Le C.I.P est mort ? Anticipons encore ! Collectif d’Agitation pour un Revenu Garanti Optimal, mars 1994

En mars 1994, une contre réforme instaurant un « contrat d’insertion professionnelle » (C.I.P) prévoyait de rémunérer les entrants dans le salariat à 80% du salaire de référence et/ou du SMIC mensuel, voire moins pour les contrats associés à une formation. La loi avait mis le feu aux poudres.

Voici l’un des tracts distribué à Paris fin mars et tout début avril 1994, peu après la « suspension » de la loi concédée par le gouvernement.

L’implication quotidienne d’un grand nombre d’étudiants des nouvelles filières pro, d’élèves de BTS et de lycéens avait permis, mobilisation massive aidant, d’échapper souvent à tout souci de "respectabilité". La direction de la lutte fut partout disputée aux organisations traditionnelles qui rejoignirent le mouvement. Bien que déjà adoptée, la loi fut "suspendue", puis "retirée" avant d’être définitivement abrogée. Pour mémoire, peu après la suspension de la loi, un tract du Collectif d’Agitation pour un Revenu Garanti Optimal.

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Le C.I.P est mort ? Anticipons encore !

Souvenons nous, avec les TUC, les SIVP, les CES, les socialistes ont commis de nombreuses attaques contre le SMIC. [1] Ils ont exclu du droit au revenu les jeunes diplômés en supprimant l’allocation d’insertion, seule allocation chômage à laquelle ils pouvaient prétendre. Instaurant un revenu minimum revendiqué par les mouvements de chômeurs [2], ils en ont fait un RMI, revenu de misère et de mépris institutionnalisés et ont pris soin de l’interdire aux moins de vingt-cinq ans et aux scolarisés.

Le SMIC c’est rien, moins que le SMIC c’est moins que rien !

Avec sa réforme, la droite nous rend le service d’énoncer crûment le même objectif et prétend sous-payer davantage le travail en généralisant le SMIC-jeunes. La baisse des salaires comme des revenus resterait à l’ordre du jour puisqu’avec l’organisation actuelle du travail, avant et après le salaire, il y a le chômage et son allocation dégressive calculée au prorata du salaire antérieur. Et encore faut-il y avoir droit, rien que sur Paris nous sommes 45 000 allocataires RMI, dont 20% au niveau Bac+2.

Tous travailleurs intermittents ?

Scolarisés, travailleurs précaires et intermittents commencent à se retrouver dans la rue. Si une telle recomposition s’opère c’est qu’au delà de la réforme ponctuelle du Plan pour l’emploi qui instaure le C.I.P, un enjeu global est en cause. Ce qui est en question c’est la forme sociale sous laquelle se déroule la mutation du travail productif. Et il faudra bien commencer à en discuter tous ensemble pour notre propre compte ! Revendication séculaire du mouvement ouvrier, la réduction du temps de travail a pris désormais le visage de la précarité et du chômage. Les deux tiers des embauches se font sous contrats à durée déterminée. Le travail précaire, en intérim, sous contrat à durée déterminée, à temps partiel concerne un salarié sur trois sans que nous ayons inventé des formes d’organisation efficaces pour combattre l’exploitation.

Fin du plein emploi et mutation du travail productif

Avec cette nouvelle norme du travail, même un très improbable retour à une forte croissance économique ne résorberait pas le chômage. Selon l’OFCE, il faudrait pour le stabiliser 3,5% de croissance par an et pour le réduire d’ici l’an 2000, 5% de croissance annuelle. La France, tout comme d’autres pays riches, en est à 1,3%. Le temps du plein emploi est derrière nous. La disponibilité au travail, la mobilité, l’intellectualité sont désormais les qualités essentielles de la force de travail ; telle est la portée générale du premier mouvement « étudiant » de revendication salariale. Mutation du travail productif encore, la formation est devenue travail nécessaire mais l’augmentation constante des temps de formation indispensables à l’économie est financée par les salariés eux-mêmes. Même Le Monde en vient à découvrir que, quand ils ne dépendent pas totalement de leurs parents salariés ou de bourses aléatoires, nombre d’étudiants et de lycéens se cultivent en taffant vingt heures par semaine chez Carrefour ou Mac Donald, obligés de le faire pour acquérir les niveaux Bac et Bac+2 désormais requis par le marché du travail.

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Revenu garanti pour tous !

Pour l’ensemble des salariés, en formation, employés ou au chômage, l’impérieuse nécessité de ne plus voir dépendre le revenu disponible du temps passé en entreprises est constamment contrecarrée par les formes actuelles du salaire social. Tel qu’il existe, avec ses multiples allocations (à l’accès et au montant arbitraires), le salaire social, c’est-à-dire dissocié du temps de travail productif direct en entreprises, s’évertue à nier les salariés qu’il prétend garantir. Il est temps d’agir pour mettre en place des formes d’organisation qui répondent à nos besoins, soient à la hauteur de nos exigences et de former des collectifs de précaires, de chômeurs, d’étudiants et de scolarisés pour que notre mouvement ne soit pas qu’un feu de paille, temps d’exiger un revenu garanti pour tous.

C.A.R.G.O - Collectif d’Agitation pour un Revenu Garanti Optimal

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Le C.I.P est mort ? Anticipons encore ! CARGO, mars 1994, pdf
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Visiteuse de la CAF, extrait de l’émission radio « Nos amies les miettes », Cargo

P.-S.

On trouvera l’url d’autres tracts, textes et sons du Collectif d’Agitation pour un Revenu Garanti Optimal ainsi que des matériaux sur l’enjeu du salaire social parmi les notes accompagnant un des tracts de CARGO : À gauche poubelle, précaires rebelles.

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Notes

[1Les Travaux d’utilité collective (TUC, 1984) avaient été crées, 8 ans après le Plan Barre de 1976 qui instituait les stages du même nom. Ces prototypes d’une insertion contrainte et sous payée ont connu depuis d’innombrables d’innombrables variantes, mises en oeuvre à une échelle de masse,par delà « les jeunes » eux-mêmes. On rappellera aussi - pour ce qui est des mesures de précarisation décidées par la gauche - les jeunes ouvriers de chez Chausson (sous-traitant de Peugeot et autres constructeurs automobile), embauchés en Stages d’initiation à la vie professionnelle (SIVP) non seulement pour réaliser des économie sur les salures mais aussi pour contrebalancer le poids politiques de grèves d’ouvriers immigrés dans l’auto décrites par le Premier ministre Mauroy comme manipulées par « l’islamisme » afin de disqualifier ceux qui osaient interrompre la sacro sainte production nationale ; on rappellera également les Contrat emploi solidarité (1990) destinés à alimenter à bas prix l’emploi public et à fournir à des associations que l’on compte employer à ravauder le tissu social une main d’oeuvre souvent qualifiée. Fin de cette digression sur le travail comme forme de contrôle.

[2Voir par exemple Les chômeurs c’est la classe !, CASH, mai 1985.

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