Le « problème » des migrants réglé suite aux expulsions ?

Vendredi 19 juin, près de 200 migrants ont été expulsé du camp d’Eole, situé dans le 18e arrondissement de Paris. Ils devaient profiter d’hébergements offerts par les autorités. Le soir venu, un certain nombre dormaient pourtant dans la rue, par exemple dans un square à côté du lieu du campement de La Chapelle évacué le 2 juin.
Texte Alexis Kraland.

Les médias titrent sur une expulsion dans le calme et sans l’intervention de la police. L’expulsion eût pourtant lieu sous la menace de la matraque. L’opération fut menée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), la Mairie de Paris et des élus EELV et PCF.

Les autorités ont menacé les habitants du camp en leur posant un ultimatum. Soit les migrants rentraient dans les bus, soit la police intervenait par la force. Les CRS se tenaient à distance, mais prêts à reproduire les violences de la semaine précédente. Les migrants ont préféré ne pas prendre le risque de finir aux urgences. Une heure fut laissée aux soutiens afin de récupérer les affaires de premières nécessité avant le nettoyage de la zone et le bouclage par la police du lieu du campement.

Dans la soirée, des gardiens de la paix veillent sur le jardin d’Eole afin d’empêcher un nouveau campement de migrants. Une association y distribue de la nourriture. La police interdit l’accès à la nourriture à ceux qui n’ont pas de papiers. Ils n’iront pas manger sur des bancs, mais assis sur le trottoir.

Selon les chiffres de la Ville de Paris, la moitié des 470 migrants issus du campement de La Chapelle et la moitié des 110 venus de Château-Landon bénéficiaient encore vendredi 19 juin d’un hébergement provisoire rapporte Le Monde. Soit 290 personnes à qui un logement fut proposé lors d’expulsions, mais qui finissent à la rue.

Le lundi 22 juin, une partie de ceux qui auront bénéficiés d’un hébergement provisoire suite à l’occupation d’une caserne désaffectée seront remis à la rue selon des personnes en contact avec les migrants. Ce même jour, des réfugiés évacués du camp d’Eole seront mis à la rue, à en juger par les papiers administratifs dont ils disposent.

Au-delà de la faible durée des solutions d’hébergements présentés comme « pérennes » par les autorités, se pose la question des conditions d’hébergement.

Vendredi 19 juin, quelques heures après le départ pour les centres d’hébergement, des réfugiés revenaient déjà du centre d’hébergement de Vincennes. A deux pas d’un Centre de Rétention Administrative, entourés de barbelés, surveillés par des caméras et avec leurs téléphones confisqués, ils avaient le sentiment d’être en prison. Certains ont donc préféré s’enfuir. Des migrants d’autres centres ont également fuit, notamment parce qu’ils ne pouvaient pas obtenir de la nourriture.

Dans l’après-midi du vendredi 19 juin, des soutiens et 30 migrants partent du camp d’Eole évacué vers la rotonde à côté du métro Stalingrad. Quelques heures plus tard, après une assemblée générale, près d’une cinquantaine de migrants et leurs soutiens prennent la décision d’occuper un lieu plutôt que de rester sur place dans un lieu difficile à sécuriser tant face aux policiers que face à d’éventuels fauteurs de trouble.

Au mégaphone, l’un d’eux expliquera qu’ils refusent la charité imposée, ce qu’ils veulent c’est la liberté et la dignité. Cette phrase rentre en écho avec celle d’Eduardo Galeano qui figurait à l’entrée du camp d’Eole : « la charité est humiliante car elle s’exerce du haut vers le bas. La solidarité, elle, est horizonale et implique un respect mutuel ».

Face à l’occupation, les autorités envoyèrent de nouveau les matraques et les lacrymo. Retour à la case départ pour les réfugiés : la rue.

Pour les élus PCF et EELV, l’expulsion fut pourtant une réussite. « Là, il n’y a pas de police, personne n’est obligé de partir et ça change tout », a jugé Anne Souyris, présidente du groupe écologiste au conseil de Paris.

La réussite semble effective sur le plan de la communication. La plupart des médias reprennent le discours des autorités.

Une fois de plus, les migrants n’ont pas de mot à dire sur la manière dont les autorités leur imposent une charité qui cache mal un objectif moins reluisant : l’invisibilisation de leur lutte, la dislocation du collectif de migrants naissant.

La parole des migrants est négligée. Les journalistes, à la suite des autorités, traitent les migrants comme du bétail qui n’est pas capable de s’exprimer. Pourtant, en Assemblée Générale, les migrants et leurs soutiens projettent d’écrire un journal. Un migrant a même commencé un blog, pour raconter le voyage jusqu’en Europe.
Le « problème » des migrants est loin d’être réglé. En Italie, un militant français tente d’expliquer aux migrants les conditions d’accueil en France, la jungle de Calais et les violences d’État. Mais les migrants croient qu’ils arriveront en Angleterre. Leur lutte est faite pour durer.

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Localisation : 18e arrondissement

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