On broie toujours les Roumains à la pelleteuse : encore une expulsion au micro-bidonville de Nanterre - 9 juillet 2015

Récit d’une expulsion expéditive à Nanterre sur le micro-bidonville, un an après les expulsions du bidonville d’à côté

UN an tout juste. UN an (le 29 juillet dernier) que l’EPADESA, l’aménageur de la Défense à Nanterre, évacuait et détruisait le bidonville de Nanterre et ses 250 habitants…

Depuis, d’autres expulsions, des squats de petite taille, de nouvelles procédures désormais ouvertement lancées par la mairie post-communiste (avec un procès le 27 octobre prochain).

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Et un nouveau micro-bidonville, construit juste en face du premier. Un peu de joie du coup. De voir que certains ne lâchent vraiment jamais l’affaire. Beaucoup de silence aussi. L’épuisement certainement. Pour les habitants, d’un côté, comme pour les soutiens de l’autre… Et le départ ou le retour à ses activités pour chacun. Normal.

Pour beaucoup aussi, le sentiment d’impuissance devant la machine à expulsion accélérée face à La Défense. Alors quand le micro bidonville s’est recréé, il y a quelques semaines, on n’a rien dit. C’était pile au moment de l’expulsion de la caserne à Château Landon dans le 10e arrondissement : quand les migrants de La Chapelle ont été conduits pour près d’une centaine d’entre eux à Nanterre, sur cette même putain d’avenue de la République, dans un centre de rétention qui ne dit pas son nom. On n’a rien dit, publié. Eux non plus. Faire le moins de bruit, c’était leur stratégie. Peu visible, terrain inaccessible. On s’est dit qu’ils avaient peut-être raison, peut-être tort mais qu’on n’aurait pas la force de faire plus que ça.

Il y a une semaine, la direction départementale de l’équipement a déblayé tous les alentours en une matinée sous ce pont de RER au bout du gigantesque aménagement de l’Arche à la Seine. Mais la police n’a pas dit grand chose apparemment. Quelque chose clochait à l’évidence, l’expulsion se préparait mais pas plus d’infos.

Aujourd’hui, à 16h, une voiture, en rentrant de Nanterre ville, a vu les sacs des 4 familles déposés à l’entrée de la petite voie. Nouvelle expulsion, quelques flics, toujours les mêmes, qui nous reconnaissent vite, mais pas tous et pas assez vite pour nous empêcher de passer et filmer la destruction des quelques baraques.

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Après avoir compris, ils nous repoussent vite hors du terrain « pour notre sécurité » et celle des habitants. Avec les enfants sur une bordure d’un mètre de large à côté d’une double voie en forme d’autoroute. Toujours aussi cons et classes. Quelques courageux enfin viennent nous demander pourquoi nous ne « défendons pas plutôt les SDF », qu’eux ce ne sont pas des « sans abris » mais des « Roms ».

Le dialogue prend la tournure qu’il doit prendre. Les autres flics appellent les plus conciliants qui parlent d’hébergement. Toutes les familles présentes refusent. Evidemment.

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On est trois soutiens, quatre ou cinq adultes. Ils sont quinze. On tente vainement de rallier des étudiants présents sur les tables d’inscription de la fac juste à côté. On se retrouve à quatre. Pas grand chose à faire sauf laisser nos numéros, poser les mêmes questions sur le propriétaire du terrain, la procédure, où vont dormir les gens ce soir, qu’ils ne dérangeaient personne ici. Un des policiers, nos seuls interlocuteurs comme d’hab’, nous explique seulement que nos impôts n’ont pas servi à l’énorme déblayage préparant l’expulsion de trois pauvres cabanes. L’EPADESA paie. Pendant ce temps, les familles sont à côté, sur ce bord de route, avec toutes leurs affaires et plus d’endroit où dormir.

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Une société de déménagement fait des allers retours avec leurs affaires et les pose sur la bordure. Société de déménagement : de la baraque à la rue. Nouveau genre.

Il est 18h, il ne reste déjà plus que quelques flics. On est toujours quatre. On continue de rester. Les remarques racistes de certains policiers nous ont au moins convaincu de notre utilité afin d’éviter trop de conneries débitées. Toujours face à ce putain d’axe qui engloutit la ville populaire et a toujours tous les droits, en accéléré.

Un gentil policier amoureux de la Roumanie là pour faire les traductions acquiesce à toutes nos réprimandes. Déjà à l’œuvre l’an passé en mode pacification parfaite et amitié avec les expulsés, il enchaîne : « oui et d’ailleurs vous savez bien qui est le président de l’EPADESA ? Le propriétaire des terrains hein ? (sous-entendu le maire de Nanterre)… Moi, j’adore la Roumanie… euh tu peux prendre ce sac, là, tu l’as oublié… ».

Irréaliste.

On échange nos numéros en redonnant quelques éléments pour la procédure en cas de retour et pour repousser les délais. On s’casse, les familles sur le bord du chemin et pas grand moyen de les aider.

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A Nanterre, on broie du « roumain » à la pelleteuse.
A Nanterre, on « nettoie » toujours plus vite, toujours plus blanc.

P.-S.

Pour toute information et rejoindre la, les luttes autour des migrants à Nanterre, un seul mail : bidonvillevsladefense@gmail.com

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