Le service public nous appartient.

Enseignant·e·s du premier degré nous sommes opposé·e·s à la réouverture des écoles dans les conditions actuelles. Nous réaffirmons, ici, nos priorités durant cette période inédite et nous proposons via un journal de classe de maintenir un lien entre tou·te·s les élèves pour garder en vie la classe en tant qu’entité sociale. Les programmes des journaux de classe sont traduits en plusieurs langues.

  • Nouveaux journaux de classe

    Les programmes des journaux de classe 3 et 4 sont maintenant disponibles en français, anglais et roumain.

En tant qu’enseignant·e·s du premier degré nous avons refusé, dès le début de la fermeture des écoles, la classe virtuelle ou toute autre forme de soi-disant continuité pédagogique, qu’elle soit numérique ou autre. Nous avons proposé une liste d’activités pour les élèves de maternelle et d’élémentaire ne nécessitant pas la présence ou l’accompagnement d’un·e professionnel·le de la pédagogie et qui, selon nous, n’accentuent pas les inégalités scolaires et n’augmentent pas l’anxiété des familles. Cette liste d’activités a été traduite en plus de dix langues en versions écrites et audio (lien article précédent).

Pour nous la priorité reste, en tant qu’enseignant·e·s, de rester en contact avec nos élèves et leur famille et de nous assurer de leur bien-être : avoir de quoi se nourrir correctement et avoir accès aux produits d’hygiène, disposer d’attestations de déplacement (lien attestations traduites), disposer du matériel de l’école pour les familles qui ont peu ou rien, etc. D’autant plus que, nous en avons fait le constat, nous sommes pour certaines familles leur seul contact vers l’extérieur.

Cela étant, la fermeture totale des écoles se prolonge au minimum jusqu’au 11 mai 2020 et l’État parle d’une réouverture « progressive » des écoles à partir de cette date. L’État, en parallèle des annonces de fermetures de classe pour l’année scolaire prochaine comme si de rien n’était, ose nous présenter cette décision de réouverture progressive avec pour motivation, toute récente, le bien-être de nos élèves les plus en difficulté ou les plus fragiles. Il est évident que le souci des décideurs politiques n’est une fois de plus qu’économique et au détriment de la santé de tou·te·s. Nous refusons d’avoir des morts sur la conscience et par conséquent nous refusons de participer à cette réouverture des écoles.

Comme nous de nombreux·euses collègues n’iront pas travailler par choix et/ou par obligation ayant par exemple une ou des personnes vulnérables dans leur entourage. De nombreuses familles, pour diverses raisons, ne remettront pas leurs enfants à l’école dans les conditions sanitaires actuelles. Par conséquent, des écoles et des classes entières seront encore fermées ou partiellement ouvertes après le 11 mai, et cela pour une durée indéterminée.
Dans ce cadre, en plus de s’assurer du bien être de nos élèves et de leurs familles, nous pensons, avec réflexion et un peu de recul, être en capacité de proposer la construction d’un projet collectif avec tou·te·s nos élèves quelles que soient les conditions auxquelles nous ferons face dans les temps à venir. Le but n’est pas de proposer un moyen de faire classe en proposant des apprentissages, mais de maintenir un lien entre tou·te·s les élèves pour garder en vie la classe en tant qu’entité sociale. Car ce sont nos classes, mais avant tout les classes de nos élèves. La construction d’un projet de classe nous paraît donc souhaitable et possible sous des conditions strictes de modalités et de suivi, en s’assurant de la participation de tou·te·s nos élèves et en accompagnant les familles ou les élèves qui en auraient besoin.

Pour ce faire, nous avons choisi un outil que certain·e·s d’entre nous utilisent déjà en temps normal : le journal de classe. Celles et ceux qui le pratiquaient déjà en connaissent tous ses intérêts. Certains de ces intérêts ne sont plus d’actualité en cette période et donc dans la version que nous proposons, mais une partie, selon nous, reste valable : implication des élèves, échanges, expressions de différents points de vue, coopération dans une certaine mesure, etc. Les programmes des journaux de classe que nous proposons nécessitent un contact régulier par téléphone. Nous partons du postulat que tou·te·s les élèves et familles ont accès au téléphone. Si ce n’est pas le cas, nous comptons sur l’imagination de nos collègues.

Les programmes des journaux de classe sont proposés pour trois niveaux différents (maternelle, CP-CE1-CE2 et CM1-CM2) et en deux versions :

  • une version pour toute la classe nécessitant l’envoi de photos par les familles et/ou les élèves si tou·te·s ont de quoi faire et envoyer des photos.
  • une version pour toute la classe sans demande de photos si une ou plusieurs familles et/ou élèves n’ont pas de quoi faire et/ou envoyer de photos.

Pour chaque journal de classe deux types d’activités sont proposés : des activités qui doivent être réalisées par tous les enfants de la classe en s’assurant de fournir l’accompagnement nécessaire pour celles et ceux qui en ont besoin et des activités facultatives reposant entre autres sur la liste des activités que nous avons déjà proposées. Chaque famille et élève doit disposer obligatoirement de la liste d’activités (https://frama.link/liste-activites) avant de recevoir les programmes des journaux de classe que nous proposons.

Chaque journal de classe est fait pour être réalisé en une semaine dans l’idéal et publié à la fin de cette période. Le programme du journal de classe suivant ne doit être, selon nous, proposé qu’une fois le précédent compilé et envoyé. Pour les activités facultatives les enseignant·e·s pourront s’assurer de la visibilité égale de leurs élèves, peu importe le nombre de retours, en publiant par roulement une partie des élèves à chaque parution.

Ces journaux de classe peuvent, selon nous, faire l’objet d’une correspondance régulière avec une ou d’autres classes.

Les programmes des journaux de classe que nous proposons et leurs traductions en versions écrite et audio seront publiés au fur et à mesure sur ce lien : https://frama.link/Journaux-de-classe.

Nous n’oublions pas ici, quand les conditions sanitaires le permettront réellement, la rentrée des classes avec tou·te·s nos élèves, quelle que soit sa date. Nous devons, selon nous, réfléchir dès maintenant à la pédagogie et à l’école que nous proposerons à tou·te·s nos élèves en cette rentrée exceptionnelle. Cette période est pour nous propice à repenser l’école en profondeur.

Si nous devons nous organiser et assurer un service public, c’est à nous d’en déterminer les modalités et les priorités.

Une enseignante de Paris et un enseignant de Seine-Saint-Denis.
Mots-clefs : écoles | coronavirus

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