des gens d’autres horizons, d’autres milieux sociaux...
C’est possible mais c’est possiblement aussi ce qu’on appelle « l’effet bulle de filtres ». [3]
Pour faire court, FB va encourager le contenu qui semble vous passionner. Si vous adorez la pêche, vous aurez non seulement des pubs pour des hameçons mais en plus les contenus postés par vos amis sur ce sujet seront mis en valeur dans votre fil.
Si vous êtes intéressé par les mouvements sociaux et les manifs alors FB favorisera ces contenus spécifiques. D’où une distorsion entre l’impression de diversité des gens et d’impact de nos sujets de préoccupations sur FB et la réalité des mises en relations qui sont beaucoup plus confinées.
Hormis quelques buzz qui arrivent à transpercer les « bulles », vos articles risquent seulement d’alimenter une communauté de déjà convaincu.e.s, et encore, pas même l’ensemble des gens qui suivent votre page.
D’ailleurs, FB « punit » les pages de collectifs qui refusent d’acheter de la pub pour être mieux diffusés. Ainsi les collectifs qui ne veulent ou ne peuvent payer se retrouvent un peu plus invisibilisés.

Enfin, la structure même du réseau encourage les buzz au détriment de la réflexion, les rumeurs, les fake news, les manipulations...
Il paraît que Facebook et Twitter ne sont pas pour rien dans l’élection de Trump...

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FB est-ce vraiment si pratique ?

Pour en terminer rapidement sur les aspects négatifs de Facebook, il est certes facile d’ouvrir une page mais le réseau social est pensé pour une utilisation individuelle et non pas collective.

Il y a par exemple un vrai problème d’archivage pour les collectifs. Il est impossible pour un lecteur de retrouver un post qui a plus de quelques jours.
L’outil n’est pas pensé pour ça mais pour l’immédiateté, ce qui ne nourrit pas toujours la réflexion.
Il y a un nivellement de l’information ou un appel à une action anticapitaliste se retrouve coincé entre deux pubs par exemple. Où la vacuité de votre pote qui parle de ses stan smith côtoie l’annonce d’un meurtre policier. Les infos sont mises au même niveau.

De même FB atomise l’information des collectifs, il y a du coup difficulté à relier les infos ou les initiatives entre elles.

Facebook n’encourage pas une gestion très horizontale, ni même collective des comptes. Que se passe t-il quand le ou la camarade qui a les codes se barre avec ou décide que la page du collectif est la sienne ?

Zad et biodiversité numérique, s’émanciper de FB

Pour utiliser une métaphore simple FB, Twitter, Google,... sont comme des monocultures ultra-libérale dans des champs gigantesques, or nous avons besoin de plus petites parcelles pour expérimenter l’autogestion.
Nous avons besoin de diversité dans les contenus mais aussi de diversités dans les structures (multitude de sites, de serveurs, etc.).
Bref, faire du « bio » et des AMAP pour filer la métaphore jusqu’au bout.

Alors que faire ?
Un article spécifique serait probablement nécessaire pour répondre à la question.
Le but n’est pas de ne plus utiliser les réseaux sociaux du tout mais de ne pas être totalement dépendant d’eux.
On peut avoir son site, publier sur Paris-luttes.info pour faire connaître son actu ou ses positions ET aussi avoir des comptes de réseaux sociaux qui servent comme caisse de résonance à vos contenus.
Dans ce cas-là, c’est vous qui tentez d’utiliser FB et Twitter pour parvenir à vos fins et amener les lecteurs sur votre site. Vous sortez ainsi les gens de FB pour les amener vers des outils plus cleans (pas de pub, sécurité) et respectueux de la vie privée des utilisateurs et utilisatrices.

Votre site ou votre blog lui, même s’il tombe en disgrâce auprès de FB, ne sera pas fermé. Vous préservez un archivage, une trace de votre activité et vous laissez le choix aux personnes qui veulent vous lire ou vous rejoindre de le faire sans être dépendant d’une multinationale.

Ici sont exposées seulement quelques pistes.

  • Créer un site ou un blog c’est se projeter dans le temps pour ce qui est de l’archivage. C’est multiplier les écosystèmes et les espèces numériques, bref renforcer la biodiversité numérique en plus d’avoir un outil plus adapté.
  • Participer à un site Mutu comme Paris-luttes.info, Rebellyon, Manif’Est, Marseille Info Autonome,... en tant que contributeur (individu ou groupe) c’est créer du commun avec les autres groupes, les autres initiatives, c’est voir ce qui se passe dans le champ d’à côté, c’est créer et renforcer collectivement un outil qui permet à toutes et tous d’être mieux lu car Paris-luttes.info, par exemple, a été pensé pour être un porte-voix (importante page FB et Twitter, lectorat nombreux et déjà constitué).

Quelques outils pour réduire notre dépendance aux réseaux sociaux

  • Utiliser Signal pour les discussions de groupes plutôt que Messenger
    ou Whatsapp.
  • Utilisez des Wiki.
  • Utilisez Framadate, Framapad, des listes de discussion pour vous organiser, vous donner rendez-vous.
  • Utilisez aussi les sites comme Paris-luttes info, Rebellyon, Mars Info Autnomes, etc. pour maximiser la diffusion.

Notes

[1Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft

[2In Real Life « dans la vrai vie »

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